LE BOUDOIR DO CARDIRAL
dre cette jeune fîlle ? Ce secret est à cette heure en sa puissance : voyonsce qu'elle va nous dire ! Le cardinal souleva une portière en tapis* série , il appela Bernouin :
— Rien encore?
— Pardon , monseigneur , c'est Pun de vos gardes, Grippefer, qui voudrait vous parler. Il attend dans la galerie ; il veut , dît-il , demander pardon à son Éminence.
— Qu'il aille au diable ! c'est un maladroit. Je devrais le casser, il le mérite ! Plus tard, plus tard... qu'il attende...
En ce moment, le bruit d'un carrosse retentit dans la grand'cour, le cardinal regarda à travers les carreaux de la fenêtre.
— Bien , c'est elle ; Rufin, que j'ai envoyé , a suivi mes ordres... De celte entrevue dépend la vie de Diane 5 je suis, je dois être Mazarîn !
Et le cardinal rentra chez lui, en s'appuyant de son mieux sur sa béquille. Il baissa luimême les stores violets de son boudoir, où pénétrait un jour rare. Assis dans son grand fauteuil, pâle et décharné comme un spectre, il rassembla autour de lui quelques papiers, plutôt pour se donner une contenance que poar en méditer les détails.
Quand Diane entra , se présence seule éclaira
70 LS BOUDOIB DU GABDIHAL.
ce lieu obscur d'une sorte d'auréole douce et lumineuse. L'altération de ses traits était cependant assez visible; c'était la première fois que le ministre la faisait ainsi mander près de sa personne. Éperdue, tremblante, elle attendit dans un silence inquiet que Mazarin lui adressât le premier la parole.
— Asseyez-vous, mademoiselle dllerfort, dit le cardinal en souriant. Vous étiez charmante à mon bal, la nuit dernière. Je ne sais pourquoi j'ai pensé, en vous voyant, à ma pauvre nièce Marie...
— Son Éminence est trop indulgente , répondit Diane un peu rassurée ; je la remercie d'avoir bien voulu songer à moi pour cette fête. La reine mère m'y a priée de sa part...
— C'est vrai , et je comptais même vous y parler, m'occuper de vous enfin, quand, à mon grand regret , madame de Cboisy vous a emuienée. Il était, je crois, deux heures?
— Deux heures, Éminence, deux heures juste, cela est vrai.
Le cardinal fronça le sourcil légèrement.
— Vous ne connaissiez pas ce boudoir? demanda-t-il à Diane d'un air dégagé. N'est-ce pas qu'il est commode pour s'y confier un
n^K'kai.yxtO
Il B0DD01B OU GABBillAL. 71
— Sans doute, répondit-elle, étonnée de la question du cardinal.
— L'architecte de ce palais, reprit Mazarin, a combiné les choses de façon à ce que, cette porte fermée (et le cardinal montra la porte à la jeune fille), on ne puisse entendre aucun bruit de cette pièce, fût-ce celui des discussions les plus animées. Aussi, vous le voyez , cette porte, qui donne sur le vestilTule de mes gardes, est toujours fermée à clef.
£t Mazarin montra à Diane les verrous tirés sur cette porte.
— Ah ! répondit-elle naïvement , vous êtes en sûreté.
— C'est ce que je me disais , continua le cardinal sur le môme ton de tranquillité hy* pocrite et en plongeant dans le regard bleu de Diane son œil fauve et scrutateur; mais il parait vraiment que je me trompais; car ici même, l'autre jour, une personne étrangère à ma maison a trouvé moyen de s'introduire ici et d'y surprendre ma conversation avec la reine...
— Bonté divine ! s'écria Diane , mais comment cet homme avait-il pu pénétrer?
— Ce n'est point un homme , reprit le car* dinal en délayant avec sa cuiller de vermeil