DEUXIEME ARTICLE DEFIISITIF PODR LA PAIX PERPÉTUELLE
Il faut que le droit public sait fondé sur une fédération d États libres.
Il en est des peuples, en tant qu'États, comme des individus : s ils vivent dans l'état de nature et sans lois, leur voisinage seul est un acte de lésion. L'un peut, pour garantir sa sûreté, exiger de Tantre qu'il établisse avec lui une constitution qui garantisse à tous leurs droits. Ce serait là une fédération de peuples, sans que ces peuples formassent néanmoins un seul et même État, Tidéede TÉtat supposant le rapport d*un souverain au peuple, d'un supérieur à son inférieur. Or plusieurs peuples réunis dans un même État n'en formeraient plus qu'un seul ; ce qui contredit la supposition, vu qu'il' s'agit ici des droits réciproques des peuples, en tant qu'ils composent une multitude d'Etats différents , qui ne doivent pas se confondre en un seul et même État.
Quand nous voyons les sauvages préférer, dans leur anarchie, les combats perpétuels d'une liberté déréglée à une liberté raisonnable, fondée dans un ordre constitutionnel , pouvonsnous nous empêcher d*envisager avec le plus profond mépris cette dégradation animale de l'humanité, et de rougir de l'avilissement où le manque de civilisation réduit les hommes? Combien plus ne serait-on pas fondé à croire que des peuples civilisés, dont chacun forme un État constitué, dussent se hâter de sortir d'un ordre de choses aussi ignominieux ? Que voyons-
nous au contraire ? Que chaque État fait consister sa majesté précisément à ne dépendre de la contrainte d'aucune législation extérieure.
Le souverain met sa gloire à pouvoir disposer à son gré, sans s'exposer beaucoup lui-même, de plusieurs milliers d'hommes, toujours prêts à se sacrifier pour un objet qui ne les concerne pas. La seule différence qui se trouve entre les sauvages américains et ceux d'Europe, c'est que les premieis mangent leurs ennemis, au lieu que les autres sayent en tirer un meilleur parti ; ils s'en servent pour augmenter le nombre de leurs sujets, c'est-à-dire, des instruments qu'ils destinent à de plus vastes conquêtes. Quand ou songe à la perversité de la nature humaine, qui se montre à nu et sans contrainte dans les relations des peuples entre eux. où elle u'est point arrêtée comme dans l'état civil par le pouvoir coaclif des lois, on doit s'étonner que le mot de droit n'ait pas encore été banni toUdement de la politique de la guerre comme un mot pédautesque, et qu'il ne se soit pas trouvé d'Élat assez hardi pour professer ouvertement cette doctrine. Car jusqu'à présent on a toujours cité bonnement, pour justifier une déclaration de guerre, les Grotius, les Puffendorff, les Valtel et autres inutiles et impuissants défenseurs des droits des peuples ; quoique leur code, purement philosophique ou diplomatique, n*ait jamais eu force de loi et ne puisse pas non plus l'obtenir, puisque les Etats ne sont asservis à aucun pouvoir coactif. Mais il e^t sans exemple ({ue le^rs raisonnements, appuyés d'autorités aussi respectables, aient engagé un État à se désister de ses prétentions. Et cependant rhommage rendu ainsi par tous les États au principe du droit, ne fût-ce qu'en paroles, procure du moins une disposition morale qui, bien qu'assoupie encore dans l'homme, tend néanmoins avec vigueur à asservir en lui le mauvais principe auquel il ne peut entièrement se soustraire. Car autrement les États ne prononceraient jamais le mot droit, lorsqu'ils veulent se faire la guerre, si ce n'est peut-être par ironie et comme
594 L^ABBË DE SÂIIST-PIËRRE.
l'interprétait un prince gaulois: « C'est, disait-il, la prérogative*
accordée par la nature au fort de se faire obéir par le faible. »-
Quoi qu'il en soit, le champ de bataille est le seul tribunal où les Élats plaident pour leurs droits ; mais la victoire, en leur faisant gagner le procès, ne décide pas en faveur de leur cause. Le traité d« paix qu'elle amène ne les fait pas non plus sortir de l'état de guerre où ils restent tout en quittant le& armes, sans qu'oi» puisse les accuser d'injustice, puisque, étanfi leurs propres juge»> ils n'ont pas d'autres ressources pour terminer leurs dilîérends. Le droit des gens ne pourra pas même les forcer, comme le droit naturel y oblige les individus, à sortir de cet état de guerre,, parce que, ayant déjà une constitution légale comme Élats, ils se sont soustraits à toute contrainte* étrangère qui tendrait à établir entre eux un ordre constitutiomiel plus étendu.
