‹ L'abbé de L'Épée, sa vie, ses travaux, sa lutte et ses succèsChapitre 8 sur 58 · LÉGATION DE BAVIÈRE · texte numérisé non relu

LÉGATION DE BAVIÈRE

A Monsieur le secrétaire de la commission pour le monument de l'abbé de FÉpée.

t Monsieur,

f- Je me suis empressé de communiquer à mon gouvernement le contenu de la lettre que vous m'avez fait Thonneur de m*adresser dans les premiers jours du mois de juillet dernier.

« Le roi , mon souverain, digne appréciateur du mérite et des vertus de Thomme célèbre dont toute l'humanité partage les bienfaits, s'est empressé d'autoriser les personnes auxquelles vous confierez cette honorable mission, à recueillir, en Bavière, les dons gratuits destinés à rérection du monument consacré à la mémoire de Tabbé de TÊpée.

« Je m'empresse. Monsieur, de vous transmettre copie de l'ordonnance royale (1), datée du 22 août dernier, qui vient de m'élre communiquée à cet effet.

« Recevez , Monsieur, les assurances de ma très-parfaite considération. »

Voici la teneur de la lettre qui avait été adressée, en juin 1839^ aux ambassadeurs des cours étrangères :

(1) Écrite en allemand.

« Une commission est formée pour recueillir des souscriptions à l'effet d'élever un monument à Tabbé de TÉpée dans Téglise Saînt-Roch^ lieu de sa sépulture.

« Le bienfait de l'abbé de TÉpée est universel. Cet homme de bien n'appartient pas seulement à la France, mais à toutes les nations civilisées.

« Nous sommes convaincus, Monsieur l'ambassadeur , que vos nationaux éprouveront le besoin de s'unir à nous pour accomplir cet acte de piété , et nous venons , pleins de confiance , vous prier de vouloir bien recueillir les souscriptions de vos compatriotes, afin qu'il soit dit que tous ceux qui ont profité du bienfait, ont témoigné ensemble de la reconnaissance qu'ils gardent au bienfaiteur.

« Nous avons l'honneur de vous offrir, Monsieur l'ambassadeur, l'hommage de notre haute considération.

« Le secrétaire, Le président de la commission,

« ChAPUYS-MoNTLA VILLE. DUPIN. »

nvi

Rapport de M. Nestor d'Andert 'sur les projets soumis à la eonaiit-' sion. — Préférence acquise à celui de M. Préault. — Les ministres invités à compléter la somme nécessaire à l'érection du monument. — Celui de l'Intérieur, M. de Montalivet, souscrit pour 3,000 fr. '^ Devis à forfait de M. Préault. — La commission l'accepte, à condition que l'artiste ne pourra exiger les sommes à recevoir qu'à mesure des rentrées, et que le monument sera prôt en février 1841. — Nouvelle circulaire, nouvelles démarches auprès des grands corps de l'État. — Appel à Louis-Philippe et k sa famille. — On en ignore le résultat. — L'ancien curé de Saint- Roch, devenu évéque d'Evreux, regrette de ne pouvoir précker le jour de l'inauguration du monument. — On s'adresse à- l'abbé Cœur, qui ne peut, à cause de ses nombreux travaux, accepter cette honorable mission. -^ Fixation ultérieure du jeur de la cérémonie.

M. Nestor d'Andert fait un rapport sur le résultat de Texamen des divers projets de monuments dont la sous-commission a été chargée.

V a Messieurs» dit-il , la sous-commission, réu- [ nie, le jeudi 27 février, chez son président M. Dupin,s*est occupée attentivement des divers projets de monuments à élever à la mémoire de l'abbé de l'Épée.

%\i L'ABBÉ DE L'ÉPÉE.

« Deux concurrents se sont présentés.

« Quatre dessins ont été soumis.

« Trois portent la signature de M. Lelong> architecte.

« La sous-commission a été frappée du manque absolu d'expression dans les trois premiers projets, qui lui ont paru n'offrir aucun trait caractéristique du génie, des travaux et de la gloire de Fabbé de TEpée.

« Elle a remarqué surtout que la sculpture , d'où devait jaillir la pensée fondatrice du monument, sa signification prompte, facile, intelligible^ était trop sacrifiée à la partie architecturale^ toujours destinée, dans de pareils ouvrages, à accompagner plutôt qu'à prévaloir, à subir plutôt qu'à dominer.

« L'architecture est le cadre, la statue est le tableau, vous le savez. Messieurs.

« En outre , elle a paru craindre l'abus trop prolongé de la décoration dans ces trois monuments, une ornementation banale^, exagérée, et conséquemment d'un luxe usé, mesquin, plus théâtral que vrai.

« Enfin, la sous-commission a pensé que cette exagération , que cette profusion d'ornements pourraient entraîner,malgré l'autoritédes chiffres posés par l'auteur, dans des dépenses considérables et sans compensation avantageuse.

L'ÂBBÉ DE L'ÉPÉE. Si 3

« 11 restait à la sous-commission à examiner le quatrième projet présenté par MM. Auguste Préault et Lassus. Et d*abord, la sous-<^ommission a été saisie de l'harmonie élevée et de rheureuse ordonnance du monument. La réputation et le talent incisif du sculpteur étaient déjà une garantie de la perfection de rœuvre , tandis que le plan de M. Lelông, pour y revenir dans un rapprochement nécessaire entre des artistes de mérite , n'indique aucunement quel serait le sculpteur chargé du soin des bas-reliefs et rondes bosses.

« Le projet de MM. Auguste Préault et Lassus semble donc réunir toutes les conditions désirables sous le triple rapport de l'expression dans la sculpture, de l'art répandu dans lensemble et de l'économie dans les dépenses, ce qui a engagé la sous-commission à désigner ce dernier plan à vos lumières comme étant le plus convenable à tous les titres. »

A l'issue de la séance, on écrivait aux ministres :

« Les restes de l'illustre abbé de TEpée ont été retrouvés, par les soins [et la piété de quelques-uns de ses enfants adoptifs, dans l'un des caveaux de l'église Saint-Roch , lieu de sa sépulture.

<< Des preuves authentiques ont été recueillies.

%ii L'ÂBBÉ D£ L'ËPÉË.

et une commission s'est formée spontanément pour honorer la mémoire de ce bienfaiteur de l'humanité, en lui élevant un monument funéraire.

,; • Lasouscription, ouverte depuis bientôt deux ans, marche lentement; toutefois, nous avons 4^jà une certaine somme à notre disposition.

« Le ministre de l'intérieur (1), un grand nombre de membres des deux Chambres , les diverses écoles de sourds-muets , toutes les personnes^ enfin, auxquelles nous nous sommes adressées , ont bien voulu concourir à cette œuvre de gratitude et de respect.

«Deux artistes', MM. Lassus et Préault, ont déclaré ne demander que le remboursement de leurs déboursés, dans le cas où ils seraient chargés du monument.[lls proposent même de le prcndre^à leurs risques et périls. Ils se contenteraient de 6 h 7,000 francs pour l'exécuter.

« La commission, reconnaissante de leurs offres, est disposée à les accepter. Son but sera ainsi tout à fait rempli. En effet, elle n'a pas prétendu élever un monument somptueux, tout de luxe , à un homme d'une modestie proverbiale. Il aurait formé un contraste trop évident avec son caractère et sa vie.

« Une simple manifestation, un souvenir, ac-r quitteront notre dette.

(0 M. le comte de Monlalivet.

LABBÉ DE L'ÉPÉË. 945

« Nous évaluons à 3,000 francs environ le$ sommes qui sont ou seront versées dans la caisse de la souscription.

« Une autre somme de 4,000 francs est donc indispensable pour former le complément de celle qui est demandée pour le monument.

« Nous espérons , Monsieur le ministre , que vous voudrez bien vous associer à notre œuvre, et faire contribuer TÉtat à cet acte de justice et de gratitude.

« Veuillez agréer, etc. »

La commission s'est réunie le 13 juin 1840.

M. le président annonce à la compiission que M. le ministre de Tintérieur souscrit pour upe somme de 3,000 francs, ainsi qu'il résulte d'une lettre de M. Gavé, directeur des Beau^-^Arts, en date du 9 de ce mois , ainsi conçue :

• Monsieur le président , je m'empresse d'avoir rhonneur de vous informer que M. le nainistre de l'intérieur a alloué, selon votre désir, une somme de 3,000 francs pour le monument de Tabbé de TÉpée dans l'église Saint-Rocb.

Vous recevrez incessanomeut avis ofûcî^l Ae cette décision.

« Agréez, etc. »

M. Dupin aine donne ensuite lecture d'un devis fourni par MM. Préault et Lassus. Ce de^

S46 L'ABBÉ DE L'ÉPÉË.

TÎs (1) est suivi d'un engagement formel, pris parM.Préault, d'exécuter à forfait et de livrer, pour le prix de 7,000 francs, le monument dont le modèle en relief et au lavis se trouve sous les yeux de la commission. M. Préault déclare que, dans le cas où le chiffre de la souscription ne s'élèverait pas à 7,000 francs, il n'aurait aucun recours à exercer contre la commission et se contenterait des 3,000 francs du ministre de rintérieur, et des autres sommes qui résulteraient des diverses souscriptions.

Le plan, le devis el l'engagement de M. Préault demeurent annexés au procès-verbal.

M. le président propose à la commission d'accepter les offres de MM. Lassuset Préault, aux conditions précitées, contenues dans le dossier et dans l'engagement mentionné ci-dessus.

Après en avoir délibéré, la commission arrête que les offres de MM- Préault et Lasus sont acceptées telles qu'elles se trouvent contenues dans leurs devis et leurs déclarations; toutefois, elle prie M. le président de mettre à cette acceptation deux nouvelles conditions : la première, c'est que les paiements ne pourront être demandés qu'aux époques de rentrée des som-

(\) Voyez à la note Q les pièces fournies à l'appui de la proposition de MM. Lassus, architecte, et Auguste Préault, statuaire.

L'ABBÉ DE L'ÉPÉE. Ul

mes provenant de la souscription ; la seconde, c'est que le monument sera entièrement achevé et posé d'ici au mois de février 1841.

MM. le président et le secrétaire de la corn* mission sont autorisés à signer le présent marché avec MM. Lassus etPréault.

En juillet 1841 parut une circulaire du président de la commission, contresignée par le secrétaire , dont voici la teneur :

« Monsieur,

« Les restes de l'illustre abbé de l'Épée, le père des pauvres enfants que vous initiez à la vie en pratiquant sa méthode, ont été retrouvés dans Féglise de Saint -Roch, à Paris.

« Cette sépulture devait être honorée. Une commission s'est formée, une souscription a été ouverte; le gouvernement français s'est associé à cette œuvre de respect et de gratitude.

« Un artiste , M. Préault , n a pas voulu attendre que la souscription eût produit tout flb|i^* effet; il a demandé et obtenu l'entreprise; dfu monument.

« Il l'achève en ce moment , et, cependant, nos fonds sont loin de pouvoir couvrir tous les frais. Nous avons recours à vous. Monsieur, à tous les sourds-muets du pays que vous ha-

bitez, à leurs familles , à leurs amis , à tous les amis de Ibumanilé.

« Nous vous prions d'ouvrir une souscription pour le monument de Tabbé de TÉpée et de vous unir à nous pour honorer la mémoire de cet homme de bien.

« Votre réponse devra être adressée à M. Dupin , procureur général à la Cour de cassation et président de la commission, sous le couvert de M. le président de la Chambre des députés.

« Nous avons l'honneur de vous offrir. Monsieur, lassurance de nos sentiments distingués. M

Le jeudi 24 février 1842 , se réunirent , au domicile de M. Dupin, les membres de la commission , MM. Chapuys - Montlaville , Nestor d'Andert, Monglave, Ferdinand Berthier et Alphonse Lenoir. Le président était si pressé d'expédier les affaires urgentes de la Chambre, qu'à peine avait-il le loisir d'examiner celles du monument. Cependant, M. Chapuys-Montla ville, après avoir donné lecture d'une réclamation de M. Auguste Préault, fut autorisé par le président : Vk envoyer un garçon de laChambre des députés, en uniforme, aux ministres, aux pairs de France, aux députés, aux banquiers, à l'archevêque de Paris, etc.; 2° à écrire au roi pour

L'ABBÉ D£ L'ÉPÉË. Si9

en solliciter une souscription au monument; 3® enfin à supplier Tévêque d'Évreux (1) de vouloir bien prêcher dans Téglise Saint-Roch le jour de T inauguration.

On devait fixer ultérieurement Tépoque de la cérémonie.

Voici la demande de la commission au roi Louis-Philippe, datée de mars 1842 :

« Sire,

« Nous allons élever un modeste monument à l'abbé de TÉpée dans l'église Saint-Roch , à Paris, à l'endroit où ses restes profanés ont été retrouvés et où il avait été enseveli primitivement.

« Confiants dans les sentiments ékvés et généreux de Votre Majesté, nous osons espérer qu'Elle voudra bien contribuer avec nous à rendre un pieux et solennel hommage à l'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité.

« Nous sommes , avec le plus profond respect, etc. »

Nous ignorons encore si le roi Louis-Philippe a souscrit et si sa famille s'est associée à lui dans cette pensée sainte.

Monseigneur l'évêque d'Evreux setant excusé sur ses tournées pastorales de ne pouvoir

(1) M. Tabbé Olivier, curé de Saint Roch, venait d'être promu à cette dignité.

nt L ABBÉ DE L'ÉPÉE.

août 1841, mais sans cérémonie, et presque à buis clos! Pourquoi? Dieu le sait.

