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‘Ss, On
latin, ancs, liers, s et tient sur 0te, =.
des Le on eur.
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ant res de ale et et ler
les feuilles sèches. Le cheval, poussé par les voix de Daniel et de Beauvais, allait comme le vent. Déjà on côtoyait les rives de la Creuse bordées de peupliers. Escortée par les aboiements des chiens, la voiture passait au grand trot dans les rues des villages, et volait comme une flèche.
Déjà on distinguait à travers les massifs les toits aigus du bourg, déjà on entendait les rumeurs vagues de l'assemblée. Bientôt on fut en face d'Angles. Les maisons descendaient en joyeuses cascades jusqu’à la route, qui serpentait entre deux murailles de verdure et traversait la rivière sur un pont de bois. La voiture, toujours courant, fit son entrée dans la rue principale, toute encombrée de gens endimanchés. A la grande porte charretière du logis de Delétang se tenaient le maitre de la maison et un gros d'invités, et à chaque nouvel arrivant cette avantgarde poussait un vigoureux hourra en guise de bienvenue, La cour était déjà garnie d'équipages campagnards rangés sur deux files. En un instant, la voiture de Beauvais fut entourée. dételée et classée dans ce curieux muséum de véhicules. M. Delétang père, petit homme réjoui et remuant, aussi grand discoureur que son fils l'était peu, s’empara de Beauvais : Delétang fils offrit en frissonnant son bras à Denise, et le cousin et Daniel restèrent en arrière, un peu oubliés et désorientés,
Le déjeuner était pret. On courut à la salle toute pleine de convives. Denise était placée
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entre les deux Delétang, en face du cousin, dont la sombre soutane et la mine pale tranchaient au milieu des costumes bariolés et des ficures
épanouies, L’attention se porta bientôt vers une extrémité de la longue table où Daniel, qui avait vite rompu la glace, mettait tout le monde en joie Par ses saiilies et son entrain. On distineuait dans le chœur des voix joyeuses le rire large et prolongé de Beauvais.
Au dessert, les Jeunes gens quittèrent la
table et se dirigerent vers la place où se tenait
l'assemblée. Autour des marchandes de Jouaces et de /ourtisseaux! se pressaient les enfants, Jes } A 7 £ 11
ArÔLES aux yeux “carquinlés, et les gars jaloux d'offrir à leurs amour: uses la plus crosse pièce de pâtisserie, — En Poitou. le présent d'un tourtisseau de deux sous fait par Un garcon à une fille est toute une déclaration d'amour.
Pendant que M Delétang et Denise rompaient
o ensemble une fouace, -~grande hardiesse qui avait
fait rougir le jeune homme Jusqu'au blanc des YEUX, —une longue et joveuse rumeur s'élevait du
milieu de la foule pressée autour d'un grand mât au sommet duquel s’agitaient et voletaient des
25 PIgeOns prisonniers. “ Bien touché !” criaient des voix, et on entourait D unie}, qui élevait gaiement en l'air un Pigeon dont il venait de rompre le lien d'un coup de fusil. “A un autre = dit Daniel, et, ressaisissant le fusil chargé, il l’'épaula.
50 pencha sa joue brune sur la crosse, lAcha la
' Sortes de pâtisseries poitevines,
| Joi Uait Lal a |
détente, et cette fois deux pigeons détachés tomberent tout pantelants. “Coup double!” s écria-t-il de sa voix Joyeuse, Et la foule ébahie applaudissait d'autant plus que le jeune homme venait de faire présent de se: pigeons à trois bonnes vieilles qui les mangeaient des yeux.
Denise fut toute fière de cet exploit, et le pauvre Delétang se sentit encore plus diminué et plus cauche, Pour un empire, il n'aurait voulu toucher le fusil.
Plus loin, dans un carré formé par quatre acacias, s’agitait le bal. Un vrelleux et un rnemuseux, installés sur deux tonneaux à l'abri
du plus gros arbre, conduisaient toute la danse.
Les filles et les garçons avaient dédaigné la bourrée locale et essayaient les figures de la contredanse ; mais la vieille habitude prenait le dessus, et le pas de bourrée re] araissait toujours.
