NOT£S
M Son génie et sa bienfaisance ne l'ont malheureusement pas mis à l'abri des ûiiblesses humaines, et, loin d'aUéniier ses Tautes, nous les dirons aussi nettement que ses vertus, tout en gémissant de voir un homme aussi supérieur tomber formel* lement dans Thérésie, et, loin de taxer l'Eglise catholique d'in* tolérance et de crier au rigorisme outré, nous préférons dire franchement que l'abbé de l'Epée a erré dans la foi et s'e^t attiré les rigueurs de l'Eglise, société divinement instituée i)our garder le dépôt sacré des doctrines.
tf Puis, dans le parti janséniste, aujourd'hui presque entièrement éteint, les bonnes œuvres étaient communément matière à ostentation; cependant, nous croyons que Tabbé de TEpée fut toujours un homme profondément modeste, comme le sont presque tous les hommes de génie,et nous ne pouvons nous empêcher d'admirer la réponse qu'il fit au prêtre qui se crut obligé de lui refuser les cendres.
« Le jansénisme répand une large tache sur cette bdle vie de l'abbé de l'Ëpée, et les éloges maladroits des historiens, et des panégyristes ignorants ne parviendront jamais à reffjgieer. Gonsoions-nous en disant : le soleUa ses taches. Et notre pénible fonction d'historien une fois remplie, nous ne persistons pas moins à croire que la question de bonne foi et l'immense charité de l'ami des sourds-muets lui auront Mi trouver grâce devatft celui qui est le Dieu de vérité, mais qui est aussi et surtout le Dieu de charité : Deus eaiitM est.
R Comme ami des sourds-muets, nous admirons le premier instituteur public des sourds-muets en France; mais, comme chrétien, nous aimons encore davantage l'Eglise catholique, dont, avant tout, il eût dû regretter de ne pas rester le ministre soumis. » -*
(F) Cq^ du certificat délivré par Vabbé de ttpée à
M^ Blotan.
Je soussigné, instituteur gratuit des sourds-muets de Paris, certifie à tous ceux auxjquels il appartiendra , que M"* Charlotte-LouiscnJacqueline Blouïn , native d'Angers, m'ayant été adressée par feu Monsieur Ducluzel, intendant de Tours, pour que je lui apprisse à instruire les sourds-muets, cette demoi-
selle a foit, dans cet art, des progrès qui ont surpassé mon attente, et que le témoignage que j'en ai rendu, lorsqu'elle est retournée dans son pays, a engagé Monsieur l'intendant, quelques mois après, à m'écrire la lettre suivante, en date du 19 février ilSt :
« Enfin, Monsieur, la demoiselle Blouin, pour laquelle je vous avais demandé vos bontés, vient d'être autorisée à ouvrir un oours d'éducation pour les sourds-muets & Angers. Ses talents sont votre ouvrage : je ne dois mes succès qu'aux vôtres, dans l'art où vous avez daigné lui communiquer vos lumières : agrées-en le premier hommage. Ce n'est pas assez que la capitale vous admire, ma Généralité va jouir de vos bienfaits ; je m'estime heureux d'avoir pu contribuer, avec vous, % diminuer les malheurs de l'humanité.
« J'ai l'honneur d'être.... »
Signé : Ducluzel.
VP^ Môuîn , étant revenue à Paris pendant les vacances def78S| vient d'y faire un second voyage sur la fin de celles dé la présente année, où nous avions déjk repris nos leçons. Dès qu'elle y est entrée , fai cessé de les dicter par signes aux sourds-muets, pour lui en laisser faire la fonction, qu'elle a remplie parfaitement. Ses opérations lui ont attiré les applaudissements d'un grand nombre de personnes de différents pays, qui ne pouvaient se lasser d'admirer les talents que Dieu lui a donnés pour réussir dans cette obuvrc. Je la crois donc capable de conduire ses élèves au degré d'instruction auquel sont parvenus ceux de nos sourds-muets qui en ont donné des preuves dans des exercices publics, et singulièrement dans celui du i3 août 1783, en présence de Monseigneur le nonce du pape, et de Monseigneur l'archevêque de Tours, accompagné de quelquesuns de ses illustres confrères.
£a foi de quoi, j'ai délivré le présent certificat.
Paris, ce ii novembre 4783.
Signé : l'abbé de l'Épée.
{G) A Monsieur le directeur de l^lMittUion nationale du sourdsmuets de Paris^ sur la nouvelle dactyMogie de M, Leménager.
« Ge 11 juiUet 4842.
« Le mémoire do M. Leméuager, sur lequel vous deaiandez l'avis des professeurs de TinstitutioD, afin de remplir le vœu de M. le ministre de rintérieur, ne tend à rien moins qu'à vemplacer la dactylologie usuelle de nos sourds-muets par une nouvelle dactylologie de l'invention de l'auteur.
« D'abord^ tant s'en faut que le travail de M. Leménager soit une méthode nouvelle, comme il le prétend. C'est, tout au plus, au contraire, si l'on y voit seulement un jeu domains ingénieux. Or, il est ici question d'examiner s'il est vrai, comme il le soutient encore, que son nouveau mode digital de communication est plus commode, plus prompt, et plus facile que celui que nous employons. M. Leménager est dans une étrange erreur, lorsqu'il prête à ce dernier les inconvénients qu'il n'a pas. Ge n'est pas la faute de l'instrument, mais celle de la personne qui en fait usage, si elle ne met pas autant ou presque autant de rapidité dans ses doigts que M. Leménager dans les siens. Cet instrument exige des doigts tant de souplesse ou d'agilité qu'on n'aperçoive pas le plus léger mouvement dans le bras. Je ne prétends pas, toutefois, que nptre alphabet manuel puisse suivre la parole à la course. Ce but semJ[>la atteint un instant par le Syllabaire dactylologique de M. Recoing, qui entreprit d'instruire lui-même son fils sourd-muet, travail sur lequel divers rapports furent présentés k notre conseil d'administration. Et, cependant, on ne pensa pas qu'il pût être d'une utilité, indispensable dans notre éducation générale, eU'on allégua, comme Tune des principales raisons de son rejet, le temps considérable qu'exigeait cette étude encore compliquée, quoique déjà fort abrégée depuis.