Ce tombeau consiste en une pierre triangulaire portant, au sommet, le buste en bronze du célèbre instituteur, et, à la base, deux figures de même métal, représentant un jeune enfant et une jeune fille, les mains levées, en signe de reconnaissance, vers l'homme qui les a arrachés à leur triste infirmité et leur a donné, en dépit de la nature, le bien précieux de leducation.

L'inscription simple et noble qui la décore (1) serait en parfaite harmonie avec le monument si , malgré notre avis réitéré et à notre bien vif regret , on eût consenti à l'écrire en français et non en latin, langue inconnue à Timmense majorité des sourds-muets du globe.

L'œuvre en elle-même fait le plus grand honneur aux artistes distingués qui ont concouru à son érection. M. Lassus, architecte, et M. Auguste Préault ont compris qu'il devait être d'une conception simple et grave, comme le génie de l'homme à la mémoire duquel il est consacré.

Le buste et les figures sont exécutés, d'ailleurs, avec une grâce et une délicatesse qui révèlent

{\) Viro — admodum mirabili — sacerdoli de TÉpée — qui fecit exemplo Salvaloris — mulos Icqui — cives Galliœ — hoc — monumentum dedicariint — Nalus niî — Mortuiis 1789. — Préault, 1840.

Honmnent de l'abbé de l'Ëpée dans une chapelle de l'Eglise Saint-Rocb.âParis.

Snulpleur, M. PRÉAULT. - Architecte. M. LASSUS.

une face toute nouvelle dans le talent si neuf, si hardi, si original de M. Préault.

Quatre ans plus tard, par l'intermédiaire de M. Eugène Garay de Monglave et de l'auteur de ce mémoire , à côté du monument fut attachée une couronne de lauriers, en bronze, due au même statuaire, avec l'inscription suivante : A Vahhé de l'Épée, les sourds-muets suédois. C'était la réalisation d'un vœu , exprimé par M. O.-E. Borg, directeur de l'Institution des sourds-muets et des aveugles de Stockholm. 11 n'était arrivé à Paris, avec le montant de la souscription de ses élèves, qu'en 1845 , longtemps après que le monument de Saint-Roch était terminé.

Presque dans le même temps, c'est-à-dire en 1844, sur la façade monumentale de l'hôtel de ville de Paris, l'administration municipale faisait poser la slatue^ de grandeur naturelle, de l'abbé de l'Épée , due également au ciseau de M. Préault, entre celles des grands hommes qui sont nés dans la capitale, ou qui l'ont illustrée par leurs travaux et leurs écrits. Elles sont placées dans des niches pratiquées au premier étage et dans les entre-colonnements des deux ailes de cet édifice.

Dans ce dernier travail, M. Préault a trouvé, on nous l'assure du moins, la stricte rémunération de ses peines. Malheureusement nous

Ui L'ABBÉ DE L'ÉPÉE.

avons tout lieu de croire qu'il n'en a pas été de même pour le monument de Saint-Roch , et qu'outre son inspiration , sa main d œuvre et son temps, l'honorable statuaire a dû parfaire de sa bourse la somme assez élevée qui était nécessaire à la rémunération complète des ouvriers et des fournisseurs avec lesquels il avait traité, la souscription n'ayant pas produit suffisamment pour faire face à toutes les dépenses, ou la dispersion subite des membres de la Commission avant l'achèvement des travaux ayant jeté le désordre dans la rentrée régulière des fonds recueillis en divers lieux et par diverses mains.

C'est toujours un spectacle douloureux que celui d'un artiste victime de son dévouement à la gloire et à l'humanité. Si ce qu'on nous rapporte est vrai, M. Préault serait, du reste, à cet égard, coutumier du fait, et sa belle statue du général républicain Marceau, que tout Paris a admirée, et qui décore aujourd'hui une des principales places publiques de Chartres , ville natale du célèbre guerrier, aurait été, de sa part, l'occasion d'un nouveau sacrifice obligé à Tart qu'il professe avec tant d'éclat , et à une des gloires de la France, dont personne n'est plus enthousiaste que lui. Macteanimo, generosepuer!

En avril 1840, le neveu du sculpteur sourdmuet , Amédée Durand ^ avec un tact qui l'ho-

nore, avait bien voulu offrir à rinstitution nationale des sourds -muets de Paris le buste original de son illustre fondateur, terminé, à son insu, par son oncle , trois ans avant la mort du célèbre instituteur, c'est-à-dire à la date de 1786, buste d'après lequel ont été exécutés ceux qu'on a vus circuler dans le public sur une échelle réduite. Cet artiste était aussi l'auteur d'un second buste dont il avait changé les proportions. Ainsi se trouva dûment constatée l'origine de ces copies, jusque-là inconnue.

Le don de M . Amédée Durand, accepté par l'ancienne administration de l'Institution, avec tout l'empressement qu'il méritait^ fut inauguré, le 1 1 mai 18/i.O, dans la salle des séances publiques.

Ce jour-là , à une heure de l'après-midi , quatre élèves sourds-muets^ signalés les premiers par ordre de mérite , ont été introduits dans la salle du conseil d'administration, pour y recevoir le buste. Ils l'ont transporté dans celle des exercices publics, précédés de quatre élèves sourdes-muettes, désignées également par rang de mérite , chargées de couronnes d'immortelles , de lauriers et de guirlandes de fleurs. Les membres des anciens conseils d'administration et de perfectionnement (1 ) venaient à la suite.

(0 MM. le baron de Gérando, le duc de Doudeauville, Gue-

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Le buste de Tabbé de TÉpée a été placé sur un piédestal , au haut de Pestrade ; les quatre élèves sourds - muets rangés à droite , les quatre sourdes* muettes , à gauche , Cguraient la famille des sourds-muets réunis autour de leur père.

Les dames du comité, M. Âmédée Durand, les élèves de l'un et l'autre sexe étaient assis dans la salle , en face du buste ; les fonctionnaires des deux maisons occupaient les deux parties latérales.

M. le baron de Gérando, président et doyen à la fois du conseil d'administration , s*est avancé et a adressé aux fonctionnaires et aux élèves des deux maisons une allocution analogue à la circonstance.

 la suite de ce discours, aussi profondément senti que fortement exprimé, les couronnes ont été déposées sur le buste par deux élèves (un sourd-muet et une sourde-muette) ; le piédestal a été entouré de guirlandes par les autres, aux applaudissements réitérés de l'assemblée.

Ensuite, M. le président a procédé à une distribution de livrets de la caisse d'épargne, provenant d'un premier fonds de 200 fr., de ses

neau de Mussy, Camille Périer, le duc de Praslin, administrateurs. — MM. Feuillet, Droz, Michelot, de Cardaillac, Raynouard, Abel Remusat, Burnouf, Sylvestre de Sacy, Frédéric Cuvier, membres du conseil de perfectionnement.

deniers, placé par M. Désiré Ordinaire^ alors directeur de TEcole des sourds-muets de Paris, pour former le noyau d'une masse commune, somme que d'autres dons étaient venus accroître successivement. Avec lapprobation de M. le Ministre de Tintérieur, le conseil d'administration avait statué que le dépôt, s'élevanl à un total de 664 fr. , serait réparti , proportionnellement à leur mérite , entre les élèves des deux maisons qui, d'après les notes comparées des divers fonctionnaires, se seraient le plus distingués par leur conduite , leur travail et leurs progrès.

Le président faisait observer qu'en distribuant ces livrets en pareille circonstance, l'administration s'était proposé, non-seulement de décerner un témoignage de satisfaction aux élèves les plus méritants, mais aussi d'offrir à tous un sujet utile de réflexion, une instruction sensible, qui leur fît apprécier, de bonne heure, les avantages de l'ordre et de l'économie dans toutes les conditions sociales.

Alors, les élèves des deux maisons sont venus successivement déûler devant le buste de l'abbé de TÉpée, et l'ont salué ; ceux d'entre eux auxquels les livrets étaient destinés les ont reçus des mains du président, et leurs noms ont été en même temps proclamés.

Le président, au moment de lever la séance.

a fait coanaitre à rassemblée que la ville de Versailles, qui s'honore d'avoir vu naître l'abbé de rÉpée, venait d'ouvrir une souscription pour ériger un monument à ce bienfaiteur de l'hu^ manité ; que le conseil d'administration , désirant s'associer à l'hommage public rendu par sa ville natale à la mémoire de l'immortel fondateur de l'Institution nationale, avait arrêté qu'un registre de souscription, sur lequel ses membres s'inscriraient individuellement, serait ouvert par les soins et dans les mains de Tagent comptable, et qu'il en serait donné avis au Maire de Versailles.

A deux heures et demie, rassemblée se retirait, visiblement émue.

UVlll

Ces hommages, rendus, de toutes parts, à la mémoire de l'abbé de l'Épée, avaient été devancés, dès 1835, dans un banquet commémoratif de sa naissance , par une proposition que je fis aux sourdsmuets et à leurs amis d'acquérir un buste en bronze du célèbre instituteur. — Empressement unanime de tous les convives. — Le buste est commandé au sculpteur Parfait Merlieux , et inauguré sur la fin du banquet de Tannée suivante. — Transports d'allégresse de tous les assistants. — Mon allocution. — Bienfaits de la Société centrale des sourds-muets. — Projet de cours publics et gratuits en faveur des ouvriers atteints de cette infirmité.

Ces divers tributs d'admiration , payés à la mémoire de Tabbé de l'Èpée, avaient été devancés par l'appel qu'au second banquet (1) du

(0 Un comité, chargé du soin de remplir les intentions des sourds-muets de toutes les écoles, de tous les pays et de toutes les professions, et composé de M. Ferd. Berthier et de dix membres, MM. A. Lenoir, Forestier, Boclet, Peyson, Mosca, Goutte* barge, Gire, Deruez, Gouin et Doumic» avait arrêté, dans sa séance du 45 novembre 1834, que cet anniversaire serait celé-

SdO L'ABBÉ DE L'ÉPÉË.

123* anniversaire de sa naissance (6 décembre 1836), j'avais fait, comme président , au concours sympathique de mes frères, tant sourdsmuets que parlants, dans la vue d'acquérir un buste en bronze de ce bienfaiteur de F humanité, ce palladium^ ce drapeau de notre association commune, qui devait être désormais arboré au milieu de nous, à chaque anniversaire de ce bienheureux événement. Tous répondirent, comme un seul homme, à cet appel. Aussi, dès le  décembre de Tannée suivante, l'œuvre du sculpteur Parfait Merlieux fut-elle, sur la fin du repas, découverte et saluée d'unanimes applaudissements. Ces applaudissements redoublèrent quand on vit une couronne d'immortelles descendre sur la tête vénérée du premier apôtre des sourds-muets. Je me levai alors pour adresser aux convives Tallocution mimique suivante :

« Frères, la voilà, s'offrant enfin à vos joies et à vos bénédictions , cette image chérie qui , à notre grand regret, manquait toujours à notre fête annuelle I Le voilà ce visage de notre saint Vincent de Paule, qu'a su reproduire, avec tant de fidélité, un artiste de mérite. Parfait Mer-

bre, chaque année, par un banquet, auquel les amis dessourdsm we to seraient admis.

. Cette jBftle annuelle est devenue le germe de leur Société centime» dont il est fait mention dans les prolégomènes de ce livre.

lieux, que vous voyez assis ici à mes côtés. Contemplez avec moi ces traits de Tabbé de l'Epée, brillants de toute la puissance du génie , de tout l'éclat des plus rares vertus! Contemplez cette auréole qui annonce un envoyé de Dieu , ce front majestueux doù jaillit, comme une flamme céleste, cette admirable conception qui nous a placés au niveau des hommes privilégiés, qui nous a élevés jusqu'à lui, jusqu'à la divinité !

« Notre âme , alors que pas la plus légère clarté n'y pénétrait encore, n'était-elle pas emprisonnée dans le monde matériel? Aujourd'hui, rompant ses fers et secouant son engourdissement , elle prend un rapide essor vers le monde de l'intelligence.

« Nous étions esclaves de nos sens , de nos passions. Maintenant, nous sommes maîtres de notre conduite ; la raison est notre flambeau , notre reine !

« D'autre part, et tout le monde le reconnaît, depuis l'institution de cette fête et de notre comité , le cercle de nos idées s'est prodigieusement agrandi.

« N'est-ce pas à l'heureux contact de tous ceux qui ont bien voulu s'associer à nos efl*orts, qu'est dû cet étonnant progi'ès de notre civilisation? Nous ne sommes plus en dehors du grand travail des intelligences humaines : nous gravitons avec elles vers le pôle de la perfecti-

bilité ; et, pourtant, je vous vois murmurer contre d'injustes préventions. Rassurez-vous , frères, rassurez-vous et espérez ! L'évidence est notre arme à nous. Le temps n'est peut-être pas éloigné où elle détruira toutes ces préventions , comme l'art créateur de l'abbé de TEpée, après avoir soulevé, à sa naissance, les attaques de l'ignorance, en sortit triomphant à la fin.

« Elles sont présentes , frères , à votre mémoire ces paroles simples qu'un respectable ecclésiastique adressa à notre sauveur en venant d'assister à un de ses exercices : « Je vous plaignais avant de vous avoir vu, je ne vous plains plus maintenant; vous rendez à la société et à la religion des êtres qui étaient étrangers à Tune et à l'autre. »

« Au milieu des témoignages d'intérêt et de bienveillance qui nous environnent, qu'il me soit permis de signaler à votre reconnaissance la constante sollicitude du gouvernement en faveur des sourds-muets moins heureux que nous« Il vient d'ordonner un recensement gér néral de cette population à part ; et je crois savoir qu'il s'occupe de multiplier, autant qu'il est en son pouvoir, les écoles consacrées à Téducation de ces infortunés:

« Si le sort des jeunes sourds-muets excite l'intérêt public, celui des pauvres ouvriers sourds-muets qui languissent dans une com-

plète ignorance des droits et des devoirs du citoyen, et qui , pour mieux gagner leur pain, ont besoin de savoir appliquer la chimie à Tindustrie, n'a-t-il pas autant de droits à notre bienveillance à tous? Pourquoi ne prendrionsnous donc pas la liberté de supplier le gouvernement de nous autoriser à créer des cours publics et gratuits dont il apprécierait certainement rimportance? Ce serait nous aidera ouvrir une école aux mœurs et au respect des lois. Plusieurs hommes de mérite ont bien voulu nous promettre de nous seconder dans l'accomplissement de cette grande œuvre de rémancipation des sourds-muets.

a Tel était , frères , Tesprit de charité qui animait Tapôtre dont nous sommes heureux de fêler, en ce moment, l'anniversaire.