Lorsque Daniel, Denise et M. Delétang furent tout
Danie
pres du bal: “Si nous dansions! s’écria l. — Mais, répliqua Denise, je ne sais pas la
ontredanse ; je ne connais que la bourrée, que la Bruere m'a apprise— Eh bien, nous danserons la bourrée; M. Delétang sera votre danseur, et j'aurai bien vite trouvé une danseuse.” I] avisa une vieille femme, encore verte et ingambe. qui conre la danse avec bonheur et semblait toute prète à partir avec les danseurs “ Vous savez la bourrée, ma mère? lui dit Daniel — Ah! man cher mignon, si je la sais! J'étais la première
danseuse du pays au temps jadis. ...— Eh bien,
un
nn
42 VABBE DANIEL
voulez-vous la danser avec moi?” contredanse était finie, il courut
Et comme la demander une bourrée aux deux joueurs, et moitié de moitié de
vie, force, emmena la bonne femme pres de Denise et de son compagnon,
Au premier signal de la vielle, ils s’élancérent tous quatre et les autres danseurs les imitèrent. La vieille femme sautait comme à vingt ans:
ses petits sol sans
PA
Denise était légère comme un oiseau :
10 pieds glissaient alternativement sur le avoir l'air d'y poser: ses joues, animées par le plaisir, étaient devenues vermeilles ;
ses yeux bleus étaient inondés de
lumière, sa bouche souriait. A un mouvement un peu vif qu'elle fit
15 pour battre des mains avant de les tendre à son
vis-à-vis, ses épais cheveux bruns À demi dénoués glisserent de son large chapeau de paille jusque sur ses épaules. “Qu'elle est belle!” songeait Daniel enthousiasmé. Et Denise, de son côté.
admirait comme le jeune militaire
le rythme et le pas de la bourré:
D re)
avait vite saisi , et comme jl frappait gaiement la terre du pied, et tournait, souple et agile, en battant des mains à son tour. Elle prenait un peu en pitié le timide M. Delétang, qui 25 Sembrouillait et perdait la mesure
à« haque instant, Tandis que e
Daniel et Denise sautaient sous
les acacias, le cousin, dont la mélancolie redoublait
et dont le cœur blessé ne pouvait s’
du joveux tumulte de l'assemblée, le
accommoder cousin s'était 30 dirigé vers le vieux chateau: en suivant le
entier
VeadiiiCUA, ji
était arrivé au-dessus des ruines et
s'était assis au pied de la grande croix de bois qui domine les tours effondrées, le village et la vallée entière.
Peu à peu le soleil s'était enfoncé derrière la -olline boisée : la rivière reflétait maintenant les 5 teintes rouges du couchant. Le cousin restait toujours pensif au pied du € alvaire ; tout à coup ‘| s’entendit appeler et vit Daniel accourir tout essoufflé. “Le cheval est attelé, lui cria ce dernier ; on n'attend plus que vous, mon cousin!” 10 Ils descendirent ensemble. Denise était deja dans la voiture. Beauvais, la mine allumée et joyeuse, donnait force poignées de main à MM. Delétang père et fils. “Je vous attends dimanche prochain!” s’écria-t-il en montant sur le siège 15 auprès de Daniel, et, le cousin ayant aussi repris sa place, Beauvais allongea un maitre coup de fouet sur le dos du cheval, qui partit au grand trot.
La nuit était semée d'étoiles. Denise, encore 20 tout enfiévrée par le bal, mais silencieuse, s'était blottie dans son coin; le cousin fermait les yeux
et priait. Daniel lui-méme semblait rêveur.
Ouant à Beauvais, le vin blanc et le bon accueil des Delétang l'avaient mis en belle humeur il 25 avait la voix haute et le rire bruyant, De temps
en temps il interrompait ses propos pour faire laquer son fouet, et la course du cheval, un
moment ralentie, reprenait de plus belie; les
sabots, fraichement ferrés, retentissaient sur la 30
route sonore et faisaient feu dans la nuit, Ce
cheval, “une bête sans n'avait qu'un petit défaut :
un lièvre, et quand il
prix,” disait Beauvais il était peureux comme avait peur, il partait au triple galop droit devant lui, Déjà on avait sfait plus des deux à Barrou, l'animal] s'effaroucha lune reflété dans une Il dressa les oreilles, fit
tiers du chemin, quand, l'entrée du villaze de
d'un rayon de flaque d'eau, un écart, renifla bruyamnN avant et traversa le village
Beauvais s'efforçait de le contenir, et tirait énergiquement les guides a lui : à une secousse inattendue,
ment, puis s’élanca e 10 COMME un ouragan,
elles se rompirent, et libre, redoubla son infernal
a chaque minute de 15 le char à bancs dans
et les lèvres
le cheval, se sentant galop, menaçant renverser la Creuse. Denise, pâle serrees, se retenait banc où Daniel était et vit sa blanche
au dossier dy appuyé ; celui-ci se retourna figure au clair de lune, Se levant tout à coup, il s'élança comme un chat 20 sur le dos du cheval, saisit
les débris des traits rompus, et, au risque de se faire tuer vingt fois, € iaissa glisser et pendre à la
tète de l'animal.
| fut pendant
quelques secondes trainé à la remorque du cheval: mais comme il avait des 25 nerfs d'acier, il se raidit de plus en plus, et forca la béte a ralentir son galop; enfin elle s'arréta vaincue et toute frémissante.