« Quanta l'alphabet qui nous occupe, il ne me parait. pas plus utile, malgré sa simplicité, de l'appliquera l'enseignement d'une école de sourds-muets. A quoi bon former nos en&nts à apprendre de mémoire un alphabet qui semble plutôt fait pour les parlants que pour eux ? car, indépendamment des vingt-
H taines parties t'Xtérieui'es île la maiu gauche. • L'auteur stcroH fondé à en conclure que son nouveau mode digital de communication doit infailliblement produire une grande rapidite dans Texpression de la pensée, et il ajoute que, pour éviter la confusion des mots, qui semblerait, au premier abord, inséparable de Tadoption de son procédé, on sera tenu de fermer la main après chaque mot Ici il liait jouer d'abord on lOle important à la main gauche : mais, plus tard , après avoir par» reconnaître Tinconvénient qu*il peut y avoir à eniplo3fer les deux mains, il se voit obligé de transférer la fonction de la gauche ^ la droite, en réservant, toutefois, aux ongles dn pouce et du petit doigt de la main gauche le privilège de reproduire certaines terminaisons chaque fois que Tindex de la droite les indique.
« Si Von veut que l'importance de tel ou tel alphabet manoel se mesure sur le plus ou moins de promptitude qu'il offire, celui que nous employons aujourd'hui ne demande , pour être presque aussi rapide que la parole elle-même , qu'une certaine souplesse dans les doigts, lors même que l'usage en serait restreint à représenter, sans en omettre une seule, les lettres ooinposant, soit un mot, soit une phrase. Tout bien considéré, nous pensons que celui de M. Wilhorgne ne réussira pas mieux que tous ceux qu'on a essayé d'introduire dans noire enseigne^ ment à diverses époques , à supplanter le système espagnol adopté par l'abbé de TEpée avec quelques modifications. CSelUKCi obtiendra toujours la préférence, non-seulement des sourdsmuets, mais des parlants eux-mêmes.
« L'auteur commet une non moins grande erreur, lorsqu'il prétend que sa dactylographie présente un avantage marqué sur notre dactylologie en ce qui concerne les rapports des sourdsHmuets, devenus aveugles avec les autres.
« Les aveugles de naissance peuvent aussi lunlement que les sourds-muets, devenus aveugks , converser avec les autres hommes, au moyen de notre alphabet manuel. Il leur suffit, pour cela, de suivre, par le toucher, les contours rapides de la main parkmie,
« En somihe , la dactylographie de M. Wilhorgne ne nous parait guère mériter que la Commission Cionsultative en propose
Cest ce que n'a pu comprendre M. Leménager, étranger quMl est au véritable langage mimique. C'est ce langage qui, plus que toutes les dactylologies possibles, peut nous être d'une immense ressource dans notre infirmité et remporter même de vitesse, comme il le désire, sur la langue parlée.
« Ce sujet m'a emporté beaucoup trop loin ^propos d'une nouvelle trouvaille dactylologique, trouvaille, selon moi, sans importance et même sans objet. , .
« Je termine en vous réitérant la nouvelle assurance du profond respect et du sincère dévouement avec lequel i*ai Thonneur d*être, mon cher directeur,
Votre dévoué serviteur.
À Messieurs les membres de la Commission ConsultaHve de PInsHtulion nationale des saurds-muels de Paris, sut la nouvelle dactylologie de M, Charles Wilhùrgne.
« Ce 4 mai 1847.
« Vous m'avez chargé, sur la demande de M. le Ministre de l'intérieur, de vous rendre compte d'un essai de Mi Charles Wilhorgne, avocat à Rouen, sur la dactylographie ou sténographie des doigts, laquelle, suivant l'auteur, aurait, sur ce qu'on est convenu d'appeler chez nous la dactylologie, l'avantage de rivaliser presque avec la parole elle-même. Pour le prouver, M. Wilhorgne s'efforce d'établir, entre l'un et l'auliK système, un parallèle qui, llfetut bien le dire tout d'abord, révèle, en lui, peu de connaissance des procédés en usage dans nos écoles. Â la simple inspection des deuK planches gravées que renferme sa brochure, et qui représentent Talphabet manuel de son invention, on ne voit pas trop eu quoi cet instru- Hient peut être utilisé avec fruit daos nos études. La dactylographie de M. Wilhorgne a pour but, non-seulement d indiquer les lettres ou syllabes sur les phalanges de la main , mais encore, « ditr4l, d'exprimer d'une façon abrégée, et sans jamais « s'écarter des lois de l'orthographe, une prodigieuse quantité « de mots par l'emploi des terminaisons les plus usitées du « langage, à la représentation desquelles sont affectées cer-
35t NOTES.
naissons depuis fort longtemps, ou ce qui, en définitive, ne nous offre qu'une utilité plus que contestable. Il serait à désirer que ces personnes, qui pourraient rendre de véritables services, si elles étaient plus éclairées. sur un enseignement qu'elles ignorent, voulussent bien consulter les hommes spéciaux avant de bfttir leurs systèmes et de prendre la plume; il en résulterait une grande économie de temps et pour eux-mêmes et pour les hommes spéciaux qu'on charge ensuite d'examiner leurs écrits. Or, rien n'est plus précieux que le temps , % une époque où l'on vit si vite. »
(H) Legt d'un iourd-^uet, -^ Un legs fort important a été fait à la ville de Rouen par une personne qui est morte an mois d^oût 4847, en laissant, par un acte de sa dernière volonté , toute sa fortune k cette ville.
Cette fortune consiste, assure-tron, en bienfr^onds d'une valeur de 300,000 fr., et en une bibliothèque dans laquelle on ne compte pas moins de soixante mille volumes.
Le donateur est un sourd-muet, M. le baron Coquebert de Montbret, célibataire, appartenante une famille fort riche, et dont l'unique plaisir était de collectionner des publications littéraires de toutes sortes. M. Coquebert de Montbret avait des manières rustiques; il fuyait la société pour vivre dans l'intimité de ses chers bouquins, et il était animé d'une telle ardeur pour la science^ que, malgré son infirmité, il parvint à connatfare à fond les langues et les littératures orientales. Sa passion ftivorite pour les livres fut souvent exploitée, aux dépens de sa fortune, par d'indignes spéculateurs, qui auraientdû respecter, au moins, son infirmité.
Le Conseil Municipal de Rouen eut à délibérer sur le testament, dont la validité était contestée par les héritiers. Mme Brongniart, sœur de M. de Montbret, attaqua cet acte en nullité, se {ondant sur ce que le testateur n'avait pas la plénitude de ses facultés intellectuelles au moment où il disposait de sa bibliothèque et de son patrimoine en faveur de la ville de Rouen. Sa passion pour les livres avait .souvent entraîné M. de Montbret à consentir à des prix énormes pour l'acquisition de raretés bibliographiques sa famille les considérait
comme des prodigalités qui mettaient en péril sa fortune; elle voulut le protéger contre la rapacité des exploitateurs, lesquels pouvaient d'autant plus aisément abuser des fantaisies du bibliomane , qu'il était privé de la ressource ordinaire de débattre un marché verbalement, parce qu'il était sourd-muet, et elle obtint qu'il lui fût constitué un conseil judiciaire.
