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LA SOCIÉTÉ RÉUNIE A JUILLY SE FORME EN CONGRÉ- GATION RELIGIEUSE

La société se trouve réunie à Juiliy. — Vie de commuDauté. — École de Théologie à Juiliy. — Les dames de Saint- Louis, — Incidents. Deux conversions. — On rédige les règles pour les deux communautés des Pères et des Dames de Saint-Louis.

La société se trouvait réunie à Juiliy au mois de mai 1841. La tâche de prendre en sous-œuvre un collège de deux cents élèves pour l'animer d'un esprit nouveau, pour y introduire les améliorations désirables en fait d'études, de discipline, d'habi-

tildes, était une entreprise qui donnait un ample exercice au zèle des nouveaux directeurs.

L'abbé Bautain était le supérieur de l'œuvre; mais l'abbé Cari était le chef effectif du collège, et il en portait le caractère officiel par le brevet de chef de V Institution nommée plus tard et spontanément par l'autorité Collège libre de Juilly. Sous la direction de l'abbé Cari les autres frères remplissaient avec dévouement les principales fonctions dans l'établissement, se faisant aider par quelques maîtres choisis, prêtres ou laïques.

Les bâtiments fort anciens avaient besoin de réparations ; on y employa dès les premières années des sommes considérables. Le magnifique parc, as^ec ses arbres séculaires et ses eaux abondantes, fut embelli. Et ce séjour calme, spacieux, situé au milieu de plaines fertiles entrecoupées de riantes collines, semblait choisi à souhait pour une vie studieuse et active tout à la fois.

L'abbé Bautain, doué des véritables qualités d'esprit et de caractère d'un chef, toujours plus porté à apprécier les bonnes aptitudes des personnes qu'à se rebuter de leurs défauts, excitant à merveille par un mot les talents et le zèle, connaissant, par un tact bien rare chez un philosophe spéculatif, le fort et le faible des mesures d'économie pratique, exerçait une véritable autorité sans être embarrassé par les détails de l'exécution.

La réputation dont il jouissait déjà dans le monde savant et dans le clergé, non-seulement en France

mais à l'étranger, amenait à Juilly les visites les plus intéressantes. Pendant bien des années beaucoup de membres de l'épiscopat, et d'éminents orateurs vinrent successivement soit présider les distributions des prix, soit prêcher des retraites, soit comme simples et sympathiques visiteurs.

Dés la première année de son séjour à Juilly, l'abbé Bautain avait donné sa démission de Doyen de la faculté des lettres de Strasbourg. Il en reçut plus tard le titre honoraire. Il tenait à se donner tout entier à son œuvre nouvelle.

Cependant la préoccupation principale de la société était de donner suite au projet de congrégation religieuse. Ces messieurs vivaient, par le fait, en conimunauté depuis bien des années. Ils en avaient posé les conditions parmi eux par le Pacte de famille en 1832. Ils s'étaient décidés à tout quitter à Strasbourg pour trouver à Juilly un lieu propice à la pleine exécution de leur dessein, tout en travaillant à l'œuvre principale de leur vie, c'est-à-dire à l'éducation et à l'instruction chrétienne de la jeunesse. Toutes les circonstances se réunissaient donc pour qu'ils pussent répondre à leur vocation.

Dès le mois d'octobre 1841, les exercices de la vie religieuse furent établis, les heures réglées pour la méditation du matin en commun, pour les offices, pour les réunions spirituelles et les conférences d'études ecclésiastiques. Les veillées de nuit auprès des élèves furent faites, à tour de rôle, par chacun, comme pratique religieuse.

3î20 l'abbé bautain,

Mais bientôt Tadjonctiou à la société de quelques jeunes membres, les uns qui nous avaient suivis de Strasbourg, les autres s'étant réunis à nous depuis notre entrée à Juilly, amenèrent la nécessité d'un enseignement de Théologie.

Mgr de Meaux avait vu venir avec intérêt dans son diocèse M. Bautain et ses amis; il les avait accueillis avec bonté; il avait même confié à l'un deux, M. l'abbé Mertian, la cure de Juilly. Il dut être averti et il prêta une sérieuse attention à cet enseignement. Plusieurs ecclésiastiques accompagnèrent M. Pruneau, membre du conseil diocésain et délégué par l'Évêque pour assister à l'ouverture du cours de Théologie fait par l'abbé Garl. C'était un honneur pour nous. Mais ^Monseigneur usait de prudence et ne consentait pas à considérer ces études comme valables pour l'ordination dans son diocèse avant que Rome n'eût parlé.

Nous avons dit à la fin du chapitre précédent, que les Dames, qui à Strasbourg s'étaient données aux bonnes œuvres, surtout à celles de l'instruction des enfants, sous la direction de MM. Bautain, de Bonnechose et Ratisbonne, avaient quitté Strasbourg. Dès l'année 1841, ces pieuses personnes, réunies à quelques autres de Paris, furent établies en une maison située rue Pot-de-Fer-Saint-Sulpice sous le titre de Dames des bonnes œuvres, vivant en commun sous une supérieure et avec un règlement de vie, mais sans caractère de communauté religieuse proprement dite.