Les voyageurs descendirent : l'abbé courut à Daniel, et, le voyant sain et sauf et souriant. 30 revint ver Denis
ise, qui s'était assise, tremblante te, sur le bord de la route
Beauvais
Uvais, tout penaud des méfaits de son cheval sans pareil, imme tourna autour de la voiture, constata qu'elle était it au disloquée, et annonça qu'il fallait retourner à avait Barrou pour la faire remettre en état.
d, à Denise se leva et déclara que pour rien au 5 ucha monde eile ne remonterait dans le char à bancs. ‘eau, “Ne te fache pas, mignonne, répondit Beauvais, ’am- très adouci, il n'y a plus que deux petites lieues lage d'ici aux Templiers, et en prenant la traverse > le des Courtils on peut encore raccourcir le chemin. 10 lui ; Vous avez tous de bonnes jambes, et la nuit est t, et belle. J'irai seul à Barrou en menant le cheval rnal par la bride, et dans deux heures au plus tard rser nous nous retrouverons au logis. — Eh bien, alors, dale dit le cousin d'une voix un peu embarrassée, 15 du Daniel va vous accompasner, tandis que Denise rna et moi nous suivrons la traverse. Non, certes, Se reprit Beauvais de son ton goguenard, vous ctes hat trop distrait, cousin, et le major sait déjà les its chemins mieux que vous. C'est lui qui vous 20 1S, conduira. Allons, bon voyage, et à bientot = lal, Il fit rebrousser chemin au cheval et s'éloigna la dans la direction de Barrou.
les Ils restèrent un moment immobiles tous trois ca ur la route; puis l'abbé, qui dans tout cela voyait 25 ‘ta le doi rt de Dieu, dit a Daniel: “ Voyons, offre
le bras à Denise; moi, j'ai la mauvaise habitude à d'aimer à marcher seul, et je vous servirai d arricreit, carde.
te Ils montérent lentement le chemin pierreux 3
S qui longe le chatcau des Courtils, D'abord ts
ur
to
marcherent tous trois l’un près de l’autre, causant de l’accident et se communiquant leurs sensations. Denise ne pouvait se lasser d'admirer le sangfroid et l'énergie de Daniel, et elle exprimait sincèrement et naïvement son admiration. “Il a toujours été audacieux,’ disait l'abbé. Et il racontait comment, tout enfant, Daniel avait monté un cheval fougueux et avait été rapporté au presbytère à demi mort. Au haut de la montée, l'abbé s'arrêta essoufflé et s’assit au pied d'un arbre. Les jeunes gens, tout occupés de leur causerie, se bornérent à ralentir le pas, et continucrent à s'engager lentement dans le bois. L'abbé les regardait s'enfoncer peu à peu sous les branches ; la clarté de la lune baignait leurs jeunes têtes,
“Quelle admirable nuit!” s’écria Daniel. Il y avait dans ces trois mots, ct dans la manière dont ils furent prononcés, tant de tendresse et d'enivrement, que la jeune fille baissa la tète et se sentit trot blée, Il fallait cependant faire une réponse. “Ne trouvez-vous pas, dit-elle d’une voix un peu frémissante, que ce bruit d'eau res-
semble à une lointaine musique de bal? Vous aimez .e bal? demanda Daniel. — Moi? Je ne sais pas; c'est la première fois que je danse; mais je me suis bien amusée, — Mieux que M. Delétang, car il sautait comme à contre-cœur.
- Et à contre-mesure, ajouta-t-elle avec un éclat ac rire, Pauvre garçon ! il avait l'air perdu dans
sa redingote neuve. — Ne vous moquez pas de
LM
lui, fit Daniel ; on ne doit pas rire de son fiancé.
Lui, mon fiancé! quelle idée !”