Les prodigues sont des fous aux yeux du monde; mais tous les prodigues ne sont pas des fous aux yeux de la science. Jusqu'à son dernier jour, M. Coquebert de Montbret parut dans les conditions d'un homme qui, non seulement conserve ses facultés intellectuelles , mais encore les possède à un degré fort éminent. Les termes mômes de son testament^ les motifs assignés à ses dispositions dernières sont des témoignages, en quelque sorte complémentaires, que cet homme, voué pendant toute sa vie aux plus nobles investigations de l'esprit, était resté, jusqu'au bout, sain de tête et de cœur.
Telle fut, du moins, la présomption qui ressortit des informations préliminaires auxquelles le conseil municipal de Rouen dut se livrer; mais ce fut une présomption assez puissante pour l'amener k accorder l'autorisation de plaider et de soutenir en justice la validité du legs de M. de Montbret.
Ajoutons qu'à la présomption de lucidité se joignait, chez le testateur, celle de la fermeté et de la fixité de sa volonté dans l'acte important de sa munificence; car le testament avait été fait en quadruple expédition et déposé en quatre endroits différents, afin qu'il fût mieux garanti par le donataire.
Des légataires particuliers demandèrent à la ville la délivrance de leurs legs ; mais leurs prétentions restèrent nécessairement subordonnées à l'issue de la contestation. Toutefois, la levée des scellés eut lieu à là requête de la ville et de Mine Brongniart, sous réserve des droits de chaque partie.
(I) La méthode de l'abbé de l'Epée , couronnée des succès les plus heureux, donna lieu, d'abord^ k un arrêt rendu en conseil d'Etat, le 24 novembre 4778, par lequel le roi Louis XVI annonçait qu'il prenait sous sa protection rétabli£(âement de ce grand instituteur, non moins recommandable par ses vertus^
qu'estimable par ses talents, et qu*il avait l'iateutioii iVen assurer la perpétuité.
Ce premier arrêt fut suivi d'un second, du 25 mars 1785, que nous croyons devoir rapporter textuellement :
« Le roi s'étant fait représenter, en son conseil, l'arrêt rendu en iceluile 21 novembre 4 7*78, par lequel, étant informée du zèle et du désintéressement avec lequel le sieur abbé de TEpée s'est dévoué à l'instruction des sourds et muets de naissance, Sa majesté aurait ordonné qu'il serait incessamment procédé à Texamen des moyens les plus propres à former, sous sa protection, dans la ville de Paris, un établissement d'éducation et d'enseignement en faveur des sujets de Tun et de l'autre sexe qui seraient affligés de cette double infirmité, et que, à cet effet, il serait proposé à Sa Majesté tels statuts et règlements qu'il appartiendrait , ^nt pour sa fondation que pour le gouvernement et direction desdits établissements, et, en attendant qu*il y ait été pourvu définitivement. Sa Majesté aurait ordonné que, sur la portion libre des biens ({ue les monastères des Célestins, situés dans le diocèse de Paris, tenaient de la libéralité des rois ses prédécesseurs, il serait, sous les ordres des sieurs commissaires établie par ledit arrêt pour veiller particulièrement à tout ce qui pourrait accélérer et préparer ledit établissement, payé et délivré par le sieur BolUoud de Saint-Julien , conunis à la régie desdits biens par les arrêts des 29 mars et 6 juillet 1776, toutes les sommes qui seraient jugées nécessaires, soit pour la subsistance et entretien des sourds et muets qui seraient sans fortune, soit, en général, pour toutes les dépenses préparatoires dudit établissement. £t Sa Majesté s'étant fait rendre compte , tant do ce qui a été fait jusqu'à présent, en exécution dudit arrêt, que de l'empressement avec lequel plusieurs évoques, et notamment ceux d'Orléans, d'Amiens et de Soissons, ont déjà concouru à l'exécution de ses vues pour la dotation de cet établissement, elle aurait reconnu que le moyen d'exciter et d'étendre une émulation aussi précieuse pour l'humanité , serait d'çn fixer, dès à présent, le siège, et démettre ainsi les pauvres qui seront forcés d'y avoir recours, en état de jouir, sans défaiî, de l'enseignement qui leur aura été assuré, et les autres évè-
ques du royaume à portée de faire participer leurs diocésains à cet avantage, par Tapplication et cession d'une légère portion des biens vacants qui pourront se trouver, k Favenir, à leur disposition, et principalement de tîeux qui proviendront de la dotation royale. £t Sa ]llajesté^s'ét|ant pareillement fait représenter les divers plans, devis' et profets,^qui ont été dressés par les ordres desdits sieurs comnfissaires pour la construction d*un hospice propre à recevoir les sujets de Tun et de Tautre sexe, elle aurait de même reconnu que cet établissemeiit ne pouvait être mieux placé, et avec ^\\xs de célérité et moins de dépenses, que dans la partie des bfttiments conventuels du monastère des Célestigs de F^arîs, qui a son entrée par la rue du Petit-Musc, et est séparée des autres lieux claustraux, ainsi que de Téglise, par une ligne transversale de déniaroation, c[ui a été tracée, à cet effet, du levant au eouchant, par le sieur Lemoioe de Couson, architecte ; et comme, d'ailleurs, le grand nomb/e d'élèves dont le sieur abbé de l'Ëpée est aujourdliui surchargé^ ne permet pas de différer plus longtemps la fondation Se cet établissement, Sa Majesté, en attendant que le sieur arctievêque de Paris ait prononcé, en la forme ordinaire^ sur la destination des biens dudit monastère, et, néanmoins» après avoir pris l'avis dudit sieur archevêque , a jugé convenable de fiiire connaître ses intentions définitives, tant sur son emplacement, que sur les conditions qui seront nécessaires pour y être admis. Â x|uoi voulant pourvoir, ouï le rapport, et tout considéré, le roi, ^tant en son conseil , a ordonné et ordonne ce qui suif?
