NÉ A VERSAILLES, LE XXIV NOVEMBRE NDCCXII
Puis, Tarchitecle ayant donné Fassurance que tous les travaux seraieni terminés la semaine suivante, la commission décida qu'elle Axerait irrévocablement le jour de Tinauguration au dimanche 3 septembre, vers une heure de relevée.
Après que M. Paris se fut retiré, M. Gabriel , graveur de la plaque, fut introduit, et il proposa d'en faire tirer des exemplaires» La comr mission arrêta qu'il en serait remis un à chaque souscripteur, et que les quatre sur papier porx^elainc, qui avaientété appoi^és par M. Gabriel, seraient offerts^ un au roi Louis-Philippe^ souscripteur, parles soins de M. le préfet; un antre à M. le préfet lui-même, présidentd'honneur de la commission; le troisième à M. Remilly, maire de Versailles ; et le quatrième à M. le baron de Fresquienne, président de la commission.
L'ordre du jour appelait la délibération relative à rinauguration de la statue. La commission décida ce qui suit :
Le jour de l'arrivée de la statue^ M- le maire serait prévenu que, le monument étant terminé^ la commission proposait de fixer le jour de son inauguration au dimanche 3 septembre , à une heure ; qu'elle l'en informait, en le priant d'inviter les autorités , et de vouloir bien prendre toutes les mesures de police qu'il croirait nécessaires, notammeat pour empêcher la com-
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Il fat enfin d»^. idé qu'une notice sur la Tie de Tabbé de TEpée serait imprimée ec distrihnéc aux sonsrrîpteurs : qu>Ue serait lue le jour de rinauguralion, et qu'en conséquence, la cérémonie de l'inangunition dcTrait se composer : l') de Torfre de la statue à la ville de Versailles ; 2f' de la réponse de M. le maire ; 3^ de la lecture de la notice.
M. le maire, dans la séance extraordinaire du conseil municipal, du 2 septembre, 6t, an sujet de cette offre, un rapport dans lequel il rappela la délibération suivante du conseil innnicripal, après avoir entendu, le 8 novembre
18&1, celui de la commission qui avait été chargée de visiter le modèle de la statue de rabbédel'Épée:
« L'érection de la statue de l'abbé de FÈpée, d'après le modèle de M. Micbaut, est autorisée : cette statue sera élevée sur le point de jonction des rues Royale et d'Anjou (î). »
M. le maire s'empressa, sur la proposition de la commission du monument, de fixer au dimanche 3 septembre IMnauguration de la sta*^ tue, (font elle devait renouveler solennelle^ ment , le même jour, l'offre à la ville , et lui annonça qu'il avait prescrit déjà toutes les me*
(4) On avait pensé que c'était un heureux prétexte pour Uïnl évacuer les maisons de tolérance et pourdéporter leur immonde population dans des lieux plus écartés; que c'était encore, pour lès riverains» une occasion &vorable d'exhausser leurs maisons^ et de leur donner ainsi un aspect plus régulier. On avait observé, quant à remplacement sur la place de la Cathédrale,, que le monument, qui a, en tout, .4 m 80 de hauteur, serait comme écrasé par te portail, et que, pour qu'ils fussent en rapport, la statue et le piédestal réunis devraient avoir 7 m de hautôur; par conséquent, occuper une sup^fici.e de 17, 30, au lieu de celle de 40, 50 qu'ils comprennent, avec l'entourage obligé.
L'emplacement de l'Ecole normale primaire n^était pas davantage à l'abri de la critique : Il eût donné lieu, observàil-on, à se demander en passant si les élèves de cette £6ole étaient aubitement devenus sourds -muets, ou, en regardant le -tribunal situé en foce, si Tabbé de l'Épée avait été, durant sa vie, magistrat. (Note de la commissian de Versailles,)
J'ai fait remarquer ailleurs que cette dernière hypothèse provenait d'une erreur liidtoriqtie. {Noie de VÀuleur.)
m L'ABBÉ DE L'ÊPÉE.
sures de police qui lui paraissaient nécessaires pour maintenir le bon ordre pendant la cérémonie.
