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— L'admirable bouqfuet ! s*écria4-eHe en apercevant les fleurs de Diane, au milieu desquelles la jeune fille avait caché précipitamment sa lettre à l'approche de la duchesse ; lalssez-le-moi voir, ma chère mademoiselle d'Herfort.
Par un mouvement subit, Diane saisit le bouquet et le cacha dans une armoire.
— Du mystère î reprit madame de Brancas, c'est mal, c'est fort mal. Me croyez*vou8 donc votre ennemie ?
— Mon Dieu, non! répondit Diane en rougissant ; mais Tonne doit juger un artiste que lorsqu'il a fini son tableau..., et moi je venais à peine d'assembler les nuances de ce bouquet...
— J'ai vu ce matin même celui que le roi a donné pour ce soir à notre belle petite reine, dit madame de Brancas; il n'était pas plus galant !
— Ah ! vous l'avez vu?... remarqua d'un ton inditférent mademoiselle d'Herfort. La reine accompagnera donc ce soir Sa Majesté au cercle de sa mère, vous le croyez ?
— En cela, je pense, Sa Majesté ne fera que son devoir, reprit madame de Brancas. Notre Infante, sachez-le, est d'ailleurs très-curieuse. On parlait hier devant elle du jeune abbé de
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Choisy, de ses travestissements, de son esprit. « Je veux absolument que Ton me présente la petite comtesse de Ganzi,» a-t^elle dit d'un ton dont elle eût demandé une poupée. Madame de Motteville et moi l'avons assurée que la comtesse de Ganzi serait fort honorée de se rendre à son désir, et je venais moi-même me proposer pour femme de chambre à M. de Choisy. Où est-il donc?
L'abbé n'attendit pas le reste de cette belle conversation, et il se sauva au plus vite dans sa chambre.
— J'en sais assez maintenant, se dit-il, }>our déjouer le manège de cette petite fille que j'avais la bonté de croire encore une vertu. Ah ! comme un billet de roi vous change une femme ! N'importe; je veux voir si elle soutiendra jusqu'au bout l'effronterie de son rôle. Me tromper ainsi!... Oh! il faut pour cela que ma mère lui ait parlé. Eh bien ! nous verrons qui de nous deux triomphera ce soir; nous verrons si le roi...
Deux petits coups légers frappés à la porte interrompirent Choisy au milieu de son monologue. C'était madame de Brancas qui venait sans plus de façon l'avertir qu'on l'attendait à déjeuner.
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Madame de Brancas avait épousé le tabouret en épousant le duc de Brancas; c'était une maltresse femme dans toute Tacception du mot ; elle aimait beaucoup les folies et les tours (le jeunes gens, et laissait Choisy jouer avec sa fille Branchette que le roi aimait aussi.
— Auriez- vous pleuré? demanda-t-elle à Tabbé en lui trouvant les yeux rouges et le teint pâle. Pour vous récréer, mon cher Choisy, je vous demande en grâce de regarder seulement votre valet. Où diable Tavez^vous déterré? En me voyant entrer si familièrement dans votre chambre, privilège qui m'est acquis depuis que je vous connais, il a pensé se prosterner deux fois à terre. L'excellente figure ! On eut dit vraiment qu'il m'attribuait secrètement chez vous l'honneur des petites entrées* Comment nommez-vous ce garçon-là ? ajouta la duchesse en descendant l'escalier ; il est précieux, et si jamais je suis triste, je le veux chez moi pour me donner le couvert ou les liqueurs !
— Grippefer, dit l'abbé en traversant le vestibule, madame la duchesse de Brancas vous veut du bien !
— Madame la duchesse, reprit Grippefer, permettez- moi de me proclamer ici le plus
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humble, le plus dévoué... Ah! madame la duchesse, après le service que voua avex bien voulu me rendre dans cette nuit mémorable..., ajouta Grippefer avec une pantomime grotesque.
— Ah çà, est-il fou ? demanda la duchesse à Ghoisy; que dit-il là? Un service*. • une nuit*.. C'est un échappé des Petites^lMIaisons» que ce laquais-là !
— Il a quelques absences, cela est vrai, dit Ghoisy en passant dans la salle du déjeuner. Il vous prend pour une dame qui Ta sauvé une nuit des mains du guet.
— L'excellente histoire ! s'écria madame de Brancas en se roulant de rire sur sa chaise. Gomment 1 vous n'en riez pas vous-même, mon cher abbé? Un rustre, un manant, qui croit que ma protection... Par ma foil voilà un quiproquo excellent ! J'ai bien peur, vraiment, de la reconnaissance de ce M. Grippefer ; vous m'en sauverez, n'est-il pas vrai? Mais qu'est-ce ? vous voilà tous tristes, vous, votre mère et Diane. Jolies dispositions, ma foi, pour aller au cercle de la reine mère, où Lambert va , dit-on, se faire entendre. Oubliez-vous donc, Ghoisy, que notre jeune reine veut vous voir absolument? Ah çà, quelle robe allez-vous
mettre? J'en vis une l'autre jour à Monsieur qui était du dernier goût. La prendrez«vou8 ponceau, lilas, amarante, à fleurs d'argent ou à fleurs de velours ? Répondez-moi, car cela est important.
Durant tout ce babil, Ghoisy observait tour à tour le visage de Diane et celui de sa mère ; il cherchait à y surprendre un trait de lumière ; mais rien dans les paroles de madame de Ghoisy ou de mademoiselle d'Uerfort ne vint au-devant de ses doutes; il remarqua seulement que Diane se tenait avec lui sur la réserve.
Changeant alors de batterie avec adresse, Ghol$y affecta de vanter bien haut chacune des beautés qui devaient ce même soir orner le cercle choisi de la reine mère. La fille de madame de Brancaslui fournit surtout un texte d'éloges si exagérés, qu'un nuage de dépît se répandit sur le beau front de Diane.
— Mademoiselle Branchette, soupira Ghoisy ^ est une des personnes les plus piquantes que la cour possède ; quelle grâce ! quel esprit ! Je suis sûr que ce soir tous les yeux, même ceux de Sa Majesté, seront pour elle.
Madame de Brancas se rengorgea en entendant les paroles flatteuses de l'abbé, puis,
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comme elle l'avait dit, elle voulut présider elle* même à chaque détail de sa toilette féminine. Grâce à elle, la comtesse de Ganzi parée, épin* glée, coiffée, se trouva prête sur les sept heu* res à aller au Louvre. Pendant tout le temps que durèrent ces préparatifs , la duchesse ne remarqua pas sans crainte l'inquiétude crois* santé qui se peignait dans tous les traits de Choisy, qui, rebelle à ses avertissements, ne pouvait rester en place. Quand elle eut fini de lui mettre sa dernière mouche :
— Par ma foi, dit-elle tout en nage, mon cher abbé, j'aimerais autant habiller la reine elle-même. Je gagerais mille pîstoles que vous devez être amoureux, à vos seules distractions ; serait-ce donc de Branchette? Ma fille, sachez-le, est fort bien auprès du roi, et le petit Lignerac a beau lui faire la cour...
— Partons , partons , de grâce, ma chère duchesse, Theure s'avance, et Ton nous attend au Louvre !
Le carrosse de madame de Choisy les eut bientôt emportés tous quatre; Diane tenait en main le bouquet que l'abbé lui avait vu faire le matin.
Pour une personne étrangère à la cour, rieu n'égalait l'aspect brillant de l'assemblée où ils