« Art. 1er. Il sera incessamment pourvu à la confection des distributions et réparations nécessaires pour recevoir l'établissement des sourds et muets, de l'un et de l'autre séice, dans la partie des bâtiments et lieux conventuels des^Célestins de Paris k ce destinée, et y former un hospice permanent d'éducation et d'enseignement en leur faveur, par le sieur abbé de FËpée et autres instituteurs qui lui succéderont à l'avenir.
« S. Le montant des frais desdites réparations, lesquelles seront £aiites sur les plans et devis qui en auront été préalablement dressés et agréés par Sa Majesté, sera avancé et délivré par le sieur BoUioud de SaintJulien, receveur général du clergé, sur lès revenus libres des biens des Çélestins xlû dio-
cèae de Paris, sur les ordonnances du sieur archevêque, et dans les termes qui seront convenus à ce sujet, sauf, lors du décret à intervenir pour Tunion et application desdits biens, à retenir lesdites avances sur les deniers comptants qui seraient destinés h former la dotation de cet établissement.
« 3. Jusqu'à ce que , en conséquence dudit décret, il ait été pourvu d'une manière convenable à ladite dotation, il sera annuellement payé et délivré par ledit sieur de SaintrJuUen, sur les mêmes biens, au sieur abbé de TEpée, et sur ses simples quittances, la somme de 3,400 liv., pour être employée à Ten- Iretien des pauvres sourds et muets , de Tun et de l'autre sexe, qui pourront en avoir besoin, ej, à faciliter l'instruction de Teccléaiastique adjoint à ses travaux pour se former audit enseignement.
« 4. A compter du jour du présent arrêt, et jusqu'à ce que ledit établissement ait été consolidé par lettres-patentes de Sa Majesté , les rentes et redevances qui ont été ou seront , par la suite , unies et afTectées à la fondation et entretien dlcelui fiar les décrets des évoques, et notamment ceux des évoques d^Orléans et d'Amiens, des 44 mars 4780 et fer août 1784 » et lettres-patentes confirmatives, dûment enregistrées, seront perçues par ledit sieur de SaintrJuiien; en conséquence, seront les divers établissements chargés de l'acquit d'icelles, ensemble les fermiers et débiteurs , même les payeurs des fentes de rHêtel de Ville de Paris, tenus de payer et vider leurs mains en celles dudit sieur de Saint4ulien, au moyen de quoi et sur les quittances qu'ils en recevront, ils seront et demeureront bien et valablement déchargés; et seront lesdites sommes par lui remises audit sieur abbé de l'Epée, et employées au profit des sourds et muets, aux conditions imposées auxdits déorets en faveur des sujets de chaque diocèse.
'" • 5. La pension gratuite entière pour chaque élève sera et demeurera fixée à la somme de 400 liv. par. an, et la demipension à celle de 200 liv. ; et ne pourront être lesdites pensions payées et continuées au-delà du terme de trois années, passé leqdel les mêmes sujets ne pourront plus en jouir, sous quelque prétexte que ce soit.
•«^. Lesdites pensions et demi-pensions gratuites ne seront
accordées qu*à des sujets d'une pauvreté reconnue et attestée par le certificat du curé de la paroisse et par l'extrait du rôle des impositions, qui sera, à cet efflot, délivré par le receveur particulier de Télection ; et seront lesdits extraits et certificats dûment légalisés par le juge royal le plus prochain, pour être, sMl y a lieu, sur iceux procédé à l'admission du «ujet dans ledit hospice.
« 7. Toutes les dispositions ci-dessus «efont exécutées jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné par les décrets, règlements et lettres-patentes à intervenir, pour la direction et administration temporelle et spirituelle dudit établissement; et sera, en conséquence, le présent arrêt notifié, de Tordre du roi, aux débiteurs des redevances et payeurs des rentes affectées à la dotation d'icelui, à ce qu'ils n'en ignorent et aient à s'y conformer.
« Fait au conseil d'Etat du roi, etc. »
(J) Différence entre les mots sourd et muet et sourd-muet.
Dans les premiers temps où le triste sort des enfants atteints de surdi-mutité éveilla la commisération publique, on se servait habituellement lie l'expression s<mrd et muet. Ce n'est que vers la fin du dix-huitième siècle qne sourd-muet devint le terme consacré.
Quoi qu'il en soit de ces deux appellations, l'analogie fondée sur les rapports des causes avec leurs eff^ets nous amène à établir entre l'un et l'autre une distinction raisonnée.
La dénomination de sourd et muet suppose deux incapacités distinctes et ne découlant pas forcément l'une de l'autre; d'une part, l'incapacité d'entendre, occasionnée par la paralysie du nerf auditif ou par toute autre cause, de l'autre, l'incapacité absolue d'articuler la parole humaine, cette incapacité étant le résultat physiologique d'une paralysie ou lésion «urvenue dans la langue ou dans toute autre partie de l'appareil vocal, tandis que l'appellation de »ourrf-mM«e renferme, au contraire, l'idée du rapport direct de la surdité au mutisme, de telle façon que celui-ci soit considéré aloi's comme la conséquence obligée de celle-lli.
En thèse f^énérale, ne remarque-t-oa pas que Tappareil vocal de nos jeunes soui'ds-niuets est tout aussi bien conformé que celui des jeunes entendants-parlants? Toutefois, évideaiment les premiers ne réussissent pas, comme les seconds, toutes conditions égales, d'ailleurs, à acquérir Tus ge, proprement dit, de la parole , savoir : la flexibilité, la pureté, la douceur, le charme de rarliculation. Quelle cause peut amener un tel désavantage, si ce n*est rinactiou,pluB ou moins prolongée, des organes vocaux du jeune sourd-muet, et surtout Tabsence complète chez lui, de la surveillante, de Tinstitutrice élémentaire de la parole, du juge infaillible des sons, une oreille ouverte, attentive, exercée ?
N'est-on pés fondé à induire de là que, chez le jeune sourdmuet, les organes de la parole sont tout à foitdans le casd*une arme dont les ressorts, faute d*usage, se rouilleraient et perdraient leur élasticité ?
Le nombre des sourdt et muets paraît, en ce moment, si foible comparativement à celui de$ sourds-muets^ que c'est de ces derniers seuls que les gouvernements s'occupent exclusivement aijgourd'hui, et que, sur la porte des établissements qui letir sont consacrés, on ne lit plus que ces mots : InêtUutùm ou école des iourds-muels et non des sourds et muets.
On a prétendu établir cinq catégories (4) parmi les jeunes sourds-muets de chaque année réunis à Tlnstitution nationale de Paris, catégories qu'on a basées sur leurs différents degrés de surdité. Moi, homme incompétent en pareille matière, je laisse à tout autre le soin de constater l'exactitude ou l'inexactitude de celte remarque (2).