M. de Sainte-James Gaucourt, secrétaire de la commission , m'écrivait, le 2 septembre* de Versailles , en ces termes :
« Monsieur )
« Le bureau de la commission, ayant connu hier soir, à sept heures, le programme de Tinauguration , s'est réuni chez M. Tabbé Caron^ et a décidé , à l'unanimité , que M. Ferdinand Berthier serait prié de vouloir bien adresser une allocution mimique aux sourds-muets réunis au pied de la statue. Cette allocution devra durer de trois à quatre minutes au plus; on laisse à M. Berthier le soin d'exprimer à ses compagnons d'infortune la reconnaissance qui les anime pour Tabbé de l'Èpée, leur bienfaiteur, et de leur témoigner que la ville de Vermilles tient à honneur de perpétuer sa mémoire. Les sentiments de M. Berthier sont la garantie
de l'éloquence de ses paroles.
« Personnellement je prie M. Berthier de
remettre au secrétaire , ou encore mieux au
président , une note de son allocution , après
l'avoir prononcée.
« Si M. Berthier n'eût pas annoncé, par lettre,
qu'il devait partir pour Lyon le 24 ou le 25, on
aurait pu convenir de ces faits beaucoup plus tôt.
« Si, d'ailleurs, M. Berthier veut se rendre à midi et demi précis sur l'emplacement de la statue, il y trouvera la commission, dont les présidents lui communiqueront plus en détail leurs intentions.
« J'ai à me féliciter d'être l'interprète de vœux qui doivent sympathiser avec ceux de de M. Berthier, et j'ai l'honneur d'être son trèshumble et très-obéissant serviteur, »
xîivn
hauguratioB de la statue de Tabbé de rE]pée à Versailles , sa ville nutalo. — AuturiU^s , garde nationale , les sourds-muets de Paris et d'Orit^ans. •— D<îsinU^ressement du cbemin de fer. — Absence regrettable du clergt^. — Nombreuse affluence de spectateurs. — Discours du pn^fet, au nom de la commission des souscripteurs. Ri^ponse du maire. — Notice sur la vie et les travaux de Tabbé do riipi^e, par M. de Sainte-James, secrétaire de la commission du monument. — Mon allocution mimique. — Salves d*artillerie. — Absonce du vënc^rable Paulmier. — Discours qu'il devait prononcer.
Le dimanche 3 septembre t8&3 , à midi et demi , au point de jonction des rues Royale et d'Anjou , la statue de Tabbé de TÉpée s*élevait sur un piédestal , couverte d'un voile. Une enceinte avait été réservée tout autour , par les soins de l'administration municipale ; des piquets de garde nationale formaient la haie; aux deux côtés du monument se tenaient des sourds-muets de tout âge, de tout sexe, de toute.
ïtalue de iabbe de lEpée. a Versailes.
i'ar H M1LII\U T [ Des Hunnoies)
L'ÂBBË DE L'ÉPÉË. 3H
condilion^ les élèves de rin$titutioii de Paris, parmi lesquels on remarquait leurs^ jeunes frères d'Orléans , que Tadministration du chemin de fer s'était empressée de faire transporter gratuitement , sous la conduite de leur respectable aumônier, M. Tabbé BoucheU A une heure , la commission , précédée de son président d'^honneur, M. Âubernon , pair de France et préfet de Seine^t*^Oise, prit place sur la face principale du monument , ainsi que le corps municipal ^ en présence des autorités (moins le clergé (1)), des souscripteurs, et d'une immense affluence ; là, aux applaudissements répétés de tous les spectateurs, M. le préfet, ayant donné Tordre d'enlever le voile qui couvrait la 3tatue , Toffrit à la ville dans les termes suivants :
« Monsieur le maire ,
« La statue de Tabbé de TÉpée s*oiTre aux regards de la fouie qui nous environne , et je sui$ chargé, par la commission de souscription, d'en faire hommiige à la ville de Versailles, représentée par son corps municipal.
(0 Cette abstention aurait-eUe été maUvée, comnae on Fa prétendu, par les opinions jansénistes de aotre célèbre instituteur? Nous ne pouvons le croire. Plus de cinquante ans se sont écoulés depuis sa mort ; et une tombe, des bienfaits inouïs et des honneurs mérités nous séparent djs cette époque.
gence , éveilla dans leurs âmes les idées en^ dormies> étouffées sous une infirmité horrible : noble tâche ! dont le but fut atteint par cet homme, à Ta me haute et sainte , à laquelle le bien accompli semblait si naturel, qu'il ne croyait pas qu'on dût jamais lui en t^r compte.
