‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 100 sur 156 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

permettre depuis près de huit cents ans que Ton exigeât ce vœu de tous ceux que Ton ordonnait prêtres.

« Son étonnement venait de ce qu'il voyait en France quantité de bonnes lois et de sages établissements, et il ne pouvait digérer que, dans un royaume si bien policé, on y eût laissé jusqu'ici, par négligence, une pratique qui, d'un côté, n est point essentielle à la religion, et qui, de Tautre, est si préjudiciable à toute société chrétienne.

« L*étonnement du czar me fit penser à cette matière, et je trouvai qu'il était bien fondé. Ainsi je vais en parler, non en controversiste, mais seulement en simple politique chrétien et en simple citoyen d'une société chrétienne.

flc Si le célibat des prêtres n'est qu'un point de discipline, s'il n'est point essentiel à la religion chrétienne, s'il n'a jamais été regardé comme fondement essentiel du schisme que nous avons avec les Grecs et avec les protestants; si le célibat des prêtres a été libre dans l'Église latine durant les premiers siècles; si TÉglise a toujours le pouvoir de changer tous les points de pure discipline, d'institution humaine, et si effectivement les États catholiques de la communion tridentine n'avaient plusieurs grands avantages de rentrer dans cette ancienne liberté sans en recevoir aucun dommage effectif, cette question doit être bien moins une question théologique qu'une question politique. Cette question sur le plus ou moins d'utilité dont peut être l'ancienne liberté que les prêtres avaient de se marier regarde encore plus les souverains que les théologiens.

« Avant que de montrer la grandeur du préjudice que le vœu du célibat des prêtres cause au royaume comme simple société de citoyens, il ne sera pas inutile de faire quelques réflexions sur le préjudice qu'il cause aux États de la communion romaine comme société de citoyens chrétiens.

Avantages que produirait à la société chrétienne la liberté de se marier* rendue aux prêtres.

« Il est certain que plus un prêtre verlueux a de moyens de procurer une augmentation de bonheur à plus de personnes par sou exemple, par sa patience, par ses instructions journalières, plus la religion et la société chrétienne en peut recevoir d'utilité.

« Or, si quarante mille curés vertueux avaient en France quatre-vingt mille enfanis mieux élevés à la vertu, il est évident que, non-seulement TÉtal politique en serait plus riche et plus puissant, mais que les lidèlcs eux-mêmes eu seraient beaucoup plus édifiés, que les œuvres de justice et de bienfaisance eu seraient beaucoup multipliées.

« Comme les curés peuvent et doivent être choisis parmi les" vicaires ou autres prêtres qui ont plus de justice et de patience que le commun des hommes, ils seront toujours et plus instruits des devoirs de la justice et plus vertueux que les autres hommes. Et, comme ils doivent donuer les exemples de patience et de douceur, il est vraisemblable que les femmes des prêtres seront ordinairement et plus vertueuses et par conséquent plus heureuses que les autres femmes. Or n'est-ce pas apporter une grande utilité à la religion que d'y établir trente ou quarante mille femmes ou veuves plus vertueuses que les femmes ordinaires?

« Je conviens que, pour la plupart des curés, le célibat est difficile à observer; mais le mérite dans les mœurs et dans la conduite ne se mesure pas uniquement par ia grandeur des dif-

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