(K) Extrait de Vallocution de M. Ferdinand Berthier au i)anquet anniversaire de la naissance de Vabbé de tEpée^ du a décembre 1842.
« Mes amis I le moment qui s'enfuit est trop précieux, trop solennel pour que je néglige l'occasion qu'il m'offre de faire
(i) TraUé de feu le docteur Itard sur le* maladies de V oreille et de Vauditiou,
(3j Oo peut consulter avec fruit le travail de M. J.-B. Puybonnieax, cité plus haut.
un appel à votre concours de camarades et de frères. Cet appel n'est pas nouveau pour vous : déjà, il vous a été fait par moi ; déjà vous vous y êtes associés de cœur. 11 s*agit de Tachât du tableau de notre frère Peyson (de Montpellier), représentant les derniers moments de Fabbé de l-Ëpée. Mes démarches pour y parvenir sont connues de plusieurs d'entre vous ; malheureusement, à mon bien vif regret^ jusqu'ici elles n'ont été couronnées d'aucune assurance positive. Quoi qu'il en soit, et pour l'acquit de tna conscience, il était de mon devoir, c'était, dans ma pensée, un parti pris de venir vous en rendre compte dans une occasion solennelle comme celle-ci. J'avais besoin de clore ainsi la mission de mandataire que vous m'aviez confiée depuis si longtemps et à laquelle je m'enorgueillis d'avoir toujours été fidèle. Permettez-moi donc, en finissant, de soumettre à votre approbation une nouvelle demande que j'ai signée et qu'aucun de vous, j'en suis sûr, ne refusera de signer, à mon exemple. Demain elle pourra être déposée entre les mains de M. le Ministre de l'intérieur. Que Dieu soit en aide aux pauvres sourds-muets I »
Pétition à M. le comte Duchàtel^ ministre de ^intérieur.
« Paris, le il déc6ml)re 1842.
« Monsieur le ministre,
« Lee sourds-muets de tous les pays, de toutes les conditions, réunis aujourd'hui, suivant l'usage, en famille et dans un banquet pour fêter l'anniversaire de la naissance de l'abbé de l'Ëpée, pensent qu'ils ne sauraient mieux faire éclater leur reconnaissance envers celui qu'ils ont l'habitude d'appeler leur père intellectuel qu'en tendant vers Votre Excellence leurs mains timides, mais confiantes, et la sollicitant en faveur d'un des leurs, de Peyson, artiste distingué, auteur d'un portrait de Fabbé Sicard, que la liste civile a daigné lui commander pour le musée historique de Versailles, où il figure en ce moment.
Peyson a, de plus, exposé, au salon de 1839, un grand tableau représentant les . derniers moments de l'abbé de VEpée. Cette œuvre remarquable n'a pas trouvé, jusqu'à ce jour, un Mécène.
Peyson, sans protecteur, presque délaissé, aurait, depuis
longtemps, brisé son pinceau, si ses frères ne s'étaient efforcés de ùire luire, % ses yeux, un rayon d'espérance en lui répétant qu'il y a ici4>as une Providence pour les jeunes talents mal* heureux. Votre Excellence ne refusera pas de réaliser cotte prédiction de l'amitié en autorisant l'acquisition du tableau de notre artiste. Qui de nous peut en douter en se rappelant ce que vous avez déjà lait, Monsieur le ministre, pour un autre de nos frèreSy pour Léopold Loustau, peintre habile, h qui vous avez commandé successivement deux grands tableaux religieux? « Tous les sourds-muets et tous leurs amis attendent avec une égale confiance l'efTet de votre sollicitude en bvear de Peyson, son digne émule,
«((ous sommes, avec le plift profond respect.
Monsieur le Ministre ,
Les très-humbles, etc.
Avec la plus instante recommandation à Viniérèt de Monsieur le Ministre de l'intérieur, L. De Jussieu, membre du Conseil supérieur des établissements de bienfaisance;
A. de Lanneau, directeur de l'Institution royale des sourdsmuets; Ferdinand Berthier, doyen des professeurs de l'Institution royale des sourds-muets; Victor Lenoir; de Nogent; Imbert; Salcède de Monville; Leroy; Péiissier D** Portai; L. Fabrège; Bonniol; Gh. Michel; A. Lenoir Léopold Loustau; Greux; Dumont; A. Gambie; Leguillon Lardé; Brézillon; Worner; Damien; Fôuret; Boudin Couvert; Boulard; de Widerkehr; Chômât; Steiner Rouet; Duneuf; Dréville; Cervoni; Huart; Lemarié Franclet; Bézu; Puybonnieux, professeur à l'Institution royale des sourds-muets; Pollet; Trezel; Nonnen; Miehelet, membre de la Commission Consultative de l'Insh titution royale des sourds -muets; Queilhe; E. Allibert; Lecomte; Eug. Garay de Monglave, membre de la Commission Consultative de Tlnstitution royale des sourdsmuets, remplissant les fonctions d'inspecteur-général des études; Léon Gilles; Robillard; A. Levassor.
(L) « À Mêiiieurs les membres de la Commission dmsuitative de V Institution roffole des sourds-muets de Paris,
« Paris, ce 14 mai 1845.
« Mbssibubs,
« J'ai rhonneur de vous rappeler qu*au dernier banquet annuel des sourds-Dfiuets en commémoration dé l'anniversaire de la naissance de Tabbé de VËpéo, banquet auquel la plupart d'entre vous avaient bien voulu s'empresser de prendre part, j'avais été chargé, comme président , d'annoncer qu'un de nos frères, H. Peyson, peintre d'histoire, par un élan spontané de son cœur reconnaissant, offrait à l'Institution royale de Paris son tableau représentant les derniers moments de ce grand homme de bien. Nous fûmes heureux de vous voir témoigner hautement que l'Institution, dont l'administration vous est confiée, serait fière déposséder dans son sein un souvenir d'un de nos artistes qui ont le mieux recueilli les précieux firuits de l'éducation qu'on reçoit dans cet établissement.
« Si un vœu de sa part avait quelque droit à être écouté de vous, il demanderait que son tableau figurât dans votre salle du conseil, car il ne serait pas à sa place dans celle des séances publiques , qui , par la disposition du jour, nuirait plutôt à son exposition, et qui, d'ailleurs, renferme déjà un grand tableau reproduisant un beau trait de la vie de l'abbé de l'Epée.
« Les sourds-muets osent espérer que vous voudrez bien faire apposer au bas du tableau une inscription constatant, à la fois, et le nom du donateur, et le motif de son offrande.