(( Imitons-le 1 C'est le meilleur moyen de reconnaître ce qu'il a fait pour nous.

« J'ai abusé, sans doute, de votre attention ; et, cependant, j'en ai encore besoin pour quelques secondes : je n'ai pas fini.

« Agréez l'expression de ma vive et profonde reconnaissance pour l'éclatant honneur que j'ai reçu de vous et qui m'impose de nouveaux efforts pour justifier votre choix !

« C'est dans vos encouragements et dans votre approbation que je puiserai cette constance nécessaire pour surmonter les obstacles et pour

S34 L'ÂBBÉ D£ L'ÉPÉË.

arriver au but de nos vœux. Je termine, mes frères , en vous proposant un toast cher à nos cœurs :

« A l'immortel abbé de l'epee! »

un

Toast porté en langue mimique à la gloire des sourds-muets par leur ami Eugène Garay de Monglave. — Revue des célébrités de cette nation exceptionnelle. — Professeurs, lauréats, jurisconsultes, prosateurs et poëtes, bacheliers, mathématiciens, chimistes, physiciens, inventeurs, peintres (histoire, sujets religieux, portraits, marines, pastel, daguerréotype et lithographie), statuaire, graveurs, mécaniciens, horlogers, .'mprimeurs, ouvriers en tout genre, militaires. — Trait héroïque de dévouement et de courage d'un sourd-muet de douze ans. — Le gouvernement lui décerne une marins etmédaille. — Ses condisciples se cotisent pour lui fournir le moyen d'assister à notre banquet. — Mon toast à M. Bouilly et la réponse de ce doyen de nos auteurs dramatiques.

Dans ce banquet des sourds-muets , comme dans tous ceux qui Tavaient précédé et dans tous ceux qui le suivirent, on vit, immédiatement après le président, se succéder à la tribune plusieurs orateurs (1), faisant assaut de sentiments, de verve, d'éloquence, dans ce Doncert unanime d'actions de grâces. Au nombre des rares parlants, devenant alors sourds-

(1) Les comptes-rendus des banquets des sourds-muets, réunis pour fêter les anniversaires de la naissance de l'abbé de rËpée, se trouvent chez le libraire Hachette.

muets, afin d'apporter leur fraternel concours à cette solennité, M. Eugène Garay de Monglave se fit remarquer par la chaleur expansive qu'il mit, selon sa coutume, à défendre les intérêts d'une classe nombreuse de citoyens , trop peu comprise encore de nos jours. C'est pour acquitter, en partie du moins, à son égard , une dette sacrée de reconnaissance , que nous croyons devoir assigner ici une place spéciale au toast brillant de cet ami dévoué de nos frères d'infortune.

« A la gloire des sourds-muets : I

« Il ont déjà leur jurisconsulte :

, . . (1), qui recherche leurs titres enfouis, correspond avec le Droite avec la Gazette des Tribunaux , et adresse , pour ses frères méconnus , des pétitions aux assemblées législatives , qui les renvoient aux Ministres ;

« Des prosateurs : ce même

. . . (2), au style incisif et harmonieux, auteur de divers ouvrages remarquables, et couronné par une académie ; Claudius Forestier, directeur de l'Ecole des sourds-muets de Lyon, qui aspire à devenir le RoUin de ses frères d'infortune , et prépare , pour eux , un cours complet d'éducation ; puis, le fils du général Gazan,

(i— 2) La position de Tauteurde ce livre ne lui permet pas de combler ces deux lacunes.

leur La Bruyère , à la pensée originale et hardie ; puis, leurs professeurs et écrivains distingués, Lenoir, Allibert, Richardin, Chambellan, Imbert , et d'autres encore ;

« Des poètes : Pélissier, que Lamartine a chanté, et chez qui la plus suave harmonie arrive, non par l'oreille, mais par le cœur ; Pélissier, dont les délicieuses mélodies sont, en ce moment, sous presse (1); et son émule, son rival peut-être un jour, Châtelain, qui s'est formé , comme lui , à l'École des sourds-muets de Toulouse;

c Un bachelier qui a subi ses examens avec succès : E. Laurent de Blois; un mathématicien, un physicien de mérite , à qui l'on doit de curieuses découvertes, et dont l'Académie des sciences a mentionné les précieux travaux : Paul de Vigan;

« Plusieurs peintres dont les tableaux Cgurent aux expositions et au Musée de Versailles : M^i® Fanny Robert , la gracieuse élève de Giro- Mot , dont le pinceau a tant de délicatesse et d'abandon; Peyson, l'Apelle méridional, qui a retracé les derniers moments de l'abbé de VÉpée ; Loustau , à qui le gouvernement commande des sujets religieux ; de Widerkehr, qui

(0 Les poésies de Pélissier ont paru depuis et ont obtenu un succès complet.

excelle dans les marines; Gonïn, surnommé, à juste titre, le Dubufé dé la daguerrëotypie (1), qui a inventé, de concert avec un autre sourdmuet , Richardin , frère du professeur , une machine à polir les plaques daguerriennes ; Armand Godard, Lerassor, Duneuf , Timéricain du Nord John Carlin ; le Péruvien Varela ; Texéellent Octave Bézu, qui s^est fait un nom dans le pastel, et qui, de simple ouvrier, est devenu, à force de labeur et de persévérance, un artiste de mérite ;

« Des lithographes : Bézu encore, Widerkehr, Ed. Robert, le frère de cette personne si habile dans la peinture , dont je viens de vous parler ;

Un statuaire de talent : Cary ;

c Des graveurs : Boclet> attaché au dépôt de la guerre ; Gamble et M^^* Alavoine ;

« Des mécaniciens , à la tête desquels Maloisel (2) , Leclerc (3) , Haacke réclament une place ;

(4) Gouin a obtenu, depuis, une mention honorable à TExposition universelle de Londres.

' (9) Maloisel, chef de Tatelier des tourneurs à l'Institution nationale des Sourds-Muets de Paris, est inventeur d'une machine qui, se substituant à la main du sculpteur, produit, comme par enchantement, des bustes, des statuettes, en quelque matière que ce soit, en marbre, par exemple, en ivoire, en fer, d'après un modèle qu'on a sous les yeux, sans qu'il soit besoin de recourir à aucun des instruments usités, jusqu'à ce jour, pour les travaux de cette nature.

(3) Leclerc a réussi, après des essais réitérés, à imprimer un

« Des horlogers distingués : Barbât et Âlavoine , le frère de la sourde-muette qui excelle dans la gravure ;

« Des imprimeurs : Boulard^ Doumic^ Bomiguières; d'autres encore qui ont fait leurs preuves à Tlmprimerie nationalci chez Didot et ailleurs;

« Tout un peuple d'ouvriers laborieux et patients qui se font remarquer dans tous les arts manuels, et dont les noms seuls dépasseraient, de beaucoup, les bornes de cette allocution rapide ;

« Des marins même : Fun d'eux , nègre robuste, au service des États-Unis (dont le nom m'échappe), estimé de ses chefs, aimé de ses camarades, vint, il y a quelques années, visiter ses frères blancs de l'école de Paris, et s'entretenir avec eux dans cette langue si pleine d'images que leur a donnée, à tous, la nature compatissante ;

« Des militaires enfin : Tun d'eux, Lamazure, garde national, a fait bravement la guerre de la Vendée ; un autre , Deydier, a longtemps servi dans Tartillerie, et s'est vu, avec douleur;, mis à la retraite après de brillants exploits, dans la

mouvement presque sans fin à une machine quelconque» de quelque force qu'elle soit, sans recourir à la vapeur. Il n'attend plus que l'examen d'un jury spécial pour enrichir l'humanité de sa précieuse découverte.

JlliO L'ABBÉ DE L'Ét>ËË.

force de Tàge, parce qu'il était sourd-muet; un troisième , le comte de Solar , noble fils d*une noble maison, jeté sur la voie publique par ses nobles parents, recueilli, adopté par l'abbé de TEpée, ballotté par les tribunaux, joué sur la scène française, devint dragon dans les armées de la République, et tomba sous les coups d'une nuée d'Autrichiens, parce que, seul, il n'avait pas entendu le signal de la

retraite.

«Vous le voyez bien ! aucune gloire ne manque à ceux qui nous entourent. A la gloire donc des sourds-muets, à leur bonheur, à leur avenir 1

« Après avoir gravé sur la colonne immortelle de cette gloire silencieuse des noms de professeurs et d'hommes de lettres , de bacheliers et de poètes, de mathématiciens, de chimistes , de peintres , de lithographes , de statuaire, de graveurs, de mécaniciens, d'imprimeurs, d'ouvriers en tout genre, de marins même et de soldats intrépides, qu'il me soit permis d'y inscrire un nouveau nom !

€ Dernièrement, un petit sourd-muet de douze ans se présente à notre école , où il est admis par le Gouvernement. Une somme de cinquante francs lui a été donnée par le Ministre de l'intérieur, autant par le ministre de la marine, et à sa boutonnière brille une mé-

L'ÂBBÉ OE L'ÊpÉE. S4I

^ltç.,(J[,)^ prix de .^pn CQurage et..4ei soa 4ç:

« Lesi\çpui;i]|$-mYipjts sp/atj^ljers df^ compter dans l^iir^ r^Oga^c.e nwy^fi .c^fl^^ipdfl,d^fiPTe. Us ie,vxo^i^r,e?\ï,aY^ç OJçg^ejl.|e^,fW>o»lt^. vi^c ^Wiheftrs<^ii.biS|toirç. j ,, .;, ,., >, , . ,, ,; . „

• Cét^^t.jle 4Aj|uw,dpïmi€ir^,«ur 1» p^^ 4i^ Havre : quatrei,eD^n^;Qnt aperçu sur le sal>le une chaloupe abandonnée ; ils s'en emparent^ y montent, rame.^t.e^t s'y bsJancent , ignorant, pauvres petits , le danger qu'ils courent ; mais Tun d'eux est entraîné par son aviron trop pesant, il tombe dans l'eau, il s'y débat ; ses camarades poussent des cris déchirants, tous les spectateurs frémissent, l'enfant va périr.*..

« Heureusement les deux frères Hurtrelk

(I) La médaille porte celte inscription :

MINISTÈBB DB LA MABINE.

A Hurinlle (Léafold^HippolyiêJ ^ âgé de 12 an$^ êourd-fnuei. Courage et dévouement pour sauver de» enfants •

en danger de se noyer. . ^

Elle est accompagnée da' certificat suivant, délivré à Tenfant sourd-muet :

« Le oonmissaire général , chef du service do ta marine , commandeur de la Légioa-dHonneur, certifie que le ministr» de la marine et des colonies a décerné une médaille d'iKmneur en argent au nommé Hurtrelle (Léopold-Hippolyte), enfant de douze ans, sourd- muet, pour le courage et le dévouement dont il a fait preuve, en sauvant dee personnes en danger de périr dans les flots.

« Enr^istré au secrétariat, au Havre. »

Ht L'ABBÉ D£ L'ÉPÉE.

(Alexandre etLéopold-Hippolyte), âgés, le premier, de quatorze ans, le second, qui est sourdmuet, de douze, se trouvaient aussi sur la plage. L*un a entendu, lautre a vu ; ils démarrent la petite barque des bains, ils s'y précipitent , ils font force de rames, ils sont bientôt près de Tenfant qui disparait. Le sourd-muet se jette dans Teau, il nage, il atteint l'enfant; mais comment réussir à le faire entrer avec lui dans Tembarcation? Ses forces et celles de son frère s'y refusent. Tout à coup, uneidée s'offre à Tesprit du petit sourd-muet ; il saisit le jeune imprudent par la tête, la soutient hors de l'eau, fait signe à son frère de ramer, et tous trois arrivent sur la grève, aux acclamations de la ville entière, témoin de cet acte d'héroïsme-

« Léopold, entré dans notre école, se montre, au milieu de ses frères sourds-muets, aussi modeste qu'il a été courageux au moment du danger; il ne comprend rien aux félicitations qu'on lui adresse, il ne comprend pas qu'il ait fait autre chose que son devoir.

« Ses camarades avaient décidé qu'il assisterait à ce banquet; mais, pour y être admis, il faut payer sept francs, somme énorme pour notre héros, qui ne possède que trois sous.

Qu'importe! Ses camarades se cotiseront, ils feront, entre eux, une quête ; celui-ci donnera un sou, celui là, deux sous^ cet autre, plus fa-

L'ABBÉ DE L'ÉPÉE. î43

vorisé (le la fortune^ trois sous au plus; et tous ces modestes sous, qu'ils destinaient à leurs plaisirs, étant réunis, formeront les sept francs exigés. Ils en feront hommage à leur nouveau condisciple, que, grâce h ces offrandes fraternelles, nous sommes heureux de voir aujourd'hui au milieu de nous.

« Eh bien ! Messieurs , qu'en pensez-vous î N'avaîs-je pas raison de vous dire qu'un nouveau nom restait à graver sur la colonne de votre gloire?