Cependant, du haut du tribunal suprême du pouvoir législatif, la raison condamne sans exception la guerre comme voie de droit ;. elle fait un devoir absolu de l'état de paix ; et,, comme cette pacification ne saurait s'effectuer ni être garantie sans ua pacte entre les peuples, — il faut qu'ils forment une alliance d'une espèce particulière , qu'on pourrait appeler alliance pacifique (fjoediis pacificum) différente du traité de paix (pactVM pacis) en ce qu'elle terminerait à jamais toutes les guerres, tandis que celui-ci n'en finit qu'une seule. Celte «alliance ne tendrait à aucune domination sur les États, maisuniquement au maintien assuré de la liberté de chaque État particulier qui participerait à cette association, sans qu'ils aient besoin de s'assujettir à cet effet, comme les hommes dans l'état de nature, à la contrainte légale d'un pouvoir public.
On; peut prouver que l'idée d'une fédération, qui s'étendrait insensiblement à tous les États et qui les conduirait ainsi à une paix perpétuelle, peut être réalisée; car, si le bonheur voulait qu'un peuple aussi puissant qu'éclairé pût se constituer en république (gouKcrneioent qui,, par sa nature, doit incliner à
tine paix perpétuelle) , il y aurait dès lors un centre pour cette association fédérative; d'autres États pourraient y adhérer pour garantir leur liberté d*après les principes de droit public, et cette alliance pourrait s'étendre insensiblement.
Qu'un peuple puisse dire : « U ne doit ()oint y avoir de guerre parmi nous; constituons-nous en un État, c'est-à-dire, établissons nous-même une puissance légiïlalivc, executive et judi- «ciaire qui décide nos différends, » c€la se conçoit.
Mais, si cet Élat disait: « Il ne doit point y avoir de guerre entre nous et d'autres États, quoique je ne reconnaisse pas de pouvoir suprême qui garantisse nos droits réciproques, » sur quoi fonder cette confiance en ses droits, si ce n'est sur ce fédéralisme libre, supplément du pacte social, que la raison doit comprendre sons le nom de droit public, pour que ce Ici'me ne soit pas absolument vide de sens?
L'expression de droit public, prise dans le sens de droit de guerre, ne présente proprement aucune idée à l'esprit; puisqu'on cnlcnd alors par là la facullé de décider le droit, non d'après les lois universelles qui restreignent dans les mêmes limites tons les individus, mais d'après des maximes partielles, savoir, par la force. A moins qu'on ne veuille insinuer par celle expression qu'il est de droit que des bommes qui admettent de pareils princi[)es se dévorent les uns les autres et ne trouvent la paix éternelle que dans un vaste tombeau qui les engloutit, eux et leurs forfaits.
Au tribunal de la raison, il n'y a qu'un seul moyen de tirer les États de cette situation turbulente où ils se voient toujours menacés de la guerre, savoir : de renoncer, comme les particuliers, à la liberté anarchique des sauvages, pour se soumettre à des lois coercitives et former ainsi un État de nations (civitas gentitim) qui embrasse insensiblement tons les peuples de la terre. Or, comme les idées qu'ils se font du droit public les empêchent absolument de réaliser ce plan et leur fotit rejeter dans la pratique ce qui est vrai dans la théorie, on ne peut
substituer (si Ton ne veut pas tout perdre) à Tidée positive d'une république universelle que le supplément négatif d'une alliance permanente, qui empêche la guerre et s'étende insensiblement pour arrêter le torrent de ces passions injustes et inhumaines qui menaceront toujours de rompre cette digue ^
Fiiror impius inlus frémit horridas ore cruento.
Virgile.
TR0ISIE91E ARTICLE DEFINITIF POUR LA I*A1X l'ERPÉTUELLE.
Le droit cosmopolitiqne doit se borner aiix conditions d'une hospitalité universelle.