« Veuillez, le plus tôt que vous jugerez convenable, envoyer^ prendre le tableau, dans l'atelier du peintre, quai Bourbon, 39.
« Permettez-moi, Messieurs, de saisir cette occasion de vous prier d'agréer l'hommage de notre reconnaissance et de celle de tous les élèves, qui seront heureux de voir multiplier autour d'eux l'image de leur créateur intellectuel.
« Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
« A. Lenoir. »
(M) l/emplaroment actuel de rinsUtution des sounis-maet? de PariH fut jadis la propriété d'une colonie de rhopital Soiat- JacqueiMlu-Haut-PaA, situé en Italie, dans le territoire de la république de Lucques, colonie connue sous le nom des retigûux de cet h&pital, ou de frères p<miife$ ou eoÊUimetemrs de pnnfê.
Non» ignonms Tépoque précise de cette fondation à Paris. Seulement dos lettres de Charles-le-Bel, de rannée 13St, ainsi que d'autres lettres de Philippe de Valois, de l'année f335, nous apprennent que ces religieux avaient la jouissance de la moitié d'un \()ca\ nommé le Ciotduroi] qu*ilsy recueillaient les pèlerins de la Terre-Sainte, et portaient le signe du tan sur leurs habits. On les appelait aussi les frères hospitoHen.
Leur première chapelle fut bénie en 1350. Une autre plus vaste , dont les chefs avaient le titre de commatêdeurs , s*éleva on 1519, et fut érigée, dans le cours de 1566, en succursale de réglise paroissiale, malgré Topposition des curés du voisinage.
« Avons permis et permettons, porte la Sentence de TOfficial do Paris , aux manants et habitants desdits làubourgs de la |M)rle Saint-Jacques et de Notre-Dame-des-Champs, avoir, à leurs dépens, autres [>ersonnes qui disent ^ chantent et célèbrent ïk haute voix, et avec chants, lesdits ofOces divins, etc. »
En I57II, il no restait plus que deux religieux dans cet hôpital , presque abandonné. Catherine de Médicis s*étant dut bâtir un nouvel hôtel appelé Hôtel de la reine, et, plus tard, Hôtel de Soissans , sur l'emplacement qu'occupaient alors les Filles repenties, et où s'élève aujourd'hui la Halle au Blé , ces flllet, dépossédées, vinrent s'installer dans le monastère des moines de Saint-Magloire, qui, par contre coup, prirent possession de la maison de Saint-JaC/ques-du-Haut-Pas, emportant avec eux les reliques de leur patron. De là cette demeure prit le nom de leur ordre.
La chapelle du monastère vit, en 1584, s'édifier, à côté d'elle, une nouvelle succursale, consacrée aux besoins spirituels des fidèles du quartier , qui ne pouvaient guère s'accommoder des heures des religieux.
Mais cette église fut bientôt trouvée si petite , qu'on se vit
forcé, dans Tannée 4630, d'en entreprendre la reconstruction, qui ne put être terminée qu*en 1688. Monsieur, frère de Louis XIII , en avait posé la première pierre, et les libéralités du prince de Longueville contribuèrent à son achèvement.
Le bâtiment qui avait servi à l'ancien hôpital, et qui fut démoli en 4823, était séparé de Téglise paroissiale par une ruelle connue, à cette époque, sous le nom de rue des Deux Egli$e$, auquel celui de rue de tAbbé de VEpée a été récemment substitué, à la demande de rinstitution des sourds-muets.
La vie que menaient les moines de Saint-Magloire, scandalisa tellement l'évêque de Paris, Henri de Gondi, qu'il résolut de les supprimer, et de donner leur établissement aux prêtres de rOratoire. Cette maison devint ainsi le premier séminaire dont la capitale ait été pourvue. Elle se maintint avec cettedestination jusqu'à la révolution de i79î, qUi y transféra, ainsi que nous Tavons dit , rinstitution des sourds-muets , fondée par rabbé de l'Epée.
Voici la description exacte de cet édifice, tel qu'il existe |lujourd'hui :
Il est situé au-dessus de l'église de SaintrJacques-du-Haut- Pas. Son portail , lourd et massif, disgracieux à l'œil , n'offre rien de remarquable comme œuvre architecturale. Les principaux corps de logis, formant les trois côtés de la grande cour, sont : le bâtiment des garçons, en face de l'entrée; à gauche, celui des ûUes; à droite, un autre bâtiment qui renferme un ate^ lier (celui des menuisiers), la salle des séances publiques, communiquant à la Bibliothèque, l'infirmerie des garçons, outre les logements du médecin , de l'aumônier et des employés. Au nord , un vaste appendice a été consacré à tous les détails de l'administration et aux appartements du directeur, du prot fesseur faisant fonctions de sous-directeur et du receveur-économe. La salle des séances de la Commission Consultative est attenante aux premiers. Du même côté, se déroulent trois jardins : le premier est destiné au directeur, le second au reooveur-écoDome, le troisième à l'aumônier. Le niveau de ces trok jardins, qui côtoyent la rue de l'abbé de l'Epée, est élevé d'un mètre au-dessus de celui du grand jardin de la maison.
Coiuuie let^ (i\»is |Hnu;> jAnJiius qui lavoisiuent, le bàtimeai en quosUou lUmuo $ur U rue ito labbê de TËpée, ei fait angle iulèriounMuoul, liu i>>lo du grand jardin, avec la fiaiçade do prwci^uil oorp» de K^îs.
Pour isoler couiplelemonl rinsUluUon des sourde-muets , oo a démoli . il y a quelques auiiéos^ une vieille masure fcNnnaDt Tangle des rues d'Kuier et de Tabbé de r.£pée , laquelle avait abrilê jadis le quartier des allés . et tombait en ruine depuis long-temps.
LVnsemlvIe de ces couslruiiions. surmontées de paratoniierres, et êlevm de quatre êlages, reunit presque toutes les conditions de iH>mmodité et de salubrité désirables.