« Oui , Monsieur le préfet , heureuse et fière de l'avoir vu naître dans son sein, la ville de Versailles, par Tintermédiaire de sob corps municipal, accepte la statue de lun de ses plus illustres enfants , de l'un des plus sublimes bienfaiteurs de l'humanité, de Tabbé de rÉpée l
« Honneur à ceux qui ont voulu cette exal-^ tation publique, si justement m6*itée ! qui ont provoqué avec une louable persévérance la sympathie des nobles cœurs pour un génie vertueux et modeste I Honneur à l'artiste désintéressé qui a su le faire revivre parmi nous , qui a voulu f^ire descendre dans son œuvre « dans ce bronze ,, la bienfaisante et grande pen*^ sée qui animait ce génie durant sa vie de vertu et d'abnégation !
«Je suis heureux. Monsieur le préfet^ d'être rinterprète des sentiments de gratitude de la ville envers tous ceux qui ont voulu exposer à la vénération publique T image du vertueux abbé <Ie TÉpée, en rappelant le souvenir de
SOS uliles travaux , de son dévouement sans bornes à l'humanité, que cette image inspire à d'autres , en même temps que le noble désir de s'élever comme lui , la volonté de faire ser*i vir leur génie au bonheur de leui*s semblables , \ à l'exemple des nobles et saints travaux qui i immortalisent notre grand concitoyen. ^
M. de Sainte*James Gaucourt^ secrétaire de la commission , lut une notice biographique sur Tabbé de TÉpée.
Je vins, à mon tour^ payer \in tribut de reconnaissance à la mémoire de l'illustre instituteur de mes frères^ et je mimai le discours suivant :
« Frères et sœurs!
« Diins une circonstance solennelle, qui raj^ pelle tant de souvenirs glorieux j^ il était natvH rel que 1 éloge du grand homme que nous célébrons ^ortit^ d'abord, de la bouche éloquente d'un de ses concitoyens , d'un habitani respectable de cette ville, qui a le droit d' étire $ère de l'avoir vu naître* A Uk mimique maia*^ tenant son tour ! Place à cet admirable langage qu'il nousarévélé! D'autres onti^harméles oreik les attentives;; qu'il nous soit^^rmiâ d^ nou& ^rer entendre aussi des yeux impatient» !
* « Q xms^e si justement vénérée de notre père spirituel , souris à la jgiaïye énergie de nosL
sentiments exprimés dans une langue qui est notre patrimoine à nous, que Dieu, à Theure de la création , dispensa également à tous les hommes ; que , le premier après Dieu , tu soumis au frein de Tintelligence humaine, et qui, plus tard, s*est posée en égale, au moins, de la imrole dans tous les genres,, secouant les vieux oripeaux dont l'avait affublée Vignorance, et reprenant sa robe blanche de néophyte pour saluer ton ombre en ce jour solennel.
« Mais quel spectacle a frappé mes regards étonnés, attendris? D'où viennent les flots d'admiration qui se pressent autour de vous , pauvres enfants que la nature a traités en marâtre? Pourquoi tous ces rangs divers, confondus en un seul et même sentiment sur cette place publique de la cité royale? Ah ! je le vois, mes frères , mes sœurs en Dieu , vous venez expier ici , à la face du Très-Haut , de funestes erreurs qui ont trop longtemps voilé la terre. Vous venez, vous, les heureux de la création, proclamer, dans cette ehceinte , trop souvent souillée par là flatterie , que tous les hommes sont vos frères, sont vos égaux, et que, quelles que soient les épreuves que le ciel leur envoie, ils n'en sont pas moins les fils du même Dieu. RepoLtoHS toute la gloire de ces aveux publics à Tobjet si cher de nos hommages ! Oh ! comme nous le contemplons religieusement ! Quel
L'ABBÉ DE L'ÉPÉË. 3n
langage parlent à nos regards ce geste expressif, cette attitude pleine de majesté, ce front large et haut , tout sillonné par l'étude. Allez, nous dit notre Rédempteur, allez > mes disciples bien-aimés, par toute la terre ^ in^ struire vos frères et vos sœurs d'infortune^ les éclairer, comme je vous ai éclairés, et féconiler dans leurs cœurs , dans leurs esprits , les heureuses semences que j'ai fait fructifier dans les vôtres. Allez! ne redoutez pas la fatigue et les ronces du chemin , et que Dieu vous conduise!
