‹ L'abbé Constantin (volume 4)Chapitre 6 sur 36 · I : : .ClOOglC · texte numérisé non relu

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— Et moi aussi, s'écria Bettina, mol aussi, je rtàa vous aider. Oh! je vous en prie, cela m'amusera tant! Seulement, monsieur le curé, vous me permettrez de faire un peu comme chez moi

Lestement elle ôta son manteau d'abord, et Jean put admirer, dans son exquise perfection, une taille merveilleuse de souplesse et de grâce.

Miss Percival ensuite enleva son chapeau, mais avec un peu trop de hâte ; car ce fut le signal d'une ravissante débâcle. Toute une avalanche s'échappa et se répandit, par torrents, en longues cascades, eir les épaules de Bettina ; elle se trouvait alors devant une fenêtre par où entraient à flots les rayons du soleil .... et cette lumière d'or, venant frapper en plein sur cette chevelure d'or, mettait dans un encadrement délicieux l'éclatante beauté de la jeune fille. Confuse et rougissante, Bettina dut appeler sa sœur à son secours et madame Scott eut beaucoup de peine à remettre un peu d'ordre dans ce désordre.

Lorsque la catastrophe fut enfin réparée, rien ne pot empêcher Bettina de se précipiter sur les assiettes, les couteaux et les fourchettes.

. — Mais, monsieur, disait-elle a Jean, je sais très bien mettre le convert. Demandez a ma sœur. . . . — Dites, Suzîe, quand j'étais petite, à New-York, est-ce que je ne mettais pas très bien le couvert?

— Oui, très bien, répondit madame Scott

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Et elle aussi, tout en priant le curé d'excuser l'indiscrétion de Bettina, elle aussi ôta son chapeau et son manteau, si bien que Jean eut encore une fois le très agréable spectacle d'une taille charmante et de cheveux admirables. Mais la débâcle, et Jean le regretta, n'eut pas de seconde représentation.

Quelques minutes après, madame Scott, miss Percival, le curé et Jean prenaient place autour de la petite table du presbytère ; puis, très rapidement, grâce à la surprise et à l'originalité de la rencontre, grâce surtout à la belle humeur et à l'enjouement quelque peu audacieux de Bettina, la conversation prenait le tour de la pins franche et de la plus cordiale familiarité.

— Vous allez voir, monsieur le curé, dit Bettina, vous allez voir si j'ai menti, si je ne mourais pas de faim. Je vous préviens que je vais dévorer. Je ne me suis jamais mise à table avec tant de plaisir. Oe dîner va si bien finir notre journée I Nous sommes tellement contentes, ma sœnr et moi, d'avoir ce château, ces fermes, cette forêt 1

— Et d'avoir tout cela, continua madame Scott, d'une façon si extraordinaire, si imprévua Nous nous j attendions si peu I

— Vous pouvez bien dire, Suzïe, que noua ne nous y attendions pas du tout . . . Sachez, monsieur l'abbé, que c'était hier la fête de ma sœur . . . Mais, d'abord, pardon, monsieur. . . .monsieur Jean, n'est-ce pas?

— Oui, mademoiselle, monsieur Jean.

Eh bien ! monsieur Jean, encore un peu de cette soupe excellente, je tous en prie.

L'abbé Constantin commençait à se remettra, a se retrouver ; mais il était, cependant, encore trop ému pour accomplir correctement ses devoirs de maître de maison ; c'était Jean qui avait pria le gouverne» ment du modeste dîner de son parrain. H remplit donc jusqu'aux bords l'assiette de cette ravissante Américaine, qui fixait résolument sur lui le regard de deux grands yeux, où étincelaient la franchise, la hardiesse et la gaieté. Les yeux de Jean, d'ailleurs, payaient miss Percival de la même monnaie. H n'y avait pas trois quarts d'heure que, dans le jardin du curé, la jeune Américaine et le jeune officier, pour la première fois, s'étaient adressé la parole, et tons deux déjà se sentaient, vis-à-vis l'un de l'autre, parfaitement à l'aise, pleinement en confiance, presque en camaraderie.

— Je vous disais, monsieur le curé, reprit Bettina, qne c'était hier la fête de ma sœur, sa fête de naissance. Mon beau-frère, il y a huit jours, avait été obligé de partir pour l'Amérique ; mais, en s'en allant, il avait dit à ma sœur : " Je ne serai pas ici le jour de votre fête, vous aurez cependant de mes nouvelles." Hier donc, il arriva des cadeaux et des bouquets un peu de partout; mais de mon beaufrère, jusqu'à cinq heures, rien .... ries. Noug

allons faire tontes les deux un tour an bois à cheval

et, à propos de cheval

Elle s'arrêta et, se penchant nn peu de côté", regarda curieusement les grandes bottes poudreuses de Jean, puis elle s'écria:

— Mala, monsieur, vous avez des éperons?

— Oui, mademoiselle.

— Tous êtes dans la cavalerie ?