Le bâtiment des garvons, ftiisaut lace au grand portail, est situé entre le jardin, avoe terrasse au i^oucbant, et la cour au levant. Dans cette cour^ on contemple un orme colossal, dont la t^te domine mijestueusement les plus hautes maisons du quartier Saint-Jaoquos « et s'aperçoit de toutes les éminences de Paris et des alentours. Ce géant végétal, dont l'existence remonte i plus de trois siècles, ombragea le bon La Fontaine, lorsqu'il vint passer deux ans dans une cellule du séminaire de Saint-Magloire. Il vit s'asseoir fréquemment aussi , sous son feuillage, l'éloquent auteur du Pitiii Carême,
Un bassin occupe le centre du jardin, à rextrémité duquel règne un quinconce de beaux tilleuls, au milieu duquel s'élève un gymnase. Au fond de ce quinconce, un mur sépare d'une institution de jeunes parlants une longue file d'élégants parterres que nos jeunes sourdsHnuets se plaisent a cultiver à leurs heures de récréation. Le Jardin des Plantes leur envoie le superflu de ses richesses. A frais communs, ils y ont taillé » industrieux horticulteurs, des voûtes, des berceaux, des grottes de charHiille. Là , faisant trêve à leurs jeux , ils se groupent pour étudier sur des tables éparses, et, dans leur libéralité, livrent ensuite, tout le reste du jour, leurs fraîches oasis à qui veut en jouir.
La oiaison des garçons est surmontée d'une horloge à deux cadrans tournés, l'un vers la cour, l'autre du côté du jardin. Cette horloge est abritée par un petit campanile que courqiuie one girouette. Tout le long de la grande façade de la cour rè-
gue, au rez-de-chaussée, une galerie couverte, intérieurement tapissée de tableaux extraits de revues pour les enfants ; dMmages reproduisant leurs jeux; de cartes géographiques; de tableaux synoptiques d'histoire ; de gravures représentant les hauts-faits des annales de tous les peuples, les merveilles de la nature, les grands, hommes de France, etc., etc. Ses piliers supportent, au premier étage, une autre galerie vitrée, faisant saillie sur le bâtiment. Le long du rez-de-chaussée s'ouvrent des salles d'étude, un atelier (celui des tourneurs), le réfectoire, la cuisine et l'office.
Il y a, dans l'établissement, deux escaliers conduisant aux divers étages. Lé plus grand a des marches en pierre et une rampe en fer ; l'autre est en bois.
Le premier étage est occupé parles classes^ et la chapelle; le second, par les salles de dessin et d'écriture et par les trois ateliers de lithographes , de cordonniers et de tailleurs ;. les troisième et quatrième, par les dortoirs. Celui des plus grands élèves est au troisième; celui des plus petits, au quatrièilie. Au troisième, tous les lits sont de fer, tandis que, au quatrième, il n'y a presque que des lits de bois. Au bout de chaque dortoir, on a pratiqué un vestiaire et un salon de toilette, avec lavabo. Les rez-de-chaussée sont pavés en dalles ; le reste de l'établie sèment est parqueté.
Les classes sont au nombre de six, que domine une septième, dite de perfectiormementy fondée par feu le docteur Itard, ancien médecin de l'Institution. Les arrivants suivent, d'année en année et de classe en classe, le professeur respectif qui les a reçus à leur entrée dans la maisoft , lequel leur feit ainsi parcourir l'échelle graduelle du cours général d'étoded , fixé à six années par le règlement. C'est ce qu'on appelle le système de rota^ùn. L'enseignement comprend les préoepteè de la religion et les éléments de grammaire générale, d*bi6toire, de géograpliie et de calcul, sans compter la parole artificielle et la leotore sur lei lèvree , enseignées t>ar un professeur et son adjoint, dans deui salles d'étude, k tous les élèves qui font pr^itede dispositieos pour eétte dcmble spérâlité.
U y a, dans chwtM otessé, dsfs tablitax«<Hlrs, Sur lettuils la leçon est éerttis; i It crai»^ «liÀneTangée^de RspUret, d«v«it
lesquels les jeunes sounls-uiueU. assis, écriveul sur de»
les diclées qu'on leur lait i>ar signes, ou les compositions àom
on leur donne le sujet.
Les élèves de sixième année sont, en outre, admis à « cours annuel qui détermine Tadmission de deux d'entre pour trois années de plus, à la classe de perfectionuemeat dml nous avons parlé , et qui doit toujours se composer de élèves.
Tous les exercices de la maison des garçons ont lieu an de la caisse , qu'ils battent eux-mêmes , avec la précision, rensemble de vieux tambours de la ligne, et dont les'moindns vibrations leur sont sensibles, soit par Tépigastre, so^t par la plante des pieds ou la paume des mains.
Dans la chapelle, éclairée par cinq fenêtres percées dans le mur de droitQ^ et ornée de quatorze bas-relie& en plastique, représentant le Chemin de la Croix, on remarque , derrière le maftro-autel,' un grand tableau de Steph. Bartb. Garnier, qui représente Jésus-Christ rendant Touîe et la parole à un jeune sourd-muet.
Sur Tare de la voûte qui couronne cette peinture, on lit cette inscription :
« Il a bien fait toutes choses. Il a fait entendre les sourds et parler les muets. »
« Saint-Marc, ch. vii, verset xxxyii. »
A gauche, on admire le beau tableau dont nous avons parié, œuvre et don affectueux d'un sourd-muet vivant , Frédéric Peyson , ancien élève de TËcole, et disciple de Léon Cogniet, représentant les demien moments de Vabbé de PÈpée, A côté , un second autel avec la statue de la Sainte Vierge. A droite, enfin, une plaque de marbre portant cette inscription en lettres d'or :
« L'an 4805 et le 13 février , cette chapelle a été solenn^ement bénie et consacrée à Dieu, sous l'invocation de saint Booh et de saint Ambroise, par Sa Sainteté le pape Pie VU, lors de sa visite à cette Institution , sous le ministère de Son Bxô^ lenoe Monseigneur de Ghampagny; étant administrateurs.
MM. Brousse-Desfaucherets , Mathieu de Munlmoreney, Bonnefoux , Duquesnoy , Sicard.
« Réédifiée en ^830, par A.-M. Peyre, architecte. »
Au-dessus de la porte du saint lieu règne une tribune destinée aux jeunes sourdes-muettes , et au-dessous un confessionnal.
Dans les classes et les études, toutes tes prières sont faites, h tour de rôle, par un élève, à Taide de la mimique.
Sous la chapelle est la cuisine, spacieuse et bien tenue, munie d'un réservoir qu'on remplit au moyen d'une pompe, et d'un grand fourneau de fonte , sur lequel est appendue une abondante batterie de cuisine. Par un perron de quelques marches on monte de cette pièce au réfectoire des garçons, dont la fontaine est de marbre, ainsi que les tables , qui reposent sur des pieds de fonte; au moyen d'un tour pratiqué dans l'office, la même cuisine dessert le réfectoire des filles , qui en est entièrement séparé , et occupe l'autre extrémité des bâtiments.