« Un toast donc encore à l'élève Hnrtrelle ! un toast à la gloire d<^ sourds-muets! »

11 est superflu, sans doute, de dire que M. de Monglave,en descendant dei la tribune, s'est vu entour^^ aussitôt^ de flots de sourds-muets, qui lui serraient la main avec effusion. La reçoanaissanced'Hurlrelle^ surtout, nesauraitse décrire.

Pour clore cet hymne à la louange de la quasi-divinité, objet de nos hommages^ on ne trouvera pas peut-être déplacé ici le toast qu'en pareille circonstance je portai à M. Bouilly, et la réponse dont il fut Tobjet de la part de ce respectable doyen de nos auteurs dramatiques. Voici l'un et Tautre :

Mon toast:

« A la santé de M« Bouilly, qui, sur la scène

fraiH,iiise, a faîl revivre Tabbé de TÉpée ec son cher Théodore^ connu sous le nom de comte de Solar^ au milieu d'un attendrissement général, môle de la plus vive admiration ! Son nom restera gravé dans nos cœurs comme celui d*un ardent défenseur de la cause de rhumanité, 'd*uu éloquent interprète des sourds-muets. »

Réponse de M. Bouilly :

• Messieurs, je n'ai pas moins éprouvé que vous rintluence bienfaisante de l'homme ce* lèbre dont vous honorez si dignement la mémoire. J*obtinSt sous l'auréole de son nom, mon plus beau laurier dramatique : Tonvrage que m^inspira un des plus beaux traits de l'humanité et du génie français, excita l'intérêt public, non-seulement sur tous les théâtres de France, mais sur ceux des grandes cités de TEurope entière.

• Il ne faut que jeter un regard sur cette ilgure, où l'empreinte de la bonté semble voiler le feu sacré du génie, pour étie convaincu que Tabbé de l'Epée ne fut inspiré dans ses travaux , ni par une vaine ambition de fortune, ni même par Tinsatiable désir de la célébrité. Il obéissait ingénument à la piété la plus pure et à Tamour de ses semblables. Aussi^ jamais on ne le vit briguer les faveurs ni la protection des puissants du jour. Il employa un capital de

15,000 Hv. de rente, c'est-à-dire plus de 100,000 écus , à soutenir l'admirable institution dont il était le fondateur. Il s'imposait même, à cet effet, les plus dures privations. On le vît, pendant un hiver rigoureux , quoique atteint ^es infirmités de la vieillesse, se refuser du bois pour son modeste foyer ; et, lorsque ses élèves, instruits de cette touchante économie , le forçaient à se garantir dè& rigueurs "^de la saison, afin qu'il se conservât pour eux, il disait, de ce ton [>atemel et pénétrant qui le caractérisait : Fous Vacez voulu , mes enfants , je vous ai fait tort de 800 livres.

« En 1780, Tambassadeur de Russie vint lui offrir un présent considérable de la part de rimpératrice Calherine ; ille refusa en disant : Veuillez dire à Sa Majesté que tout ce que j'ose attendre d'elle^ c'est de m' envoyer un sourd-mùet de naissance.

« Paroles admirables I noble fierté d'un philanthrope français, qui aimait mieux dissiper son patrimoine que de recevoir d'une main étrangère ce qu'aurait dû lui offrir celle qui

portait le sceptre de la France ! Mais alors,

comme aujourd'hui, le choc des partis défigurait tout et méconnaissait jusqu'à la vertu même.

«*OhI s'il est vrai qu'une émanation secrète. Invisible, s'échappant de la tombe d'un faomine de bien, lui apporte la récompense de ce qu'il

a fait 6ur la terre, quelle gloire, quelle jouissance doit éprouver Tombre de Tabbé de FEpée en voyant son buste chéri, couronné de fleurs, entouré de ceux qu*il vengea d'un oubli de la nature, en comptant, parmi eux, des littérateurs profonds , des peintres célèbres , des mécaniciens renommés , des imprimeurs habiles , des hommes enûn honorables, placés dans tous les rangs de Tordre social !....

« On vante, et avec justice, les hauts faits d'un héros, les grandes découvertes d'un savant, rimmuable intégrité d*un magistrat, les im-

morlelles productions d'un artiste Hais

quels droils n'a pas, comme eux, à la vénération et à la reconnaissance nationales le philanthrope simple etn)odeste, s'occupant, sans relâche, à recréer des âmes, à les doter de toute l'intelligence qui leur est nécessaire pour sentir la dignité de leur être et connaître tous les bienfaits du Créateur l

« Enlacez-vous donc, heureux sourds-muets, devenus citoyens, hommes distingués dans tous les genres; enlacez- vous autour de Timage révérée de votre bienfaiteur ! Que la vive expression de vos regards et de vos gestes parlants lui prouve combien 1 institution qu'il a créée devient féconde, et comme elle se propage dans les deux hémisphères, grâce au développement que lui donnent^ chaque jour, ses dignes succès-

L'ABBÉ DE L'ÉPÉE. Wî

seurs! Jurez-vous, de nouveau, de vous porter estime, amitié, secours mutuel, consolation dans les peines, part active dans- les succès , en un mot, cette inaltérable fraternité d'êtres régénérés , ne formant plus qu'une même famille I

« Alors le vieux littérateur, qui osa retracer un des plus beaux traits de votre second père, se confondant parmi vous , ajoutera ces. mots que daignera vous faire comprendre^M. Berthier, votre cher instituteur :

« Homme à jamais*>célèbre ! génie' modeste, mais immortel ! je te dus, à la fleur de l'âge, ma plus belle couronne ; elle ne s*estpas fanée sur ma tête septuagénaire ; et je te dois, en ce moment encore, un des plus beaux jours de ma vie. t

Résamë des travaux de la commissioa créée pour nnaa^vration d'une statuederabbéderÉpéeaarane des places pabHqaea de Versailles, sa ville natale. — Communication officieuse du maire du cbeMieu de Seine-et-Oise.— Honorable initiative d'an citoyen, M. le docteur Bataille. — Sa lettre à un joomal du département —Nobles sentiments. — Modèle de la statue de notre illustre instituteur par M. Michaol, le célèbre graveur de» monnaies. — Offires désintéressées. — > Prerâier noyau de la commission de Versailles.

Occupons-nous, maintenant, des travaux de la commission de Versailles, qui réclament une place ici à des titres non moins respectables. Et, avant tout , qu'il me soit permis de proclamer ma vive reconnaissance pour la rare obligeance avec laquelle M. Remilly , alors maire du chef-lieu de Seine-et-Oise, a daigné , sur ma demande, m'accorder Tautorisation d'en prendre communication, tant aux archives de la Mairie, qu'à la bibliothèque de la ville.

Ma lettre, du 6 juin 1838, demandant une

L AEBÉ DE LÉPÉE. 349

éclatante réparation pour les dépouilles mor* telles de Tabbé de FÊpée, avait trouvé un écho sympathique dans Tâme d'un digne compatriote de notre illustre instituteur, M. le docteur Bataille, qui s'empressa d'adresser un appel énergique au public, dans la lettre suivante, que la Presse de Seme-euOise inséra dans son numéro du 25 juillet de la même année :

PROJET 0*lJN BiONUMKNT A L'ÂBBÉ DE 1/ÉPÉE.

« Monsieur le rédacteur,

« De tous côtés, la France s'efforce à rendre, en honneurs reconnaissants, à la mémoire des grands hommes qu'elle a produits^ ce qu'elle a reçu d'eux en illustration ou en bienfaits.

« Ce noble échange entre' Ja patrie et ses plus glorieux enfants est un des beaux essors de notre époque, et n'en sera pas le trait le moins caractéristique. Ce sera , dans Thistoire morale de notre siècle, un bel épisode que celui qui montrera une nation, surchargée d'affairçs pendant quarante années , mettre à profit ces temps de paix, si chèrement achetés, oes temps de douce culture des sciences, des lettres, des arts , et de tout ce qui est intelligence ou vertu, pour régler ses comptes avec le passé et solder ses arriérés de reconnaissance , arriérés nom-

S50 L'ÀBfiÉ DE L'ÉPÉE.

breux, dont racquittement, tont en rehaussant rëclat de sa gloire et son légitime orgueil , toutnera, en définitive, au profit de la morale.

n Ce n'est pas asset d*étre riche , on n'est pas' ^Aché de montrer «ses richesses. * Aussi voyez avec quel patriotique entraîneoient chaque province* chaque département, chaque ville , chaque individu même , suit ce mouvemant dont je parlais tout à Theure, et répond à rappel fait au denier de tous pour exposer à Tadmiration publique les traits de nos hommes illustres. Voyez Molière , Racine , Faltaire^ Fay, etc. , à Paris ; Corneille, Boteldieu, à Rouen ; Malherbe, à Caen; Jeanne d'Arc, à Orléans; KJéber, à Strasbourg; Hoche, à Versailles*; Marceau, à Chaçtres> et tant d'autres statues élevées dans tant d autres localités, (la France oublîera-t-^Ue le noble, le preux et loyal Eugène Beauharnais, cette brillante exhumation des beaux caractères de la Grèce antique 7 ) ; enfin, et comme type de grandiose, ce colossal monument, colossal comme notre gloire, ces somptueuses galeries , objet d éternelle admiration des siècles à venir , grande banque de toutes les gloires de la France, qui ne connaît pas de prescription , et où se paient au porteur les créances, partout ailleurs insolvables.

« C'est, sans doute, par cet entraînement pour

L*ÂfiBÉ DE L ÉPÉË. 251

tout ce qui e^t éclat national, et plus encore, je le crois , par un sentiment priyé qui ne rhonore pas moins , que nous venons de voir un jeune professeur (1), dont l'âme, nest ni sourde au cri de la reconnaissance , ni nêueUek l'expression d'un chaleureux enthousiasme, provoquer, avec la simple éloquence d'un cœur tout plein des bienfaits de son maître, lerection à Paris d'un monument à l'abbé de TÉpée.

« Mais nous donc, IVlonsieur le rédacteur, nous, citoyens de cette ville qui a vu naître cet apôtre de la plus utile charité, laisseronsnous à d'autres le soin d'honorer seuls nos concitoyens? Et croirons-nous avoir assez fait pour sa mémoire en donnant son nom à unb des rues les moins connues des étrangers qui nous viennent visiter , et peut-être même inconaue d'une partie des habitants de la ville? Ne signalerons-nous par aucun monument public l'orgueil que nous épiouvons de compter l'abbé de l'Épée au nombre des enfants de Versailles?

« Hoche fut, sans doute, une de nos gloires les plus pures; car, s il fut guerrier^ il né le fut que pour être pacificateur; il fut brave, mais humain; fort, mais généreux, même au milieu de ces tragiques et sanglantes hécatom-

(I) M. Ferdinand Berlhier, sourd-muet, professeur à Tlnsiitut royal des sourdsr-moets de Paris.

t5i VABBÈ DE L'tPÉE.

1)08 dv. nos guerres cifiles. Mais Tabbé de TÊ* péo... h quel titre refuserait-on à rhomine de modeste patience et de généreux déTouemeiit, à l'homme de bienfaiâint génie el de tendre philanthropie, les honneurs accordés, aTectant dVHan,à Thomme de guerre et de pacification?

« Quant à moi, je pense que ces deux gloires sont trop également vraies, trop également bolles, pour qu*une yille qui a le rare bonheur do les compter ensemble pour siennes, au milieu de quelques autres célébrités ^ puisse n*cn honorer qu^une, sans se rendre coupable <run déni de Justice envers lautre.

« J*émets donc le vœu et formule ici la propimilion qu*il soit élevé une statue à labbé de rripc(3 sur un des points les plus apparents de VorHiiilkiH.

« l/oniplaccment qui réunirait les conditions loH plus favorables à cet objet, me parait être r(?8pa(*o comptais entre la rue Pétigny et la rue Nouve. lia, nul, pour ainsi dire, ne pourrait aller visiter nos royales galeries , notre sompluiHix jardJUj Trianon le favori , venir de Saint- (jcrniain, ou s'y rendre, sans payer son tribut <radn)ii\'ition au père des sourds-muets; et, pour fairo do co monument d'illustration pour la villo un objet d'utilité publique, il serait aisé <ry établir la fontaine qui occupe actuellement bî coin du l)oulovard de la Reine.

L'ABBÉ DE LÉPÉE. 253

« Je ne me dissimule pas que lès dépenses d'exécution sont considérables ; que, de plus, il faut faire Tacquisition du bâtiment et du terrain qu'il occupe. Mais ne peut-on fçnder aucun espoir d'allégement sur la caisse municipale, lorsqu'il s*agira d'un appel à faire, par voie de souscription , au patriotisme des habitants , et qu'on invoquera encojç^ du gouvernement un acte de générosité, semblable à celui dont il nous a giatiGés pour la statue de lîoche ?

« Quel sera. Monsieur le rédacteur, le sort de ma proposition? Je Tignore. Mais ,quel qu'il puisse être , je ne me hasarde pas moins h la confier à votre journal, si utilement consacré à la prospérité de la ville, comme à tout ce qui touche à son éclat.

« Agréez, etc. »

Au commencement de 1839, M. Michaut, le célèbre graveur des monnaies, présenta à un grand nombre dhabitànts de Versailles une statuette dé Tabbé dé l^pée, et proposa d'en exécuter le modèle en grand , sans autre condition que le remboursement de ses frais. Les offres désintéressées de lar^ tiste, premier souscripteur, furent accueillies comme elles devaient l'être, et il eut la satisfaction de voir tous ceux de ses

concitoyens auxquels il s*adressait, promettre de s'associer à lui, a6n de couvrir les dépenses du monument.