« Frères et sœurs ! non, certainement, ^us ne faillirez pas à cette mission sainte. Vous l'avez promis, promettez-le encore devant .ce bronze , pour nous si palpitant de souvenirs ! « Avec moi, remerciez aussi Tartiste, si bien inspiré, qui a rendu notre Messie à notre adoration, qui a buriné la pensée dont il était animé, en caractères ineffaçables I
« Grâces aussi , grâces, mille fois, à la commission, si digne de mener à bonne fin cette œuvre de réparation qu'attendait la mémoire d'un des plus grands hommes de notre belle France, si féconde en grands hommes, qu'attendait Versailles , fière, dans, la postérité la plus reculée, de Tavoir vu naître dans ses murs !»
m L'ABBÉ DE L'ÉPÉE.
M. Kugènc Garay de Monglave^ ancien lire do la commission consoltative de Tlnsiitslion des sourds-muets de Paris^ traduisit sitôt verbalement mon discours avec Hnnde énergie et une vive sensibilité.
H. le président annonça , à une heure trois quarts, la (in de la cérémonie, pendant que (les salves d artillerie apprenaient au monde que la ville de Versailles venait de consacrer un monument digne de ses immortels travaux à Timpérissable mémoire de Tun de ses plus illustres enfants.
Lors de Térection de la statue de Tabbe de l*Épée , Fabsence du vénérable Paulmier, pro^ fesseur émérite parlant de Tlnstitution des sourds-muets de Paris , avait été remarquée ; cette absence avait pour cause une indisposi^ tioii grave qui le retenait à l'École. On n'avait eu garde de Toublier dans les invitations faites pour cette cérémonie , où sa place était mar-^ quée en sa qualité de vétéran de la science mimique. Une lettre particulière lui avait été exactement adressée par le président et le secrétaire de la commission.
Voici le discours que Thonorable instituteur devait prononcer au pied de la statue :
« Nul n'est plus digne d'aussi solennels hom-
L'ABBÉ DE L'ÉPÉE. 3id
mages que rimmortel abbé de TÉpée : autant lame est au-dessus du corps, autant son œu* vrô est au-dessus des jeux de Tesprit et dé toutes les imitations et fictions des arts. belle et sublime conception que celle qui crée, pour ainsi dire, lame d'un sourd-muet! Le sta-^ tuaire, avec son ciseau^ travaille la pierre, et parvient, à force de tourmenter un bloc de marbre ^ à faire, en quelque sorte, mouvoir là matière ; Tinstituteur éveille Tàme , développe l'entendement « rend la parole à un muet^ fait jaillir la pensée de son cerveau presque inanimé, et lui apprend à s'exprimer avec autant de pureté, d'élégance et de force, que récrivain le plus éloquente
« Qu'on ne croie pas que cette noble et sin^ gulière occupation soit bornée; elle tient aux beaux-arts et à la pantomime de là scène par le langage d'action. La logique et la grainmaire^ qui sont les yeux du discours 4 comme la géo^ graphie et la chronologie sont ceux de l'histoire, introduisent le sourd'^muet dans le sanc*^ tuaire des sciences; les mots appelés /xtohmm par les grammairiens désignent les relations personnelles, découvrent le principe du dramef et conduisent naturellement aux premiers 4^1ë^ ments de Tordre social.
