LX BOUDOIB DU CARDINAL
une potion préparée sur sa cheminée, c'est une femme... Elle connaissait sans doute une issue mystérieuse , voilée à tous les regards, puisqu'elle a posé les pieds sur ces tapis. Il en existe une, cela est vrai, mais nul, excepté moi et la reine, ne la connaît.
— Et vous pensez , Éminence , que vos paroles à la reine...?
— Ont été entendues par cette personne , j'en suis certain. Elle est maintenant dépositaire d'un secret d'Etat.
. — D'un secret d'État , répéta Diane , mon Dieu ! C'est donc bien terrible ?
— Si terrible , Diane , que mieux vaudrait pour la malheureuse qui le sait dix gouttes de poison délayées au fond de ce verre. Il n'y a pas d'exemple qu'un homme dépositaire d'un pareil secret ait vécu deux ans.
— Vous m'épouvantez !... Gonmient une femme...? Mais c'était peut-être à l'instigation de quelque ennemi que vous l'avez trouvée là, c'était...
— Je ne l'ai point vue , reprit Mazarin , je la soupçonne.
En entendant ces mots, il passa sur le front de la jeune fille un rayon si pur d'espérance, que Mazarin l'attribua à une ivresse
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secrète. Il reprit, après avoir de nouveau interrogé chaque battement du cœur de Diane :
— C'est une jeune fille qui n'a pas plus de seize ans.
— Seize ans, murmura-l-^elle , seize ans, c'est juste mon âge !
— Elle est attachée à la reine mère , dit Mazarin.
-^ Mon Dieu ! s'écria Diane en pâlissant , attachée à la reine mère!
— Mais ni la reine mère, ni le roi lui-même ne pourraient maintenant la sauver du châtiment que je lui réserve.
— Vous la punirez?
— Gomme Richelieu, mon prédécesseur, punissait les traîtres.
— Par pitié, monseigneur, oh! vous ne le ferez pas, vous ne traiterez point une pauvre fille égarée , abusée sans doute , comme une maréchale d'Ancre! Vous serez humain, indulgent. Une fille de la reine ! mais c*est peutêtre une de mes compagnes, une amie, une sœur, car elles me recherchent et elles m'aiment, moi qui cependant leur suis étrangère! Je ne vous demande pas le nom de ia coupable, monseigneur, mais par votre gloire , par les bontés de la reine pour moi , par le carac-
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tère auguste et saint dont vous êtes revêtu, sa grâce, monseigneur, sa grâce !
En parlant ainsi , Diane , bouleversée par son effroi , s*était jetée aux genoux du cardinal; elle le conjurait, l'invoquait avec des larmes. Mazarin pensa que c'était pour elle que Diane le priait.
— Mademoiselle , reprit-il , je suis fait aux pleurs depuis longtemps. On n'a pas mon âge, et l'on n'a pas vu comme moi partir trois nièces aimées , sans avoir marché sur son cœur. Quoi que vous fassiez, vous m'appartenez maintenant du droit de souveraine justice. Cette fille imprudente et crinunelle , mademoiselle d'Herfort, c'est vous !
— Moi ! balbutia-t-elle, atterrée des paroles du cardinal, moi, monseigneur, vous croyez I .. .
— Je crois, mademoiselle, â votre présence au palais ce jour-là même, je crois aux paroles de la reine, je croisa la vérité, enfin. Quand la reine est sortie de ce cabinet, vous l'attendiez avec impatience à sa sortie; au bal , à ce bal même où vous pensiez que je n'avais pas l'œil sur vous, je vous ai vue plus d'une fois inquiète et agitée... N'aggravez pas votre faute, je vous en préviens, par le mensonge. Encore une fois, vous êtes coupable.
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— Elle est innocente ! s'écria derrière Ma« zarin une voix bien connue du cardinal.
— Choisy !
C'était, en effet, l'abbé de Choisy, l'abbé, pâle, tremblant, dont le cardinal ne pouvait comprendre la présence. Il fallait pour Mazarin qu'il fut sorti de la tapisserie elle-même.
Choisy mit , devant Mazarin , un genou en terre , comme s'il allait commencer une confession.
— Que faites- vous là , monsieur? demanda le cardinal. Pourquoi cette posture , et comment avez-vous pu vous introduire...?
L'abbé indiqua du doigt à Mazarin une issue que masquait le paravent.
— Vous connaissez ce chemin secret? dit le cardinal étonné.
— Oui , monseigneur, répondit Choisy hardiment. C'est ici que l'autre jour...
— Achevez, interrompit Mazarin avec colère.
— C'est ici , monseigneur, que j'ai entendu l'autre jour voire conversation avec la reine.
— Vous !
-Moi!
En disant ces mots, Choisy regarda Diane.
— Oh ! merci, merci, dit-elle à voix basse
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au jeune homme, vous êtes un noble cœur !
— M. de Ghoisy, reprit le cardinal en toisant l'abbé, vous avez fait sagement de quitter un costume indigne de votre état. Ce jourlà, le portiez- vous?
— Oui , monseigneur , répondit Tabbé , qui n'avait rien perdu des paroles du cardinal à Diana; mais Dieu m'est témoin que ce n'est pas à dessein que je me sui$ trouvé dans cette chambre. Le hasard seul...
— Assez, monsieur, assez , interrompit dédaigneusement le cardinal, je ne vous demande pas compte de vos escapades amoureuses.
Vous étiez là, j'en suis sûr, à bonnes enseignes.
— Monseigneur...
— Depuis quelque temps, votre conduite est une honte. Quand l'un de vos frères porte l'uniforme , vous ne devriez pas vous occuper de travestissements au moins ridicules.... J'ai besoin de vous parler seul, et non en présence de cette enfant. Mademoiselle , ajouta le cardinal , je vous demande pardon de vous avoir soupçonnée, yun de mes gens va vous reconduire chez madame de Ghoisy. Je vous recommande, et au besoin jevous ordonne, de ne pas lui dire un mot de notre conférence. Le salut de son fils est à ce pri^.