Dàhsune séance préparatoire se réunirent, en conséquence, le jeudi 24 janvier 1839, dans rétude de M. Besnard, notaire à Versailles, MM. le lieutenant général Wathiez, le vicomte de Beaucôurs, Tabbé Caron, Lebrun, le docteur BatÉUe , Ferrand , Gauguin , Fassman et Besnard , tous faisant partie des souscripteurs au monument à élever, dans sa ville natale, à la mémoire de l'abbé de TËpée.

M. Michaut était présent.

Cette réunion, à laquelle avaient été appelées les personnes ayant apporté, jusqu'alors, leur adhésion au projet, avait pour objet de nommer une commission à laquelle serait conGé le soin de donner Timpulsion à la souscription et de ramener à un prompt résultat. M. Tabbé Caron fut désigné par les souscripteurs présents pour présider rassemblée^ M. Besnard accepta les fonctions de secrétaire provisoire. Le bureau ainsi constitué, il fut procédé à la nomination dont il s'agissait Cette nomination eut lieu par acclamation , et les membres proclamés furent MM. le marquis de Sémonville, le baron de Fresquienne, Tabbé Caron, le lieutenant général vicomte Wathiez , Lebrun , de Sainte- Ja-

mes, Bernard de Mauchamps, Gauguin, Boisselier et Besnard.

Toutes les personnes qui assistaient à la réunion déclarèrent qu'elles n'entendaient pas , en nommant une commission de dix membres^ limiler à ce nombre celle qui devait représenter tous les souscripteurs, laissant, au contraire, à la commission permanente élue, la faculté de s'adjoindre les membres qui lui paraîtraient utiles aux intérêts de la souscription.

xni

Membres présents à la première réunion. — Formation du bureau définitif. — Gomment on pourra activer les souscriptions. — Voies et moyens. — Plusieurs projets. — Divers modes de publicité. — Le maire de la ville accepte le^ fonctions de membre de la commission. — La statue sera en bronze et de taille héroïque. — Divers emplacements proposés. — Deux seuls paraissent convenables. — Autorisation à demander au conseil municipal. — Comité de trois membres, chargé, sous le titre de jury de surveillanee, de suivre Texécution des travaux. — Publication de la liste des souscripteurs tous les deux mois.

La première séance de la commission eut lieu le 25 janvier, dans le cabinet de M. Besnard. Les membres présents étaient :

HM. Bernard de Mauchamfs, vice-président du tribunal; Besnard^ notaire; De Fresquienne (le baron) , membre du

conseil municipal; Gauguin > receveur principal;

MM, Lebuun, dirocteui' de TÉcole normale primaire ; De Sainte-James, avocat; Wàthiez (le vicomte), lieutenant général.

On procéda ensuite, par acclamation , au choix des membres du bureau de la commissi(Mi, En voici le résultat : Président, M. le marquis de Sémon ville , pair de France; vice-président, M- le baron de Fresquienne; secrétaire, M. Besnard; trésorier, M. Gauguin*

La commission, sur là [>roposition de son président provisoire, décida qu'il y avait lieu, pour elle, d'user de la faculté qui lui était accordée par les souscrîpteurs^d'appeler, dans son sein, les personnes qui, par leurs lumières, leur position ou leur dévouement, lui paraîtraient devoir lui apporter un utile concours. En conséquence, en furent élus membres , par acclamation, MM. Kemilly, maire de Versailles ; Taphinon, conseiller de préfecuire; Uouchain, architecte du département.

La discussion roula, dès lors, sur le meilleur mode à adopter pour activer les souscriptions. Plusieurs projets et moyensfurent exposés; mais la commission remit sa décision à une prochaine séance. Elle se borna, pour le moment, à arrêter qu'elles seraient ouvertes chez M. Gauguin, son trésorier, et' chez MM. les notaires de la

rsê L'ABBÉ DE L'ÉPÉE.

ville. Quant au mode de publicité , il fut statué (|ue Ton adresserait des notices sur le projet d'érection aux principales feuilles de la capitale et aux deux journaux qui se publiaient à Versailles ; que des affiches seraient, en outre, placées dans tous les lieux apparents de la ville; que des lettres seraient enfin écrites aux principaux chefs de famille de la localité. Pour donner encore plus de publicité au projet et à la souscription, il fut convenu qu'une lettre serait adressée à M. le préfet de Seine-et-Oise, pour l'inviter à consentir à une insertion dans le Mémorial administratif du département

11 fut décidé que l'en-têle des lettres serait ainsi conçue : Commission pour l'érection de la statue de l'abbé de l'Épée, et que les affiches et notices pour les journaux seraient intitulées : Commission pour le monument à élever à Tabbé de VÉpée^ dans Ferrailles , sa ville natale.

Dans la seconde séance, qui eut lieu le 30 janvier, chez le vice-président, M. de Fresquienne, il fut donné lecture d'un projet de proposition destiné aux affiches et aux lettres à adresser aux souscripteurs. Ce prospectus fut adopté après discussion, il portait que, dans les trois mois qui suivraient l'érection de la statue, il serait publié un compte-rendu de la souscription et de son emploi .

UÂBfiË DE L ËPËË. S59

M. le vice-président parla de la visite qu*il avait faite à M. le maire de Versailles, pour lui annoncer la résolution de la commission de rappeler dans son sein. Enfin, le mode de souscription dans les départements fut l'objet d^une discussion générale.

Le 6 février, M. le maire acceptait avec empressement rhonneur qui lui était ofTert de faire partie de la commission.

A Fouverture de la troisième séance, qui «ut lieu le 16 février, il fut donné communication de cinq lettres de notaires de Paris, acceptant le dépôt , dans leurs études , de registres destinés à recevoir les souscriptions.

M. le président ouvrit la discussion sur la matière à employer de préférence par Tartiste dans la confection de la statue. La commission décida: 4*" qu'elle serait en bronze ; 2* qu'elle serait de taille héroïque, c'est-à-dire de huit pieds au moins.

Il fut décidé que M« Michaut serait prié de soumettre à la commission un devis approximatif des dépenses qui devraient lui être remboursées; puis, M. le président mit aux voix remplacement. Douze points de la ville étaient proposés : 1^ Taxe de la rne des Réservoirs et de la rue de la Paroisse, 2« l'iuLe des bouleyards

de la Reine et du Roi , S^ 1 axe du bohlevard de la Reine et de la rue Duplessis, 4^ la demi-lune qui devait exister prochainement sur le boulevard de la Reine à la prolongation de la rue de Fabbé de TÈpée , 6* le marché Notre- Dame, 6*" le carrefour de Montreuil, 7* le carrefour Charost, 8® la place des Tribunaux, 9* lancien hémicyle de Tavenue de la Mairie, 10* la rampe qui prolonge Ta venue de Sceaux, 11<> la place Saint-Louis, IS® le Marché-Neuf.

Deux seuls de ces emplacements réunirent les suffrages de la commission : la place Saint^ Louis et la place des Tribunaux. II fut arrêté qu'un extrait du procès- verbal (relativement à ce qui concernait remplacement désigné^ serait soumis à M. le maire, afin d'obtenir lautorisation du conseil municipal.

Il fut nommé un comité de trois membres, destiné uniquement à suivre TexécutioB de la staïue , sous le titre de jury de sur-veillance, et on l'autorisa à s'adjoindre telles personnes qu'il jugerait capables de l'aider à éclairer la commission, et qu'il serait libre de choisir, soit dans le sein de la commission, soit en dehors.

~ Puis on s'occupa de divers projets relatifs à la souscription et au mode de publicité, et Ton procéda à l'examen des ressources pécuniaires

L'ÂBBE DE L'ËPÉE. S6I

dont on pourrait disposer pour les dépenses d'impression et d'envoi.

Dans le but de stimuler Télan du public , il fut arrêté que Tavis suivant serait inséré à la fin du prospectus :

t La commission publiera successivement, de deux mois en deux mois, la liste des sous-* cripteurs. »

nui

Horl du prt^sidenl de la commissiDD, H. le marquis de Sémonville. — H. le baron de FreaquJeane élu à sa pUce. — Demande d'aulorisatioD au Hiuiilre de l'iDSlrucliOD publique pour élever la statue SDr l'axe de la grille de clûlure du jardiu de l'École nonnale. — Réponse favorable. — H. Hichaut s'engage à ce que les frais de la statue ne di^passeni pas dii mille francs, et demande à en eommeneer le modèle en argile plasiiqae. — H. l'arehitecle Petit iDvitë a dresser un devis estimatif des dépenses du piiidcstal et des grilles. — àulorisatioD du conseil municipal, émetlant toute- ' fois le vœu qu'on choisisse un emplacement plus convenable. — Projet d'une médaille en bronze, destinée à cbaque souscripteur.

La qualrième séance eat lieu le 3 août, à l'Ecole normale primaire , dans le salon de H. Lebrun, l'un des membres de la commission. -En l'absence du vice-président, M. l'abbé GaFon annonça^ avec douleur, à ses collègues que la commission venait de perdre M. le marquis de Sémonville, qui en avait accepté la présidence, tl fut immédiatement procédé à l'élection, au scrutin secret, d'un nouveau président

L'ABBÉ D£ L'ÉPËË. 263

et d'un nouveau vice-président. M. le baron de Fresquienne et M. Tabbé Caron furent promus à ces fonctions.

On soumit à rassemblée un projet, de lettre à adresser au Ministre de Tinstruction publique, ayant pour but d^en obtenir l'érection de la statue sur Taxe de la grille de clôture du jardin de TEcole normale, au milieu d'un espace dont elle se dégagerait^ et qui formerait un hémicycle de 5 mètres sur le terrain du jardin pratique de cette école.

Un plan, dressé par M. Petit, architecte delà ville, fut déposé sur le bureau^ afm de mettre la commission de surveillance à même d'apprécier rétendue du terrain demandée au Ministre.

Lecture fut donnée d'une lettre de M. Michaut, qui, sur Tinvitation qui lui en avait été adressée, s'engageait à ce que les frais de la statue ne dépassassent pas la somme de dix. mille francs, et qui demandait, en même temps, à être autorisé à en commencer le modèle en argile plastique , aux conditions par lui proposées. 11 fut fait droit tout de suite à cette demande, et Ton décida, déplus, que larchitecte Petit dresserait un devis estimatif des dépenses qu'occasionneraient le piédestal du monument et les grilles qui Tentoureraiént.

Ces travaux devaient consister en maçonne-

f «4 L'ABBÉ DE VÈtÈE.

riis ftiiirlin*i*ks nerrureric» peintare, ^»|,«.«^,

lin niiM.Miiiiiorio, pour établir rhémicrcle^loDili<r In |iii*il«mtal , en former le noyao en pierre iIm liiilhs (^Inver la plate-forme sur laqoelle il nri'iiil plart^ et l'entourer d*un stylobate ;

Mn iiiiuiinTio, pour revêtir le {Hédeslal de MiHrlirn liliiiir veiné ;

Mn Mrrriii*(»rte, pour entourer rhémicyde iriMin Ki'illn vu fer, reposant sur le stylobate, et iluwr iiiilrr ftrilhs dite d appui, reposant sur le ImmuI dn la |ilair-rornic ;

Mil pninliire, pour peindre la grille en couleur Im'oiuo ;

Mil rluirpentc , pour enfermer les travaux piHidaiil Unir durée et jusqu^à ce que la statue frtt érlnée ;

Mu terraHHis enfin, et en pavage , pour les foiiilIrN h pratiquer, afin d'établir les fondalioiiN du monument et d'en paver les approches^ TouM ceH travaux étaient estimés approximativement» d'après détails circonstanciés, à la Homme de onze mille six cent soixante francs ,, répartis comme suit :

Maçonnerie 3,500 fr.

Marbrerie 4,550

Serrurerie 3,000

Transport. . . . 11,050 fr.

Report, . . .11 ,030 fr.

Peinture 160

Charpente. ; . . . . 150 Terrasse et pavage.. . . 300

Total H,660 fr.

A la cinquième séance, le 9 décembre, M. le secrétaire donna lecture de Tautorisation accordée par M. Vîllemaîn, Ministre de Pinstruction publique , grand maître de TUniversîté.

Elle était ainsi conçue :

A M. le baron de Fresquienne , président de la commission pour l'érection de la statue de Vabbé de VÉpée, à Versailles.

A Paris, le 10 septembre 1839.

« Monsieur le baron, j'ai reçu les renseignements officiels qui m'étaient nécessaires pour prononcer définitivement sur la demande formée par la commission que vous présidez, à l'effet d'obtenir la concussion d'une petite portion du terrain affecté au jardin botanique #e rÊcole normale primaire de Versailles , dans le but d'agrandir la place où doit §'éléver la statue de l'abbé de FÈpée.

« D'après ces renseignements, j'ai décidé que la dite portion de terrain , ayant une surface de 39 m. 27 c, serait concédée à la société

266 UABBÊ D£ L'ÉPËE.

des souscripteurs pour le monument, aux con* ditîons suivantes : l^ que la grille, formant Tentourage de rhémicycle qui existera derrière la statue^soit suffisammentélevéepour garantir la clôture du jardin de T école ; ^ qu'une grille plus basse soit placée devant la statue, afin d'eippécher le public dVntrer dans Fintérieur de ITiémicycle; 5' enfin, qu'une porte de sortie soit réservée dans Tune et Tautre grille , afin de conserver à TEcole normale Tissue qu'elle a, en cet endroit, sur la rue Saint -Pierre.

Je vous prie^ Monsieur le baron, de faire part de ma décision à la commission que vous présidez.

« Recevez , Monsieur le baron, etc. »

il fut arrêté que M. le président adresserait, au nom de la commission, une lettre de remerciment à M. le Ministre de Tinstruction publique.