« Si Ton parcourt, d'un coup d'œil, le siècle qui vient de s'écouler, on ne trouve pas d'in^
aiO L'ABBÉ D£ L'ËPÉË.
vention plus utile à l'humanité. Sans doute, durant cette période de gloire, plusieurs beaux génies ont jeté un vif éclat sur la philosophie et les letti*es : Tun surprend, éclaire, éblouit pai; la variété et la prodigieuse fécondité de son rare talent (1); l'autre , doué delà plus profonde sensibilité (2) et dune éloquence mâle et persuasive, défend victorieusement la liberté de Thomme et des peuples, en même temps qu'il trace les devoirs des mères, des précepteurs de l'enfance et de la jeunesse; celuici^ chargé d'une haute magistrature, occupé par état de faire exécuter les lois, médite toute sa vie sur l'objet de ses devoirs , et lègue aux hommes, comme fruit de ses veilles, VSêprit des lois (3) : toutefois, aucun de ces grands hommes, par le noble cachet de son invention, ne s'est placé au-dessus du fondateur de Tlnstitution des sourds-muets de naissance , dont le génie, par sa douce influence, semble un astre nouveau , se levant pour féconder, éclairer une tète qui paraissait frappée de stérilité et abandonnée de la nature entière : c'est plus que l'humanité, c'est une inspiration divine qui lui fit concevoir la première idée de cette céleste invention ; c'est le désir de faire naître
(0 Voltaire.
(î) J.-J. Rousseau.
<3) Montesquieu.
Jésus-Christ dans le cœur de tant d'infortunés , et de les initier aux mystères de celte religion sainte, qui embrasa le cœur de Tabbé'de TÉpée et de son digne continuateur, Tabbé Sicard , dont, jusqu'à mon dernier soupir, je m'honorerai d'avoir été l'humble élève. »
niviii
P\étêê d^ vAfft a!ix<|ii«Uê9 donne naissance r inauguration de le âtatœ dé l'abbé de l'Épëe, k Versailles. Improvisation poétique du iOnrd-mnet Pélissier, avec épigraphe da sourd-muet Lenoir. — Le eiynseil mnnieipal autorise le maire à accepter le monnaient, et adresse des remorctments aux commissaires, aux souscripteurs et an statnaire.^La commission sollicite en vain de M. leHÎDistre dé Tint^rieur, par rinterm<^diaire de M. le préfet, une dernière subvention pour solder ses eomptes. — Heltvé définitif des recettes et dépenses. -^ Tribut de regret de la commission à quatre de ses membres décèdes. — Ses remerdments à M. le préfet Aobemon. — Elle décerne une médaille au statuaire Michaut. — Désir des souscripteurs sourds-muets de voir leurs noms imprimés dans les journaux, afin de constater leur reconnaissance pour l'abbé de i'Épée. La commission ne peut que faire lithographier des listes générales. — Conclusion : sept vœux émis ; trois encore à exaucer , i
vne statue dans rinstitution, berceau de Kart d'élever les sourds- ^
mets ; deux inscriptions, l'une, sur la maison modesie ov il na- ^it, à Versailles ; l'autre, sur la maison modeste oii il commença à enseigocr, à Paris.
A roccasion de T inauguration de la statue, '
plusieurs pièces de vers , plus remarquables, en général , sous le rapport de l'intention que sous celui du talent, parurent dans les journaux de Seine-et-Oise.
l'ABb£ de l'épêe. m
Notre poëte sourd-muet, Pélisaier (1), voulut chanter, à son tour, cet envoyé du ciel, et, plus heureux, il réussit à le faire dans la véritable langue des dieux.
Ses vers ont pour épigraphe cette pensée d*un de nos frères :
Élever des statues aux graivds hommes , c'est léguer à la postérité de sublimes leçons.
A> Lenoir.
Il est de certains noms consacrés par la gloire, Ainsi que ces feux purs qui scintillent aiuc cieux, Astres éblouissants qu'aux pages de.rhistoire Les siècles font éGJipre m jal<MEi$ lumineux. L'esprit de TEvangile, en dépit de renvie.
Fait rayonner leur front d'un éclat souverain, Et l'artiste leur doit une seconde vie Dans le granit ou dans l'airain.
M. le préfet^ président d'honneur de la commission^ adressa, le 16 septembre, à M. le baron de Fresquienne , expédition d'une délibération par laquelle le conseil municipal de Versailles autorisait M. le maire à accepter rhommage fait à la ville du monument de l'abbé de l'Êpée. Dans cette même délibération,
(i) Poésies d'un sourd-muet y avec une introduction par M. Laurent de Jussieu, à la librairie de Charles Grossélin, rue Jacob, 30.
le conseil municipal votait des remerciments aux commissaires > aux souscripteurs et à Tar* tiste désintéressé, auteur de la statue.
