LE BOUQUET
d^Herfort venait de laisser tomber, tout cela fat pour la jeune princesse Vaffaire d*un instant. Son sang espagnol battait dans ses veines avec violence ; elle portait déjà la main au bouquet, quand Ghoisy se baissa rapidement pour le ramasser.
— Il y a un billet parmi ces fleurs» dit la reine d'une vois: mal assurée.
— C'est vrai, madame, répondit Choisy, et si Sa Majesté permet que je lui en fasse lecture...
— Non; donnez, donnez, reprit la reine impérieusement, je veux voir.
Louis s'interposa, mademoiselle d'Herfort était devenue plus blanche qu'un marbre.
La reine déploya le papier qu'elle avait trouvé dans le bouquet, et elle lut :
u SONNET X 9X HAJBSTi LA. RBIlfE DE FHAICCB. »
— Un sonnet I s'écria Monsieur, oh ! voyons, madame ma sceur, je raffole des sonnets }
Le sonnet était de Benserade, et Monsieur le lut lui-même.
— Voilà une attention dont nous devons tous savoir gré à mademoiselle d'Herfort, reprit le roi en s'adressant à la reine, n'est-ce
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pas, madame? Ce n'est pas là une louange or* dinaire !
Dans ce sonnet, Bensera^e avait loué, en effet, la jeune reine avec Temphase du temps; son front se dérida en se voyant Tobjet d*une telle apologie. Le soupçon fit place en son esprit à l'ivresse du triomphe. Pendant ce temps, Louis avait serré le bras de Ghoisy, et il lui disait :
— Ah ! Choisy, Ghoisy, qu'avez-vous fait?
— Ne fallait-il pas sauver Votre Majesté?
— C'est bien ! oh ! c'est bien ! voilà un service dont bientôt je tiendrai compte.
Pendant que mademoiselle d'Herfort éprouvait le contre-coup de cette scène, Monsieur entraîna Choisy dans l'embrasure d'une croisée du Louvre.
— Décidément, l'abbé, tu es en faveur, lui dit-il. Ce que c'est que d'avoir lu Benserade !
— Monseigneur, répondit Choisy qui pouvait à peine parler, par pitié, votre carrosse !. . . Les forces me manquent, je crains de tomber ici ! ... Surtout, que nul ne nous voie : on s'op« poserait à mon départ.
— L'abbé, que dis-tu là?... En ce cas, c'est moi qui t'emmène... Parle, je suis à tes or* dres.
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Et Monsieur laî-méme, étonne de la pâleur et de rabattement de Ghoisy, se hâta de donner des ordres après avoir feint de conduire Fabbé dans la salle des portraits.
Un instant après, ils roulaient tous deux en carrosse, sans que l'on eût pu se douter de leur absence.
i. li
L'agitation de Choisy semblait s'accroitre le temps de ce court trajet ; cependant le car* rosse arrêta devant la porte du Luxembourg, sans que Monsieur eût pu tirer de son compagnon autre chose que de vagues monosyllabes.
La douleur de Tabbé devenait si poignante que Monsieur, tout indifférent qu'il fût pour autre chose que pour ses plaisirs, crut devoir l'accompagner jusqu'à sa chambre.