Puis, M. le secrétaire donna lecture de la décision prise par le conseil municipal de Versailles, dans sa séance du 14 novembre, et dont voici les conclusions :

< Le conseil, vu la demande qui lui a été adressée par les souscripteurs à la statue de Tabbé de TÉpée, et après avoir entendu le rapport de sa commission, décide :

« 1** Le conseil autorise 1 érection d'une statue

de Fabbe de PËpée sur une des places de la ville de Versailles ;

• 29 Ce monument sera élevé sur remplacement désigné par la commission des souscripteurs, ou sur le terrain situé sur Favenue de la Mairie, en face l'Hôtel de Ville, si, par suite, il est jugé plus convenable par le conseil , après avoir entendu la commission des souscripteurs;

• 3** Le conseil se réserve d'apprécier le mérite de la statue, avant son érection, d'après le mo^ dèle en plâtre qui devra être fait dans les mêmes proportions que celles que doit avoir cette statue, et de fixer la saillie que le monument aura sur la voie publique.

« L'ensemble des conclusions de la commission a été mis aux voix et adopté avec la modification suivante, qui vient d être exprimée pour le deuxième paragraphe :

« Le conseil est d'avis que la statue soit éri^ gée sur l'emplacement. proposé par la commission des souscripteurs, émettant le vœu que les résultats de la souscription permettent à la commission de proposer la place Saint- Louis , qui lui parait préférable sous tous les rapports, ou tout autre endroit, jugé convenable par le conseil, sur la proposition de la commission. >i

Cette lecture entendue, la commission dis-

cuta les coBclusions du conseil municipal. Elle vota des remerciments à M. le maire, pour Tautorisation (1) que ce magistrat s'était empressé de lui faire obtenir.

M. le président ouvrit la discussion sur la quotité des dépenses prévues.

L'avis de M. Lebrun fut qu'une médaille serait le moyen le plus propre à stimuler les souscriptions et à en augmenter le nombre et la quotité. Puis, il déposa sur le bureau le croquis de la médaille projetée.

M. le secrétaire donna lecture d'une lettre de M. Micbaut, s'engageant à faire gratuitement la médaille, qu'il regardait comme un accessoire du nionument.

On pensa qu'unie médaille , œuvre de M. Mi* chaut , dont la réputation , au point de vue de là gravure surtout, est européenne, exciterait les citoyens à souscrire , afin de se procurer une représentation Adèle du monument^ un souvenir de leur générosité , et de jouir ainsi individuellement de leur propre sacrifice pécuniaire.

La commission arrêta, en conséquence^ !• que le projet d'une médaille à distribuer aux souscripteurs était décidé en principe ;

(t) Voyez à la note R V extrait du registre des délibérations du conseil municipal de Versailles, — Séance du 14 novembre 1S39.

2o que cette médaille serait du dessin du croquis présenté et du module de trente lignes ; 3<^ qu'elle serait en bronze, mais délivrée néanmoins en métal plus précieux aux souscripteurs qui en feraient la demande, en en payant préalablement le prix. On arrêta, en outre, que le nom du souscripteur serait gravé sur sa lïiédaille , et que le bureau conviendrait avec M. Michaut des conditions de cette gravure supplémentaire.

Lacommission nomma, enfin, un comité chargé de rédiger et d'envoyer les prospectus^ de dresser les listes de souscripteurs et d'accélérer les travaux , concurremment avec le président et le secrétaire.

\niii

M. Aabernon , préfet de Seine-et-Oise , avant de donner soa

batioD complète au projet de monument qu'on prépare à Vàhké éê VÈpée, désire être mieux édifié sur diverses circonstances q«i s'f rattachent. — Réponses de la commission aux différentes qaesti(»s qui lui ont été soumises par M. le préfet— Première pensée d'aae entrevue de quelques membres du conseil municipal de Versailles avec quelques membres de la commission du monument, ajant pour but d'essayer de lever en commun ces obstacles. — I>âibération favorable du conseil municipal en réponse aux objections soulevées par M. le préfet. —Rédaction d*un prospectus à répandife pour activer les souscriptions.

M. le préfet de Seîne-et-Oise, dans une lettre du 1/t janvier 1840, adressée à M. le maire de Versailles, lui faisait observer que, comme il n'était pas complètement édifié sur l'affaire du monument à élever à Tabbé de TÊpée, il ne pensait pas pouvoir, dans Tétat actuel des choses, y donner son approbation. Il désirait, avant tout, être éclairé :

1^ Sur la forme et le mérite de la statue

L'ABBÉ DE L'ÉPÉE. tH

projetée, question qui ne pouvait être résolue que par la présentation d'un modèle en plâtre, de la grandeur même de la statue;

2o Sur remplacement, choisi par les souscripteurs , qui ne lui paraissait pas être agréé par le conseil municipal, opinion que partageait M. le préfet, l'hémicycle qui devait être pris sur le jardin de l'Ecole normale lui semblant trop restreint, et la place Saint-Louis offrant, à son avis , un emplacement plus convenable ;

80 Sur le montant de la dépense, sur la garantie que cette dépense serait intégralement couverte au moyen des souscriptions»

et sur les ressources que la ville de Versailles se proposait d'y aflfecter afin de compléter la somme exigée pour les frais, dans le cas où les souscriptions ne seraient pas suffi* santés ;

4" Enfin, sur le fait même de la concession du terrain, qui aurait dû êlre faîte à la ville, et non aux souscripteurs.

Le 17 janvier, M. le maire de Versailles écrivit à la commission des souscripteurs , en lui adressant copie de la lettre de M. le préfet de Seine-et-Oise.

En conséquence , dans la sixième séance du

tu L'ABBÉ DE L*ÉPËE.

27 janvier 1840, M. le président exposa h la oonimission que M. le préfet de Seine-el-Oise n*nvaii p;is i>aru complètement satisfait des explications fournies par la commission , ni de la déliWration du conseil municipal , et qn'il croyait nécessaire d'obtenir de nouveaux renseignements avant d'homologuer une délibération sur laquelle il regrettait de ne pas se trouver nanti de documents sufOsants. 11 était donc d'avis, d'après la lecture des délibération et décision ci-dessus mentionnées, de rassembler le comité de rédaction, à Teflet de préparer une réponse.

M. Lebrun développa son travail, qui fut entièrement approuvé dans son ensemble et dans ses détails, dans son esprit et dans sa forme. La commission décida, à l'unanimité, que ce mémoire serait adressé, en double exeiAplaire, à M. le maire de Versailles.

M. le secrétaire donna, ensuite, lecture du prospectus (1), avec les additions qui y avaient été faites par le comité de rédaction, et il fit connaître les listes qui avaient été dressées, de ravis de ce comité.

Le 6 février, la commission répondit aux quatre questions qui lui avaient été soumises

(4) Voyez le proêpedua à la note S.

par M. le préfet , et finit par proposer, dans le cas où ses réponses ne pai:aitraîent pas suffisantes et ne porteraient pas la conviction dans tous les esprits , un moyen qui rendrait plus prompte et plus facile la conclusion d'une affaire qui avait déjà souffert tant de retard. < Si le conseil municipal, observaitelle, voulait bien désigner quelques-uns de ses membres à l'effet de s'entendre avec* la commission des souscripteurs sur les points en désaccord , sans aucun doute de telles communications auraient bientôt levé tous les obstacles. »

Comme la conmiission du conseil njtunicipal qui devait présenjer incessamment un rapport au conseil sur les observations faites pai* M. le préfet de Seine-et-Oise relativement à Térection de la statue de Tabbé de TÉpée , désirait entendre encore les membres du comité des souscripteurs, M. le maire écrivit, le 11 février 1840, à M. de Fresquienne, pour le prier de vouloir bien inviter les membres du comité à se réunir à la commissicm, qui devait .être convoquée le 14, à la Mairie.

Dans la septième séance, qui eut lieu le 3 mai , il fut donné lecture d'un rapport étendu, contenant l'exposé de ce qui avait été fait depuis le 27 janvier. M. le seôrîétaire porta ensuite à

tu l*abb6 m vÉttE.

la connaissance de la commissioii le nombre (les prospectus délivrés, d'après les états qu'il avait tenus.

II. le trésorier exposa Tétat de la caisse ao 16* avril 1840. La commission déclara approuver cet aperçu de la situation.

M. le président communiqua la délibération suivante du conseil municipal, qui répondait aux différentes questions proposées par U. le préfet :

• Le conseil ,

« Yii les motifs exprimés dans le rapport qui précède , estime qu'il y a lieu de répondre à M. le préfet :

« i"" Que le conseil municipal a reçu de la commission des souscripteurs, par Torgane de M. le bak*on de Fresquienne, son président, la promesse écrite de la production préalable d*un modèle en plâtre , de grandeur d'exécution;

« â"" Que remplacement choisi sur la place des Tribunaux ne lui paraît pas heureux, et qu'une statue de deux mètres, douze centimètres, suivant la mesure annoncée , ne lui semble pouvoir convenir à aucun autre emplacemeqt de la ville;

• 3<> Que la ville de Versailles n'a pas eu d engagement pécuniaire à prendre , et qu'au-

L'ABBÉ DE L'ÉPÉB. 875

cun sacriûce n'a été réclamé d'elle pour cet objet ;

« 4® Que la concession du terrain de TEcole normale n'a pu être faite, ni aux souscripteurs, ni à la ville, et que T Université, qui en jouit, aurait seulement transféré la jouissance à la ville, dévalue propriétaire du monument.

« Les propositions de la commission sont successivement mises aux voix et adoptées »

nm

Lettre d'envoi du prospectus. — Premières listes de souscriptions. — Empressement des évéques et du clergé. — OflVande de 300 franc» de la part du roi Louis-Philippe. — Les membres de la commission invités à donner chacun aon avis sur le modèle de la statue. — Le statuaire Michaut promet d'en profiter. — Souscriptions de» sourds-muets, recueillies par le docteur Doumic. — Projet d'exposition du modèle de la statue dans la cour de l'Institution des sourds-muets de Paris. — Le préfet de Seine-et-Oise accepte les fonctions de président d'honneur de la commission. — MM. Mole, Lepelletier-d'Aunay, Bertin de Vaux et le duc de Luynes désignés pour en être membres d'honneur. — Le Ministre de la guerre regrette de ne pouvoir accorder le bronze qu'on lui demande pour La confection de la statue.

Une circulaire, «ignée du président baron de Fresquienne , et contre-signée du secrétaire E. -B.de Sainte-James, membres du conseil municipal, avait déjà été répandue. Elle était conçue en ces termes :

« La commission , en vous adressant ses prospectus, vous prip de vouloir bien considé-

rer que le monument qu'elle se propose d'ériger ne doit pas être confondu avec ceux dont Tobjet peut toucher seulement les vanités municipales. Ce n'est pas un hommage ordinaire à rendre à un guerrier, à un magistrat, à un savant , mais un témoignage national de reconnaissance* L*abbé de FÊpée est un homme de lumières et de charité, un apôtre de rinfoi"tune, le saint Vincent de Paule de notre époque. C'est ainsi que vous comprendrez sa position et que vous aimerez, non-seulement à vous associer à notre œuvre , mais encore à provoquer l'assistance des personnes qui sont placéessous votre direction, ou avec lesquelles vous vous trouvez en rapports fréquents.

« Nous espérons que vous voudrez bien nous faire obtenir quelques souscriptions , et nous vous prions de recevoir Tassurance de nos sentiments les plus distingués. >

Le présidmt. Baron DE FRESQUIENNE , Le secrétaire, E. B. DE SAINTE-JAMES ,

Membres du conseil municipal.

A peine la commission avait-elle commencé l'envoi de son prospectus, que déjà l'on répondait avec un honorable empressement à Tâppel qu'elle faisait aux gens de bien, aux admirateurs du génie, à toutes les personnes qui éprouvaient de la sympathie pour une idée patrio-

tique et morale. C'était ce que prouvait la première liste qu'elle publiait, et dont le total s'élevait à 2,060 fr. 75 c.

Le roi Louis^Philippe , informé de ce projet « fit remettre au trésorier une somme de 300 fr. pour accélérer la réalisation des fonds nécessaires, et témoigner^ en même temps, de sa sympathie pour ce monument vraiment na*^ tional.

A Touverture de la hutième séance , le 14 juin , M. le président exprima le désir de voir inviter chaquQ membre à formuler son opinion personnelle sur le modèle de la statue en plâtre qu*il avait été admis à visiter. On procéda immédiatement à Faudition de chactm d'eux, et il fut arrêté que Tenvoi des notes de la commis-* sion. serait fait immédiatement à M. Michaut> par les soins du secrétaire , et qu'il serait prié de formuler aussi promptement que possible une réponse à ses observations.

M. le président déposa sur le bureau une lettre de M. le docteur Doumic , frère d'un sourdmuet , proposant de faire souscrire les 30,000 infortunés de cette catégorie que peut contenir la France (1)^^ Des remerciments fièrent votés, à M. Doumic, pour le zèle éclairé

(i) Selon toutes les probabilités» oe nombre ne peut être évalué au-dessus de S4,000.

L ÂBBÉ D£ L'ÉPÉË. 270

qu'il apportait à l'érection du monument, et il fut décidé qu on lui transmettrait Texpressiôn des sentiments de sympathie dont la coVnmission était animée pour ses louables efforts.

Dans la neuvième séance, tenue le 3 juillet, il fut donné communication d'une lettre de M. Michaut, s*engageantà proflter des observations de la commission pour certains détails. Il proposait ensuitQde solliciter de M. le directeur de rinstitution %tionale des sourds-muets de Paris (1) lautorisation d'exposer le modèle de sa statue dans cet établisse^ment, afin que le public pût être admis à le contempler, et qu'il en résultat un nouveau stimulant pour la souscription.