M. le préfet transmit, le 30 avril 1844, & M. le Ministre de Tintérieur, la demande formée par les membres de la commission , & Teffet d'obtenir une nouvelle subvention de 1,800 francs, pour acquitter la somme restant à payer aux entrepreneurs qui ont contribué à la construction et à Férection du monument. Malgré la recommandation et les démarches personnelles de ce fonctionnaire, M. le Ministre ne put accueillir favorablement cette pétition, et voici en quels termes il Ten informa :
« J'aurais voulu , Monsieur le préfet , qu'il me fût possible de donner suite à votre demande> mais Tétat des fonds dont je dispose pour encouragement aux beaux-arts ne m'en offre pas les moyens. Je vous en témoigne tous mes regrets. »
Le 25 juin 18/i5, les membres composant la commission ouvraient leur quatorzième et dernière séance chez M, le baron de Fresquienne, pour procéder à la clôture définitive de leurs opérations.
Lecture fut faite d'un rapport divisé en cinq paragraphes :
lo Compte-rendu des opérations depuis la première séance jusqu'au jour de Tinaugura-^ 1 ion ;
2o Procès-verbal de la séance d'inauguration ;
3<> Compte-rendu des travaux jusqu'à ce jour, 25 juin 1845;
4o Examen des comptes de M. le trésorier, et rapport ;
5^ Inventaire des pièces écrites et imprimées de la commission.
m VAËÊÈ DE VÈPÈE.
COMPTES DE M. LE néSOftlEB.
1^ folirmition du Ministre de lln-
Uirkur 3,000 f. . c
9^ lkni«cri[rtion du roi 300
9^ KouiK.Tiption de la ville de Ver-
Mfllen. 2,000
4* fkmn^Tiptions particulières. . 6,499 »
B^ InUivétn de fonds libres placés monrii^nlanément chez M. le receveur gi'^nëral 2^ 40
<K Allocation de la ville de Ver-
failles pour solder les travaux. 1^805 47
Total. . . • 1 3,812 f. 87 c.
Dépenses.
f Acquisition de registres et autres menues dépenses. . . . 11 f. 10 c.
29 Frais d'un modèle en bois, et
papier 27 60
3^ Frais d'impressions diverses. . 1 ,099 50
4<> Affranchissements et ports de 531 4 S
lettres
Transport. . . . 1,669 f. 55 c.
Report 1,669 f. 55 c.
5<> Remboursement à M, Michaut
des déboursés du modèle de la .
statue et de son transport à
rinstitution des sourds-muets,
où elle a été exposée. • . . 1,270 »
6^ Prix du bronze et de la fonte
de la statue payé à M. Saint- Denis 6,000 »
T" Acquisition et frais de transport
du granit de Soignies, pour le
piédestal, et frais accessoires. 1,462 96
8o Prix de la grille d'entourage
en fonte . 993 80
9^ Écritures diverses payées au sieur G... et à d'autres personnes employées par M. de Sainte- James. . • 155 05
10^ Gravure d'une planche en cuivre placée sous le piédestal, payée à M. Gabriel Cerf. . . 77 »
1 1® Travaux d'établissement de la statue , du piédestal , et accessoires payés aux divers entrepreneurs. ....... 2,182 61
Total. . . 13,810 f. 87 c.
lu rnrrHo nVlrvi» . . à f 3,813 f. S7r l.ii ilr|HMtN(« ... à f 3,810 87
OHiiiil il roiiftaKoiiuMit pris de publier l'eut ili'i» ri<rr||(«N p| (lôpoiisfs dans les Irois mois i|r. lii rh'iiiiro des travaux »
Allniidii (|u'il u ôu^ impossible de pourvoir pliih u\\ t\ rello ohliKalioii; que, d'un autre côte, la puMiraliou Nerail suilisunte si elle était lulle dauN Irn jtMirnaux du département,
\m ctMuniission arrtMo re qui suit :
Il Nora Tait une seule publieation dans Tun tlt*s jouih:iu\ (pii paraissent h Versailles; elle st^ra ainsi eDUVtie :
« La ( Duunission des souseripteurs au menuinenl tU* Tabbé de TÈpée, en terminant ses travaux , a ai*rôté le ehilîro de ses recettes et de ses dépenses dans sa dernière séance du 25 juiuj et, alîn de se montrer lidèle à l'engagement quelle a pris dans ses prospectus, elle a fait la déclaration qui précède. »
L'excédant en recette de 2 francs fut versé à la caisse du bureau de bienfaisance.