— Je suis dans l'artillerie, mademoiselle, et l'artillerie, c'est de la cavalerie.

— Et votre régiment est en garnison ? . . , - Tout près d'ici

— Mais alors vous monterez à cheval avec nous?

— Avec le plus grand plaisir, mademoiselle.

— O'est dit Voyons, où en étais-je?

— Vons ne savez pas du tout, Bettina, où vous en êtes, et vous racontez à ces messieurs des choses qui ne peuvent les intéresser.

~ Oh I je vons demande pardon, madame, dit le curé. La vente de ce château, — il n'est question que de cela dans le pays en ce moment, — et le récit de mademoiselle nous intéresse beaucoup.

— Vous voyez, Suzie, mon récit intéresse beaucoup

M. le curé Donc je continue. Nous sortons à

cheval, nous rentrons à sept heures, rien Nous

dînons et, an moment où nous sortions de table, arrive une dépêche d'Amérique, deux lignes seulement : "J'ai fait acheter pour vous aujourd'hui, et

eu votre nom, le château et le domaine de Longueval, près de Souvigny, sur la ligne du Nord." Alors noua avons été prises, toutes les deux, d'un rira

fou, a la pensée

— Non, non, Bettina, cela n'est pas exact. Vous nous calomniez toutes les deux. Nous avons été prises d'abord d'un bien sincère mouvement d'émotion et de reconnaissance. Nous aimons beaucoup la campagne, ma sœur et moi. Mon mari, qui est excellent, savait que nous désirions très vivement avoir une terre en France. Depuis six mois, il cherchait et ne trouvait rien. Enfin, et sans nous le dire, il avait découvert ce château, qui se vendait

précisément le jour de ma fête 0' était une

attention très délicate.

— Oui, Suzie, vons avez raison ; mais, après h petit accès d'émotion, il y a eu un grand accès de gaieté.

— Cela, je le reconnais Quand nous avons fait

cette réflexion que nous nous trouvions brusquement, toutes les deux, — car ce qui est à l'une est à l'autre, — propriétaires d'un château, sans savoir où se trouvait ce château, comment il était fait et combien il avait coûté ; cela ressemblait tellement à un conte de fées

Enfin, pendant cinq bonnes minâtes, de tout notre

cœur, nous avons ri Fuis nous nous sommes

jetées sur une carte de France, et nous avons réussi,

non sans peine, à y déterrer Souvigny. Après l'atlas, ce fut le tour d'un indicateur des chemins de fer, et ce matin, par l'express, a dix heures, nous débarquions à Souvigny.

— Nous avons passé toute notre journée à visiter le château, les écuries, les fermes. Nous n'avons pas tout vu, car c'est immense .... mais nous sommes ravies de tout ce que nous avons vu. Seulement, monsieur le curé, il y a quelque chose qui m'intrigue. Je sais que le domaine a été vendu hier publiquement .... Tout le long de la route, j'ai vu

les grandes affiches Mais aux personnes, régis-

seurs et fermiers, qui m'ont accompagnée dans ma promenade, je n'ai pas osé demander, — tant mon ignorance aurait paru folle ! — combien tout cela m'avait coûté. Mon mari, dans sa dépêche, a oublié

de me le dire Du moment que j'e suis enchantée

de l'acquisition, ce n'est qu'un détail, mais je ne

serais pas fâchée cependant d'apprendre Dites,

monsieur le curé, si vous le savez, dites-moi le prix.

— Un prix énorme, répondit le curé, car bien dos espérances et bien des ambitions s'agitaient autour de LonguevaL

— Un prix énorme t Tous me faites peur ....

Combien exactement ?

— Trois millions I

— Seulement ! s'écria madame Scott ; le château, les fermes, la forêt, le tout pour trois millions?

— Oui, trois millions.

— Mais c'est pour rien, dit Bettina. Cette délicieuse petite rivière qui se promène dana le paro vaut, à elle seule, les trois millions.

— ■ Et vous disiez tout à l'heure, monsieur le core, demanda madame Scott, vous disiez qu'il se trouvait plusieurs personnes pour nous disputer les terres et le «bateau?

— Oui, madame.

— Et devant ces personnes, après la vente, mon nom a-t-îl été prononcé?

— Oui, madame.

— Et quand mon nom a été* prononcé, y a-t-il eu là. quelqu'un pour me connaître, pour parler de moi?

....Oui Oui Votre silence me répond on

a parlé de moi Eh bien ! monsieur le curé, je

deviens sérieuse, très sérieuse Je vous prie, en

grâce, de me répéter ce qui a été dit de moi.

— Mais, madame, répondit le pauvre curé, qui était sur des charbons ardents, on a parlé de votre grande fortune

— Oui, on a dû parler de cela; «ans aucun doute,

on a dû dire que fêtais fort riche et, depuis peu

de temps one parvenue n'eat-ce pas ? Très

bien; mais ce n'est pas tout, on a dû vous dire antre chose.

— Mais non, je n'ai rien entendu ....

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