M. le président porta à la connaissance de la commission une nouvelle lettre de M. le docteur Doumic, annonçant qu'il tenait à sa disposition une somme de 348 fr. SO't;., qui lui avait été versée par 83 sourds-muets. 11 annonçait, en outre, qu'il allait continuer k réunir de nouvelles souscriptions.

Le, secrétaire rendit compte de la visite que M. le baron de Frêsquienne Favait autorisé à faire à M. le directeur de Flnstitution des sourds-

(0 M. Ad. de Lanneaii, ancien maire dti XII* arroniifesement de Paris.

S80 L'ÂBBË DE L ÉPÉE.

muets, pour s'entendre avec lui sur la convenance du projet d'exposition de la statue dans cet établissement. Le directeur regrettait de n'y pouvoir consacrer la salle des séances de TËcole; mais il consentait volontiers à ce que Texposition eût lieu dans la cour de la maison, où de8 mesures pourraient être prises pour veiMer & la conservation de la statue en plein Itir; mais, ajoutait-iU il était nécessaire, avant tout, que la proposition qui lui était faite, fût approuvée par Tautorité supérieure. M; le Ministre de rintériénr. Le secrétaire avait, en conséquence, déclaré au directeur qu'il s'engageait à proposer à la commission de faire face à tous les frais que pourraient entraîner la pose de la statue et son enlèvement , ainsi que Tabri qu'il pourrait être utile de lui donner. Le directeur s'engagea^ desoncôté, à demander promptement l'autorisation ministérielle, et à faire part à la commission du résultat de sa démarche. 11 promit, en outre, de mettre f agent, chargé des dépenses de rétablissement, à la disposition die la commission pour recueillir les offrandes.

La commission décida^ en conséquence, que le modèle de la statue serait transporté, i^ dans la cour de l'hôtel de ville de Versailles, 2^ vers le mois d'octobre, dans celle de Tlristitution nationale des sourds-muets de Paris, ^au mois de février suivant, dans celle du Louvre, en

obtenant toutes les autorisations indispensables pour arriver à ces fins. - '

La commission s'occupa incontinent de la question de savoir s'il ne serait pas utile de lui agréger de nouveaux membres, afin de lui donner plus de puissance et de popularité.

Le titre de membres d'honneur serait offert à MM. le comte Mole et Lepelletier-d' Aunay, tom deux membres du conseil général du département, ainsi qu*à M. Bertin de Vaux, ancien député du département, pair de France, et à M. le duc de Luynes.

En juillet 1841, M. le préfet de Seine-et- Oise répondit à M. l'abbé Caron, vice-président de la commission, qu'il acceptait la présidence d'honneur qui lui était décernée par les membres de cette commission. Cette offre avait été motivée, non-seulement sur ce que ce fonctionnaire occupait si dignement le poste honorable auquel la confiance du gouvernement l'avait élevé, mais encore sur ce qu'il avait tenu à être le premier patron de celte ente^eprise, et sur ce que son nom^ inscrit par lui en tète de la liste de souscriptfon, attestait le désir qu'il éprouvait de voir une statue érigée à labbé de l'Épée dans sa ville natale.

Ce magistrat annonça 3 en même temps, à M. l'abié Caron qu'il s'était empressé de transmettre a M. le Ministre de la guerre la demande

281 L*AfiBË DE L'ÉPÉE.

que ce respectable ecclésiastique avait faite pour obtenir le bronze iiécessaire à la confection de la statue , ajoutant qu'il avait vivement insisté pour que les 1^600 kilog., qui paraissaient devoir sufQre> fussent accordés par le gouvernement.

Le président du conseil , Ministre secrétaire d^État de la guerre, maréchal, duc de Dalmatie» répondit à M, le préfet de Seine-et-Oise qu'une semblable demande lui avait déjà été adressée par M. le baron de Fresquienne, au nom de la commission» et qu'il lui .avait fait connaître les motifs qui le forçaient, à son grand r^ret, de refuser le bronze demandé. « En effet, il n* existe pas, dit lé Ministre, de vieux bronzes dont nous puissions disposer, si ce n*est pour la fabrication des bouches à feu et de différents autres objets qui sont confectionnés dans les fonderies de TEiat pour le service de la guerre. Tout autre emploi pour un service étranger serait blâmable, et la cour des comptes ne manquerait pas de le signaler comme tel. »

La commission publia , dans le courant du mémîa mois, une seconde liste de souscriptions, qui en portait le montant à 4,66/i fr. Il était à remarquer que cette liste ne comprenait que bien peu de personnes qui nje fussent pas de Versailles, et, cependant, la commissioii espérait

beaucoup des souscriptions dont elle avait provoqué l'ouverture dans les départements et à rétrangen Elle était égalei!nent convaincue que tous les sourds-muets qui auraient connaissance du projet d'érection de ce monument, s'empresseraient de suivre l'exemple des quatrevingt-trois de leurs frères qui, à la vue du modèle en plâtre, avaient spontanément souscrit pour plusieurs centaines de francs. Parmi sespremiers souscripteurs, elle comptait déjà un grand nombre d'évêques et de niembresdu clergé. Ce bon exemple devait, suivant elle , porter ses fruits. Elle faisait donc un appel à tous les gens de bien , à tous les admirateurs du génie , à toutes les familles qui avaient profité des services rendus par l'abbé de TÉpée, non-seulen^t en France, mais chez toutes les nations, car il s'agissait moins d'élever un monument au génie , que d'acquitter une dette de reconnaissance.

inv

RxpuiUilon du modèle de la statue dans la cour de l'Iiistitiitioii dct aourdH-muota do Parin. ^Description. Éloge.— Visite du préfet de Helno-et-Olno, du maire do Versailles, d'un de ses adjointe, de dé- It^guiU du oonHoil municipal, de membres de la commission des aouicriptours. — Mes impressions en présence de la statue. — Rng&gemonl du fondeur. — Adoption de la statue par le conseil municipal, qui décide qu'elle sera placée à la croix des mes Royale et d'Anjou. — M. Michaut se soumet aux corrections indidlqué(«s.— L'arrhitocto do la ville mis à la disposition de l'œuvre. •^ Nouveaux moyens à employer pour activer les souscriptions.

liO modèle de la statue de Tabbé de TËpée , dt'Hlinée à la ville de Versailles, venait, enfln, d'être expose^ ainsi qu'on Tavait annoncé, dans la cour de Tlnstitution des sourds-muets de Paris, rue Saint-Jacques, tf 254. Ce modèle avait deux mètres et demi de proportion; il repri^senlait Fabbé de TÉpée à quarante ans environ, en costume de prêtre. Aujourd'hui que nous avons pu nous livrer à un examen sérieux de rœuvre de M. Michaut, c'est un devoir pour

L'ÂBBB D£ L'ÉP^. t85

nous de féliciter le statuaire. 11 a su résoudre heureusement un problème difficile, longtemps discuté, mais qu'il faudra bien admettre dé* sormais comme une vérité artistique , à savoir que r habit ecclésiastique peut devenir riche et gracieux sous le ciseau d'un habile sculpteur. Nous pensons qu'on nous saura gré de quelques détails sur cette composition remarquable.

Debout sur un piédestal, le vénérable instituteur des sourds- muets ^ dont le petit collet est relevé avec grâce , tient de la main gauche un crayon et une tablette, sur laquelle est écrit le mot Dieu , d abord en caractères symboliques , puis en caractères ordinaires. Sa main droite , élevée vers le ciel , indique que c'est là qu'il faut que Thumanité adresse ses témoignages de reconnaissance pour le nou-^ veau bienfait dont elle vient d'être dotée. Les doigts sont disposés de manière & former la première lettre du mot Dieu. ^ C'était dans cette position simple , naturelle , c'était avec cette physionomie pleine de bienveillance que rillustre abbé devait chercher à créer ces iur telligences enfantines, trop longtemps plongées dans les ténèbres du néant. — Vue de face, la statue est tout à fait à Tabri de la critique ; dé profil s elle est belle. L'œil est satisfait autant que le cœur. — La SQutane est de l'effet le plite

«86 L'ABBÉ DE UÉPËS.

vrai, le mieux senti. — Par derrière, les plis du manteau retombent naturellement et ssms contrainte.

Sur le socle sont indiqués trois bas-relieis ; celui de face représente le tombean de Fabbé de rËpée, auprès duquel la Charité, sous ses emblèmes > rend grâce à Dieu du nouyeaô moyen de soulagement offert à rhumanité* Ceux de droite et de gauche représentent les deux premiers élèves de ce maître dévoué.

Le travail de Tartiste est aussi beau que son désintéressement est honorable. Pour que son œuvre puisse être citée comme un des phis beaux ornements de la ville, qui déjà possède tant de richesses en ce genre , il attend im* patiemment le moment où le modèle sera descendu ,>afin de pouvoir travailler à donner plus de légèreté aux plis du manteau , qui retombent sur le bras gauche.— Il a droit, désormais, à nos félicitations autant qu'à notre reconnaissance.

Le samedi 21 août 1841, M. le préfet de Seine-et-Oise se rendit , à trois heures de l'après-midi, dans la cour de l'IniMitution des soùrdS'^-muets de Paris. M.* Remilly , maire de Versailles, et M. Delerot, l'un des adjoims, s*y trouvaient déjà; avec les membres du conseil municipal composant la commission d*examein du monument. Ils y ftirent reçus par une

L'ABBÉ DE L'ÉPÉE. t»7

députation de membres de la commission des souscripteurs.

La visite dura une demi-heure, p^idant laquelle ces Messieurs examinèrent attentivement la statue, et lémoignèrent; plusieurs fois> leur satisfaction du talent avec lequel M* Michaut avait traité son sujet et su imprimer à sa figure le caractère de bienveillance, de douceur et de fermeté tout à la fois, qui est devenu le cachet historique du vénérable abbé de TÉpée.

Le piédestal sur lequel était placée, en ce moment, la statue, était loin de représenter ^mctement celui sur lequel elle devait être élevée à Versailles; celui-ci était hexagone, tandis que le projet définitif annonçait un pjédestal carré , plus gros , plus haut , et faisant probablement ressortir la statue avec plus d'avatrtage.

Le 25 août, \e Journal de Seine-et-Oise publiait Farticle suivant , intitulé (i) : ImpressUms des saurds-muets en présence de la statue de ràbbé de VÉpée , dans la cour de VtnstUuîion des sourds-» muets de Paris :

f La statue de 1 abbé de l'Épée, dont le mo-^ dèle en plâtre est exposé dans la cour de Tlnstitution des sourds-muets de Paris, rue Saint- Jacques, n*" 354, doit être coulée ai bronze -^

(0 II m'avail été demandé par un membre de la commîssiofa chaîne de Térection da 'monimient.

orner une des places publiques de Versailles, r/esl Tœuvre de M. Michaut, le célèbre graveur des monnaies.* Ce tribut de reconnaissance nalionale était un devoir pour la ville qui a vu naître un des plus illustres bienfaiteurs de rhumanité. Grâces soient rendues  la commission chargée de ce soin pieux, à cette commission qui a eu la louable idée de faire placer provisoirement ce monument, simple et majestueux, sur le théâtre des miracles de noire père spirituel. Il me sentble inutile de décrire la profonde vénération , la vive reconnaissance qui , à son apparition soudaine , ont saisi les cœurs de tous ces enfanta, anciens et nouveaux élèves de notre Institution, et de peindre l'avidité religieuse avec laquelle ils dévoraient des yeux les traits si chéris de leur Messie. Les atnés^ je veux dire les plus anciens, racontaient en détail rhistoire de sa vie à leurs cadets^ et ceux-ci la répétaient aux plus jeunes de leurs condisciples. De toutes parts, dans FEcole, les crayons et les plumes étaient en mouvement. C'était à qui consacrerait quelques lignes , tracées d'inspiration, au sublime instituteur des sourdsmuets ; c'était à qui dessinerait ses traits^ mélange heureux de noblesse et de bonté. Déjà la lithographie les a reproduits par centaines dans l'atelier même de l'établissement.

a Tous les yeux sont fixés sur cette image

L ABBÉ D£ L*ÉPÉ£. t89

cbérie. Que de sensations elle excite ! Nos enfants s'extasient ; leur cœur s* enflamme au souvenir de ce courage inébranlable, de ce sublime dévouement qu'il lui a fallu pour lutter avec avantage contre tant de préjugés injustes et puissants. Nos frères , se disent*ils, étaient retranchés , il y a soixante ans à peine , de la communion du monde moral et physique. Us étaient repoussés impitoyablement, oudu moins dédaigneusement exclus du banquet de la vie»

et marqués, pour ainsi dire^ d'un signe visible du courroux céleste. On les fuyait comme des pes^ tiférés. Il n'y avait pas jusqu'aux tendres mères qui ne fissent violence à leur affection pou.r ne pas blesser les regards de la multitude par le spectacle de cette infirmité. La foule criait arrière à ces innocentes victimes de l'ignorance, de la barbarie, condamnées à ne jamais savourer la coupe des jouissances communes, et cela parce qu^il avait plu à Âristote de les reléguer bien au-dessous des animaux les plusstupides! Ohl combien tout cela est changé main^ tenant ! Tournons nos yeux sur nous-mêmes , regardons autour de nous, comparons'-notts à eux I N'avons-nous pas de puissants motifs de bénir la mémoire de notre saint apôtre?

u Du milieu de tous ces groupes de muets s'échappe soudain un. geste énergique. QvCeUe devienne 4a propriété de l'écple , cette statue

SSO L*AnË DE L*ÉPÉE.

dcmt l'exécution répond si bien à toutes les sensations de nos cœurs , à toutes les pensées des admirateurs du génie, cette statue dont le travail honore le talent d'un modeste artiste! Ce yœu trouve de Técho dans Tlnstitution enti^. Mais , mes amis , leur a-t-on dit , A quoi pensez-YOus donc? Ne voyez-vous pas que c'est une dette sacrée que Versailles a hâte d'acquitter envers le plus digne de ses enfants, env^-s Tabbé de TÉpée? I^a voyez^vous, cette ville dés rois de France, tendant scm casque et demandant Faumône pour qu'on érige, an plus vite, le monument qu'elle a voté à notre grand, instituteur? Elle ne repoussera pas Tobole des orphelins qu'il a laissés ici-bas. Leur place est, au premier rang , dans la fête qui se prépare. Patience donc, mes amis t Votre tour ne peut manquer de venir. L'Ecole doit posséder aussi une image de l'abbé de. l'Epée. Pour Versailles dmt être le grand homme, la statue monumentale! Pour vous/le bienfaiteur mo-.

deste, l'instituteur qui préside à vos jeux, à vos travaux , & vos espérances ! Vous l'aurez, vous dfs-je; patience, mes amis! car à Versailles, au noble berceau de notre père> doit appartenir l'exemple de tous les hommages.