Daniel la regarda d’un air qui voulait dire:
Êtes-vous sincère? . . . “ Mais, reprit-il, je crois que c’est un peu l'idée de M. Beauvais.” 5
Denise secoua la tête d’un air de dénégation. Daniel eut un sourire attristé. “Quand je reviendrai aux Templiers, dit-il, j'y trouverai probablement plus d’un changement. — Mon Dicu!
murmura Denise, vous parlez de revenir comme 10 si vous étiez déjà sur le point de partir. Vos trois mois ne sont pas finis Vous aimez donc bien la vie militaire? — Je l'ai hien aimée, répondit le jeune homme, et maintenant elle m'attire à la fois et me déplait. Il y a des moments où 15 ye regrette de ne m'être pas fait tout bonnement métayer au fond de quelque borderie cachée dans
les arbres. . . . Tenez, aux Bruasseries ; c'est la qu'il ferait bon vivre! . .. Je voudrais seulement quatre arpents de terre et de vigne descendant 20 en pente vers la vallée — Avec un pré au bout
et une oseraie au bord de l'eau, ajouta Denise. Et dans le pré, continua-t-il, un bon cheval aux jarrets infatigables avec lequel on ferait de
bonnes courses à travers champs; autour de la 25
maison un verger et des pâtis. . . . — Et, dit-elle dans les pâtis, de grands chataigniers où on viendrait travailler à l'ombre. . . . Tandis que i FR | |
des bœufs rumineraient, couchés sur la pelouse.
— (jui, fit-e
lic, Ci poui Uivant HitivCiHiCiii
commencé, deux bœufs aux bons yeux couleur
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d'iris, puis une génisse blanche, car il nous faudrait du lait. :
Elle s'arrêta, confuse de son étourderie, et balbutia. Daniel sentit son cœur battre à tout rompre. Nous! ... Elle l'avait dit! Le son de ce mot caressait encore son oreille. Il prit brusquement les deux mains de la jeune fille dans les siennes et voulut parler, puis brusquement aussi il rompit l’étreinte commencée et refoula les paroles prétes à sortir. “Ah! pourquoi étesvous riche? s’écria-t-il avec amertume, . . . Pourquoi êtes-vous riche? Cela met entre nous une distance plus énorme que les mille lieues qui nous séparaient quand j'étais en Crimée. . . . Et cependant je vous aime! J'aurais dû partir avant de vous le dire; mais voilà quinze jours que j'ai le mot sur les lèvres, et je ne puis plus le retenir.”
“Suis-je riche? dit-elle. Je ne le sais vraiment point. Jamais cette pensée ne m'est venue.
> J'ai grandi aux Templiers sans connaitre ce que
cest que l'argent, et sans songer à le demander. Je ne sais qu'une chose, c’est que mon cœur est au-dessus de toutes les questions d'argent, Je vous ai Compris, car je suis fière comme vous, et, en supposant que mon pere soit riche, si vous m'aimez mieux pauvre, je me ferai pauvre pour vous aimer, , . . Je ne devrais pas vous dire tout cela ; mais, vous le savez, je suis une sauvage, et je ne peux pas cacher ce que je pense.”
Ces simpics et franches paroles étaient pro-
noncées sur un ton indiquant une puissance de
volonté que Daniel n'avai pas soupçonnée. Il ressaisit les mains de Denise, et la contemplant : “ Je vous remercie, dit-il, et je vous admire; mais je sens la rougeur me monter au front, en songeant à la réponse de votre père, si j'allais lui demander 5 votre main. Mon père, — et elle sourit en baissant les yeux, — mon père est moins terrible ue ses brusqueries ne le feraient croire. D'ailleurs il vous estime et il m'aime. . . . Il conentira à tout, — Mais à ses yeux, continua Daniel, 10 aurai l'air, moi, d'un coureur de dot! — Ah!
reprit-elle d'un ton de reproche, vous avez trop d'orgueil aussi, et je vais croire a présent que vous vous aimez plus que vous ne m'aimez. Ne pouvez-vous faire plier un peu votre fierté pour 15 amour de moi? D'ailleurs n'avons nous pas le cousin, qui sera notre allié et plaidera notre cause ? Qui, oui, s'écria Daniel, le cousin est bon et prudent, et demain je lui dirai tout. Quoi !
s'écria-t-il d'un air désappointé, nous voici déjà à 20 l’oree du bois '
Denise avait repris le bras de Daniel, et une causerie suivit bientôt la fiévreuse Dans leur entretien,
délicieuse vivacité des premiers aveux.
les confidences succédaient aux confidences, les 25 épanchements aux épanchements, Ils arrivèrent ainsi sans s’en douter sur le revers de la vallée de
l'Évronne, et virent briller au clair de lune le toit des Templiers. Ils haterent le pas. Le cousin
et Roauvais ce nromenaient dans la cour : la lueur 30 | 3
d'un bon feu flambant rougissait les vitres de la
cuisine. “Ih bien, leur cria Beauvais de sa grosse
voix réjouie, ne vous l’avais-je pas dit que le
cousin vous perdrait? Quel homme! Si je ne
l'avais pas rencontré et ramené, il serait encore au 5 bois à l'heure qu'il est.”