En arrivant dans la salle des séances publiques, qui se trouve dans l'aile de droite , en entrant par la rue Saint-Jacques , le regard s'arrête, tout d'abord, sur un grand tableau exécuté et donné à l'Institution, en 1835, par Ponce Camus. Cette peinture représente le jeune sourd-muet connu sous le nom du comte de Solar (sujet du drame de M. Bpuiliy, joué k la Comédie-Française), accompagné de son maître et protecteur, l'abbé de l'Epée , reconnaissant la maison où il a vu le jour, sur une des places publiques de Toulouse. Aux murs de droite et de gauche sont gravés les noms des anciens administrateurs de l'établissement , qu'on retrouve encore entre les bustes du fondateur et de son élève et successeur, l'abbé Sicard. Ces deux vénérables images ornent les deux côtés du tableau noir deàtiné aux exercicea publics , sur lequel repose un autre buste plus grand de l'abbé de l'Ëpée, œuvre remarquable de M. Auguste Préault. Au-dessus du tableân noir on lit cette jnscription :
« L'Ecole des sourds^muets , en France , a été fondée par l'abbé de l'Epée, qui .l'a établie à ses frais, en i760, rue des Moulins, à la butte Saint-Roch. Elle a été érigée en Institution nationale par les lois des ti et S9 juillet 1794. »
Devant le tableau règne une estrade consacrée aux exercices,
d'où Ton descend, pat* un double perron, à une série de gradins disposés en amphithéâtre pour le public. Le long du mur de droite on lit, sur une pierre de marbre :
« Mme Suzanne-Elisabeth-Eulalie Champion, veuve Vignette, décédée à Paris, le 3 février 1831, a légué à rinstitution royale des sourds-muets trois fermes , sous la condition que, a perpétuité, huit enfants sourds-muets, pauvres, seraient admis gratuitement dans cette Institution. »
Le mur de gauche a pour pendant cette autre inscription :
« Jean-Marc-Gaspard Itard , chevalier de la Légion-d'Honneur, membre de T Académie royale de médecine et de plusieurs Sociétés savantes, médecin, pendant trente-huit ans, de rinstitution, né à Oraison (Basses-Alpes), le 15 avril 1774, décédé le 5 juillet 1 838, a, par son testament, fait à Paris, le 4 octobre i 837, légué à cette Institution huit mille francs de rente perpétuelle, 5 pour 400, pour y fonder une classe d'instruction complémentaire et six bourses triennales gratuites en laveur de six sourdsmuets désignés au concours parmi les élèves qui ont atteint le terme ordinaire des études.
« Le conseil d'administration a voulu que ce marbre perpétuât le souvenir de ce bienfait et l'expression de 1â reconnaissance de l'Institut. »
L'uniforme des garçons est, à peu près, le même que celui des jeunes lycéens parlants. Les dimanches et jours fériés , il consista en une tunique, un pantalon et un képi de drap bleu foncé, avec liséré rouge. Pendant la semaine, ils sont vêtus d'une blouse bleue.
Les élèves sont divisés en compagnies et en pelotons, ayant à leur tête un sergent-major, des sergents et des caporaux , portant fièrement, sur leurs manches, les marques distinctives de leurs grades respectifs.
Deux petits pavillons, élevés des deux côtés du gfabd portail, font saillie sut* la cour. Dans l'un est le bureau du contrôleur du service; l'autre sert de logement au concierge.
Pouf entrer dans le quartier des filles , on passe devant ce défnlér pavillon , qui est contigu à la salle des bains , et l'on arrive à la loge spéciale de la portière de cette partie de la maison.
La distribution du quartier des filles reproduit, à peu de choses près, en diminutif, celle du quartier des garçons. Cette aile de l'édifice est composée de quatre étages.
Le rez-de-chaussée renferme une pièce d'entrée, avec une fontaine au fond , une salle de récréation et un réfectoire. I>e \k on descend par quelques marches dans un jardin, clos de murs, contenant un bassin et un gymnase, sans compter les parterres des sous-maltresses.
Le premier étage est occupé par les classes et par une grande salle d'étude, qui se transforme en ouvroir, a certaines heures du jour; le second , par les dortoirs; le troisième, par l'infirmerie et la lingerie ; le quatrième, par les logements de la surveillante en chef et de ses subordonnées.
L'établissement entier, qui a coûté plus de 1,200,000 francs, a été élevé par la munificence du gouvernement, à la place des vieux bâtiments de l'hôpital Saint-Jacques-du-Haut-Pas , qui, ainsi que nous l'avons dit plus haut, menaçaient ruine, ayant été construits en 1386, sous Philippe-le-Hardi.
Le personnel des deux établissements se compose comme suit : un directeur responsable, assisté d'une commission consultative de quatre membres, qui se renouvelle par quart; un receveur-économe et un aumônier.
Quartier des garçons : sept professeurs, dont quatre sourdsmuets ( un des professeurs parlants remplit les fonctions de sous-directeur; un autre, celles de bibliothécaire -archiviste ).
Un professeur suppléant, un surveillant sourd-muet, un maître d'étude sourd-muet, des aspirants sourds-muets ou parlants, dont le nombre est fixé, chaque année, par le ministre; six chefs d'ateliers, dont un sourd-muet; un maître de dessin, un maître d'écriture, un contrôleur du service, un veilleur et cinq hommes de peine.
466 élèves, dont 100 à la charge du gouvernement, et 8 aux frais des familles.
Quartier des filles : une surveillante en chef, trois dames professeurs , trois répétitrices , des aspirantes dont le nombre est également fixé chaque aniiée; deux maîtresses d'étude, dont une sourde-muette ; une maîtresse de dessin , une maîtresse
d'écriture , une infirmière , une portière , une veilleuse et deux servantes, dont une sourde-muette.
(N) Le 17 décembre, on iisaii dans k Natiotiu. :
« La lettre de M. Berthier, sur l'absence du portrait de Tabbé de TEpée au Musée de Versailles, a inspiré à un jeune sourdmuet de Gourdon les vers suivants, que nous nous faisons un devoir d'insérer dans nos colonnes. Nous donnons rareoœnt place à des vers, à cette époque peu poétique; mais on ne lira pas , sans en être vivement touché , cette nouvelle preuve des bienOsiits de l'abbé de l'Epée. Son génie a rendu la vie morale à ceux dont l'âme aurait passé, sans guide et sans flambeau, de la nuit d'ici-bas dans la nuit de la tombe. »