La commission, en se séparant , crut devoir exprimer les vifs regrets qu'elle avait éprouvés de ce que quatre de ses membres les plus distingués, dont elle avait été à même d'apprécier le zèle et les lumières , n'avaient pu assister au terme de ses travaux.
La mémoire du marquis de Sémonville et du chevalier de Jouvencel, et les souvenirs si rapprochés encore de MM. Taphinon et Douchain , lui étaient précieux, et l'on savait combien leur concours avait été généreux et utile.
La commission voulut aussi témoigner sa vive reconnaissance à M. Aubernon, préfet de Seine-et-Oise, qui, en acceptant le litre de président d'honneur, avait facilité Taccomplissement de ses travaux.
Heureuse et flattée de son bienveillant patronage, elle aimait à renouveler à ce 4ifi[^^ magistrat l'expression de sa profonde gratitude.
Après avoir pris l'avis de ses collègues, M. le président déclara les travaux terminés et la commission dissoute.
KXTHAIT l)t COMPTE-RENDU DES OPÉIUTIO>S »r BTREAC
DEPUIS L*INAUGURATIO?i.
• Lo conseil municipal , sur la proposition d*un de ses membres, étranger à la commishIoii, a décerné, en 18&3, h M. Michaut, noire statuaire, une médaille comme témoignage de sa reconnaissance pour son zèle désintéressé. Co don , modeste en apparence , vous paraîtra néanmoins précieux, et honorer autant l'artiste qui s*en est rendu digne que le corps qui le lui a décerné. >
Les sourds-muets souscripteurs du monument avaient exprimé le vœu que leurs noms fussdnt publiés dans les journaux. Ce n'était pas orgueil de leur part, c'était le besoin impé-^ rîeux de prouver à leurs frères, à leurs parents, h leurs amis , qu'ils avaient répondu , comme c*élait, pour eux, un devoir, à l'appel d'une légitime reconnaissance. Certainement le plus vif désir de la commission Yersaillaise eût été de se rendre à leur juste empressement; mais elle recula devant les dépenses auxquelles cet objet l'aurait entraînée. 11 eût fallu payer les frais d'insertion 50 centimes la ligne, et il en aurait coûté 200 francs, au moins, pour obtenir cette publicité dans un seul grand journal de Paris ; de plus, on eût dû envoyer un exem-
L'ABBÉ DE L'ÉPËE. 3at
plaire de cette liste à chaque sourd-muet sous^ cripteur. C'était, à 20 centimes Tun, 16 francs encore ! non compris ceux qui ayaient souscrit collectivement. La commission pensa qu'il va^ lait mieux faire lithographier des listes de tous les souscripteurs, sans exception, lesquelles leur seraient distribuées, et permettraient d'en ^e-^ produire d autres dans la suite. Ces listes, d'accord avec les quittances individuelles, appartiennent à chaque souscripteur, pour qui elles constituent comme un titre personnel (1).
Sur les sept vœux émis dans cet ouvrage»
quatre seulement sont exaucés :
Un monument s'élève dans l'église Saint- Roch, à Paris, près de l'autel où l'abbé de l'Épée célébrait la: sainte messe, sur remplacement même oii reposent ses dépouilles mortelles.
Sa statue orne le fronton de l'Hôtel de Ville de la capitale de la France.
Une autre statue du saint Vincent de Paule de nos frères d'infortune décore une des places de Versailles, sa patrie.
Son portrait a été inauguré au Musée natio^ nal de cette ville.
Mais le berceau de son admirable création, mais l'Institution nationale des sourds-muets
(1) Voyez la note T.
de Paris, attend encore sa statue, qui lui a été promise.
Mais rien ne signale même au respect public la maison modeste où il naquit à Versailles, la maison modeste où il commença à enseigner À Paris.
Paris, Versailles, la France, le monde entier, acquitteront-ils donc enCn ces trois dernières dettes de reconnaissance?
En douter un instant serait leur faire injure.
Nous attendons avec une pleine confiance la réalisation prochaine de nos trois derniers vœux.