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Dès l'année suivante cependant, l'abbé Bautain se trouvait amené à donner le caractère tout à fait religieux d'une congrégation à cette pieuse réunion. Il l'appela à Juilly. On acheta un immeuble favorablement situé à proximité du collège et de l'église paroissiale, et l'abbé Bautain choisissant pour supérieure madame la baronne de Vaux, établit en cette maison la Congrégation des Dames de Saint-Louis.

Quelques-unes de ces dames furent détachées de la maison-mère pourvenir au collège prêter leur précieux concours à la bonne administration d'un établisment d'éducation, et donner leurs soins maternels aux plus jeunes enfants.

On forma bientôt toute une Division des Minimes^ qui leur fut complètement confiée, sauf quelques parties de l'enseignement. En peu de temps cette division comptait cinquante élèves.

Nous dirons ici, incidemment et pour ne pas interrompre plus loin le cours de notre récit, que les Dames de Saint-Louis de Juilly, fondèrent dès les premières années un pensionnat de jeunes personnes à Dammartin, chef-lieu du canton, un ouvroir à Juilly et successivement des écoles dans un certain nombre de communes du département.

Deux conversions remarquables vinrent intéresser

vivement le collège, en l'année 1842. Le plus jeune

frère de l'abbé Théodore Ratisbonne était l'objet à

Rome d'un retentissant miracle que tout le monde a

connu. Alphonse, lorsqu'il était encore enfant, avait

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fréquenté à Strasbourg la rue de la Toussaint, où il Tenait auprès de son frère pour être aidé dans ses études ; mais, devenu jeune homme, il était dans sa famille l'un des plus chauds adversaires de son frère l'abbé. Converti el baptisé à Rome, il accourut à Juilly pour y passer quelque temps, et étudier dans la retraite et la paix sa vocation. Ce fut pour les maîtres et les élèves une source de sainte joie et d'animation dans la piété.

Nous avions également à Juilly un jeune converti de Notre-Dame des Victoires, il se préparait à l'état ecclésiastique auprès de nous. Le jeune Trébisch appartenait à une riche famille Israélite de Vienne ; et dans la ferveur de sa piété, il nous faisait prier pour la conversion de son frère, jeune homme fort instruit et bien disposé auquel il envoyait une médaille de la sainte Vierge.

Ce fut un événement à Juilly, lorsqu'on apprit que le frère de notre bon Trébisch venait aussi d'être merveilleusement converti à Vienne, au moment où par ses chaudes exhortations il ramenait à Dieu un camarade catholique affreusement perverti. On apprenait peu de jours après, que le nouveau chrétien venait demourir à Inspruck, comme un saint, dans l'innocence de son baptême et dans tout le bonheur de sa première communion. Les lettres qui relataient toutes ces merveilles de la grâce et qu'on lisait à la chapelle, ne pouvaient qu'animer la foi et nourrir la piété (1).

(1) On peut lire ces conversions d'Alphonse Ratisbonne et

L'abbé Bautain, pendant ce temps, publiait en deux volumes sa Philosophie morale faisant suite à sa Psychologie. Il inaugurait à Paris ses Conférences au Cercle catholique. Nous aurons l'occasion d'en parler. Mais il s'occupait plus particulièrement encore de la formation de la communauté des Pérès de Saint- Louis. Vers la fin de septembre, et dans les premiers jours d'octobre, le désir des membres de la communauté de Juilly les porta à prononcer des vœux simples entre les mains de leur Supérieur. Cette cérémonie privée mais très-émouvante se fit à la messe, au moment de la communion. Et on se mit en devoir de donner une forme définitive aux Constitutions, et aux divers règlements qui en dépendaient.

L'abbé Bautain s'entoura, à cet effet, de tous les documents propres à l'éclairer dans sa tâche ; c'est-àdire qu'il étudia les règles de tous les principaux Ordres et Congrégations pour y puiser les formes qui répondaient le mieux à nos aspirations. A cette intention on redoubla de zèle dans les prières et de fidélité dans l'accomplissement du devoir.

Dès que le plan du projet eut été rédigé, il fut soumis au sérieux examen de tous les membres de la société, qui durent présenter leurs observations par écrit. Le travail de révision étant terminé, il fut dé-

les frères Trébisch dans les annale? de l'archiconfrérie de N.-D. des Victoires. En cette année même, 1842, le collège de Juilly était canoniquement affilié à celte archiconfrérie. Le vénérable abbé Desgenettes,son directeur, était ami de l'abbé Bautain et de nous tous, et l'abbé Ratisbonne remplissait auprès de lui les fonctions de sous-directeur.

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cidé que Tabbé de Bonnechose irait présenter les Règles à Rome, et solliciter l'approbation du Saint- Siège pour que l'œuvre put prendre racine et se développer régulièrement.

Muni d'une lettre et de la bénédiction du Nonce du Pape à Paris, l'abbé de Bonnechose partit en effet, tandis que les frères de Juilly, après un pèlerinage à Argenteuil, faisaient une religieuse retraite.

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