« Qu'il me soit permis , après avoir traduit aussi fidèlement que possible les sentimeiits $i naïfe de mes jeunes frères , d'enregistrer ici

LABBË DE L'ÉPÉE. «94

une réponse touchante qu'il y a cinq jours, à la distribution dé nos prix, ^ne jeune sourdemuette, Aimée Du val, élève de M^ Barbier (1), a faite à cette question :

• Quel sentiment éprouvez-vous en voyant la statue de labbé de TÉpée dans l'Institution des sourds-muets î »

€ En voyant ici l'image de celui qui a tant fait pour nous, nous croyons voir un bon pèîre atti milieu de ses enfants. Avant que Pabbë de TËpée se fût occupé dé nous , combien notre sort était triste et malheureuii ! nous ne connaissions ni notre Dieu, ni nos detoirs. Aujourd'hui , ifous ne sommes plus séparés du reste de la société, et nous savons que, si nouaobéissons to]i)jours à la loi de Dieu, nous serons aussi heureux dans le" ciel que ceux qui ont toutes leurs facultés. Soyez mille fois béni, vous qui avez été^ pour nous^ comme un second père , vous à qui nous devons plus que la vie I Jamais iKHis ne contemplerons vos traits sans un vif sentiment d*amour et de reconnaissance; Nous saurons que vous êtes au ciel , o& vous joiiissèz du bien que vous avez fait à tïmt de malfaeu* reux ; que la plus douce récompense pour votre belle âme est de voir les sourds-inuets prati-

(«) Dame professeur k Hînstitotion natioiiale des sôufâ^ muets de Paris. * v-

m VkBKÈ DE

ipicM' loiilrn Im vertus* et qve iiiiniu voiiN prouver notre i'iMii|»liMiiiit touH nos devoirs. Si i^lloiiN hMiti^M i\v nous en vloiiili'itii nous retenir, et c' no ri^Mrrif» jamais d*étre le NiMinU-niiiolM. i

M. Huiiil^thMiis, danssa lettre da !• IN/i1 • au pn^idont do la commission dm iiiniil, N*niiKttK^*ait : l<> à faire transporter le iiMMli«lr ««Il plfttro dn la statue deFablié de TE- |m'««s «|iii NO Iroiivait dans la cour de rinstitnlloii d««N MourdN-iiiiiots, ruades Trois-Boraes. Il" Ih, allii do Vy mouler en deux parties sesloinonl ;

U" \ lo roiiloi* on bronze, qu'il garantissait roinpoNi^ do H4 livros cuivre pur de Russie et 10 livroM do IdaïKî (qui pourrait, d'ailleurs, être ONNayi^ par oxport sur la statue même);

II** A la Fairo n^paror avec tous les soins convoiialiloM , NOUS la direction de M. Nichant, et* oiillii, il la fniro transporter à Versailles et plaroi* Niir Hoii pii^lostal , avec toutes les précaulIoiiH ot HoliiliU^s ncW'cssaires; le tout, pour la Nonuiio do six mille francs.

Il N*onf(ag<Miit, on outre, si on Texigeait, à la livror, touto terminée, deux mois après le jour do rarriv<^c du modèle dans sa fonderie.

Le maire de Versailles annonça, le 17 décembre, à M. le baron de Fresquieime, qu'il avait adrçséè à M. le préfet la délibëration tlu conseil municipal du 8 novembre, ayant pour objet Térection de la statue de Tabbë de TÉpée sur le point de jonction des rues Royale et d'Anjou. M. le préfet était tout disposé à soumettre cette délibération à l'approbation de M. le Ministre de rintériéur; mais, aupara-r vant , il lui paraissait nécessaire d'être parfaistement fixé sur le montant de la dépense, ainsi que sur les moyens d'y pourvoir.

 Touverture de la dixième séance de la commission, le 19 mars 1842, M. le président a annoncé que la statue n'avait pu- être exposée au Louvre ni à Versailles, à cause des frais de transport et de la fragilité du plâtre , mais^ que l'exposition avait eu lieu à Tlnstitution des sourds-muets, en vertu de l'autorisation de M^ le Ministre de Tintérieur.

11 a fait connaître, de plus, que M. le préfet du département avait bien voulu accepter la présidence d'honneur et faire espérer son concours le plus efficace à la commission* Ce patronage lui permettait , en conséquence ,- de se dispenser dadjoindre dés propriétaires éminents du département à l'accomplissement du projet qu'elle poursuivait avec zèle, 1^ solliei-

t94 L'ABBÉ DE L'ÉPÉB.

tade de M. le préfet lui ayant fait obtenir, en outre, de M. le Ministre de Tintënear, une somme de 3,000 francs , pour faire /ace aux dépenses de la fonte de la statue.

c Le 21 août, a dit ensuite M. le président, M. le préfet, M. le maire, des membres de la commission municipale et de la commission du monument se sont rendus à Tlnstitution des sourds*muets pour examiner la statue. D autres personnages éminents s*y sont rendus aussi. Le 8 novembre , le conseil municipal a adopté la statue, et décidé qu'elle serait posée à la croix des rues Royale et d'Anjou, mais à condition

que des corrections y seraient faites Depuis,

il a été transmis à M. le préfet un état de pré-^ vision des dépenses^ pour éclairer M. le Ministre de rintérieur sur Tautorisation à accorder à remplacement de la statue. Le 4 mars, M. le maire a mis larchitecte de la ville à la dispo-sition du bureau, pour aviser, de concert avec lui, à la réalisation des projets de la commission »

PéjJt elle avait accepté les offres de M. Sainte Denis, mais à la condition qu'elles ne Tenga-^ géraient, à son égard, que lorsque les corrections à faire par Vartiste auraient été exécutées , et il était bien entendu que le moulage n'aurait lieu que sur Tayis écrit du président, et après l'approbation de la commission.

L'ABBÉ D£ L*ÉPfiE. 295

M. le trésorier lui communique la situation de son avoir.

M. le président rappelle que ][>)usieurs appels, de fonds pourraient amener des résultats :

l^' chez les habitants du quartier Saint-Louis, qui voyaient avec plaisir les décisions du conseil et de la commission , .2* près des évéqaes de France, S"" près des établissements desourds* muets qui avaient fait des promesses, b!" près de MM. les présidents de chambre des notaires d^arrondissements , 5^ enfin, près de MM. les correspondants de la commission.

Dans la onzième séance du 17 décembre, le président d*honneur^ M. le préfet Aubernon , proposa de s'occuper, avant tout, des moyens financiers à la disposition de la commission. — Il fut décidé que le bureau provoquerait immédiatement les rentrées en retard, par des lettres adressées aux personnes et aux chefs d'établissements mentionnés ci-dessus. .

Puis^ la commission arrêta ce qui suit :

« La statue sera immédiatement mise k la disposition du fondeur , pour être moulée et coulée. Elle sera, par T entremise. du bureau, au nom de la commission des souscripteurs , offerte à la ville de Versailles 5 le maire -et fe. conseil municipal de, cette ville seront priés^ de

prêter leur concours, par une mise de fonds, qui , tout en facilitant rachèvement du monument t sera un signe de lliommage renda par la Tille h Tabbé de TÉpée. »

M. le président mit aussitôt i Tordre du jour le détail des corrections faites i la statue.

Quelques interpellations furent adressées à M. Michaut, présent i la séance; il satisfit avec empressement aux demandes qui lui furent faites. En conséquence, la commission décida que le modèle serait définitiTement adopté ot livré au fondeur, sous la direction de M. Michaut^ dans l'état où il se trouvait en ce moment.

On s'occupa ensuite du traité à passer avec le fondeur. M. Besnard , vice-secrétaire , qui avait été adjoint au bureau, pour lui prêter assistance dans une opération qui rentrait dans ses études spéciales, donna lecture de la lettre que nous avons déjà rapportée , par laquelle M. Saint-Denis offrait de mouler, couler, transporter et poser la statue, moyennant 6,000 fr. Il passa incontinent à la lecture du projet de traité, qui fut adopté à l'unanimité.

M. le président d'honneur appela Tattention de la commission sur les moyens à mettre ep usage pour provoquer de nouvelles souscriptions. On arriva à Texamen de ce qui <?lait relatif à la médaille : M. Michaut de-

L'ABBÉ DE L'ÉPÉE. m

manda à contribuer à la dépeùse, lors même qu'on ne recueillerait pas les fonds nécessaires. La commission ajourna cette discussion à une époque plus opportune.

Bonmage, par la commission des souscripteurs, au conseil municipal de la statue de rabi>é de l'Épëe. — Examen du bronze destiné à cette oeuvre. — Déficit de S,700 fr. sur la somme nécessaire à l'achèvement des travaux. — ^ Le conseil municipal en vote S,000. . r- Projet d'une plaque commémorative. *- Inscription de la foee principale du monument. — Travaux du fondeur surveillés par le statuaire. — Érection fixée aii à septembre 1843.— Dernières dispositions. -* Programme de la fête. — Décision du conseil municipal. — Je suia invité ^ adresser une allocution mimique aux sourds-muets qui assisteront à la cérémonie.

Le 6 février 1843, la commission des souscripteurs, recomiaissante de Taccueil bienyeillant que le conseil municipal avait fait & ses projets en désignant un emplacement pour que la statue de Tilluëtre bienfaiteur de Thumanité restât perpétuellement exposée à la vénération publique dans sa ville natale, le pria d'accepter; au nom de cette ville, le don qu'elle lui iaisait de la fidèle image du célèbre institu*

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leur des sourds^muets, en lui exposant que la seule charge qui pesait encc^pe sur elle était la dépense relative à la construction du piédestal. Elle fit connaître , en outre , au conseil municipal qu'elle avait traité avec un fondeur^ et donné Tordre que la statue fût immédiatement coulée en bronze, pour lui être livrée, le 15 avril 1843.

Le 19 juin, fut adressée à la commission une note de M. Berthier, inspecteur général des mines , ainsi qu'une lettre de M. Tinspecteur des mines de Seine-et-Oise , sur Tanaiyse de deux échantillons de bronze , envoyés au laboratoire des mines à Paria par M. le baron de Fresquienne.

M. le maire de Versailles transmit, le 22 juillet, à la commission, la délibération du conseil municipal , en date du 6 février, dont la teneur suit :

« M. le maire communique une. lettre de la commisssion pour la statue de Fabiié de TËpée, qui annonce Tachèvement de ce monument, et en fait TofTre à la ville> au nom des sbuâcrip^ teurs. . .

« Dansun rapport, jmnt à la lettre delà corn-mission , M. le secrétaire rend compte dés corrections laites à la statue.

« La commîssioii a annexé aux niè^es-im étal

de la sitoauon financière de la souscription ; de cet exposé il ressort un déficit de 2,700 fr. ; celle somme est, à peu près, égale à celle qui 0giireau devis pour la construction du piédestal de la statue.

« Plusieurs membres sont d avis, les uns, de TOter une somme de 2,000 fn, les autres, de charger la ville de la construction du piédestal ; ces deux opinions se réunissent dans la supposition que le rabais qui résultera de Tadjudication des travaux du piédestal réduira probablement cette dépense à 2,000 fr.

« Le conseil décide que Tacceplation de la st||^ue n'aura lieu qu'après son érection sur la place qu'elle doit occuper ;

c Que la construction du piédestal sera supportée par la souscription ;

« Que la ville souscrit pour une somme de 2,000 fr. , au paiement de laquelle il sera pourvu dans la session de mai. »

Dans la douzième séance de la commission des souscripteurs, du 1®' août 1843, présidée par M. le préfet de Sei^e-etrOiseJ il fut donné communication de deux rapports, Tun sur Tétât de la souscription en général, Tautre sur celui de la souscription particulière de la ville, et il fut arrêté^ l^' que Ton s'adresserait aux habitants notables, par le moyen de lettres et

UABBÉ DE L*ÉPËB. 3di

par celui de visites, dont serait chargée une personne investie de la confiance de'^là commission; 2p que Ton s'adresserait à M. le Ministre de l'instruction publique , qui avait pris tant d'intérêt à l'érection de la statue ; 3® que l'on ferait une démarche vis-à-vis de Messieurs les membres du conseil général du département , dont la session devait s'ouvrir le 21 août.

D'autres rapports furent lus sur la qualité du bronze, sur les travaux du piédeslaï, etc., etc.

Quant à la plaqué commémorative , il fut arrêté qu'elle serait en cuivre , enfermée dans une boîte de chêne ou de plomb^ et qu'elle porterait rinscription suivante :

30* VhBBÈ DE VtSiE.

SoDS le Rtaie de louis-phiuppe i**, Boi dei ftiiftût

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