Il s'agit, dans cet article comme dans les précédents, du droit, non delà philanthropie. Hospitalité signifie donc uniquement le droit qu'a chaque étranger de ne pas être traité en ennemi dans le pays où il arrive. On peut refuser de le recevoir, si on le peut sans compromettre son existence; mais il n'est pas permis d'agir hostilement contre lui tant qu'il n'offense personne. Il n est pas question du droit d'être reçu et admis
* 11 ne conviendrait pas mal à un peuple de célébrer, après une guerre, à la suite des actions de grâces pour la paix, un jeûne solennel pour demander pardon à Dieu du crime que l'État vient de commellre et que le genre humain se permet encore toujours de refuser de vider avec les autres peuples dans un ordre légal, auquel, jaloux d'une orgueilleuse indépendance, il préfère le moyen barbare de la guerre, sans qu'elle lui procure ce qu'il veut, la jouissance assurée de ses droits. Les actions de grâces qui se rendent durant la giicrKe, les hymnes qu'on chante, en vrais Juifs, au Seigneur des armées, ne contrastent pas moins avec l'idée morale de père des hommes; elles annoncent une coupable indifférence pour les principes que les peuples devraient suivre dans la défense de leurs droits, et expriment une joie infornile d'avoir tué une multitude d'hommes ou ani'anti leur bieii-Jlre.
dans la maison d'un parliculier; cet usage bienfaisant demande des conventions particulières. On ne parle que du droit qu'ont ions les hommes de demander aux étrangers d'entrer dans leur société, droit fondé sur celui de la possession commune de la surface de la terre, dont la forme sphérique les oblige à se supporter les uns à côté des autres, parce qu'ils ne sauraient s'y disperser à Tinfîni, et qu'originairement l'un n'a pas plus de droit que l'autre à une contrée. La mer et des déserts inhabitables divisent la surface de la terre; mais le vaisseau et le chameau, ce navire du désert, rétablissent la communication et facilitent à l'espèce humaine l'exercice du droit qu'ont tous les hommes de profiter en commun de cette surface. L'inhospitaHté des habitants des cotes, par exemple, des côtes barbaresques, l'usage qu'ils ont de courir sus aux vaisseaux dans les mers voisines ou de réduire à l'esclavage les malheureux qui échouent sur le rivage; le droit barbare qu'exercent les Arabes bédouins dans leurs déserts sablonneux, de piller tous ceux qui approchent de leurs tribus errantes, toutes ces coutumes sont donc coniraîres aux droits de la nature, qui néanmoins, en ordonnant riiospitalilé, se contente de fixer les conditions sous lesquelles on peut essayer de former des liaisons avec les indigènes d'un pays. De cette manière, les régions éloignées les unes des autres peuvent contracter des relations amicales, sanctionnées enfin par ties lois publiques, et le genre humain se rapprocher insensiblement d'une constitution cosmopolitique.
A quelle distance de cette perfection ne sont pas les naliojis civilisées, et surtout les nations commerçantes de l'Europe? A quel excès d'injustice ne les voit- on pas se porter, quand elles vont découvrir des pays et des peuples étrangers (ce qui signifie chez elles : les conquérir)? L'Amérique, les pays habités par les nègres, les îles des Épiceries, le Cap, etc., furent pour elles des pays sans propriétaires, puisqu'elles comptaient les habitants pour rien. Sous prétexte d'établir dans l'Hindoustan de
simples comptoirs de commerce, elles y débarquèrent des troupes étrangères, et, par leur moyen, elles opprimèrent les naturels, allumèrent des guerres entre les difîérenls États de celte vaste contrée, y répandirent la famine, la rébellion, la perfidie, et tont ce déluge de maux qui affligent Thumanité.
La Cbine et le Japon, ayant appris à connaître par expérience les Européens, leur refusèrent sagement, sinon laccès, du moins Tentrée de leur pays, à Texception des Hollandais, qu'ils excluent néanmoins, comme des captifs, de toute société avec les habitants. Le pis, ou, pour parler en moraliste, le mieux, est que toutes ces violences sont en pure perte; que toutes ces compagnies de commerce qui s*en rendent coupables touchent au moment de leur ruine; que les îles à sucre, ce repaire de Tesclavage le plus cruellement raffiné, ne produisent pas de revenu réel et ne rapportent qu'indirectement, ne servant même qu'à des vues peu louables, savoir à former des matelots pour les flottes, par conséquent, à entretenir des guerres en Europe; service qu'en retirent surtout les puissances qui se targuent le plus de dévotion, et qui, tout en s'abreuvant d'iniquités, prétendent égaler les élus en fait d'orthodoxie.
Les liaisons plus ou moins étroites qui se sont établies entre les peuples ayant été portées au point qu'une violation de droit, commise en un lieu, est ressentie partout, Tidée d'un droit cosmopolitique ne pourra plus passer pour une exagération fantastique du droit; elle est le dernier degré de perfection nécessaire au code tacite du droit civil et public, car il faut que ces systèmes conduisent enfin à un droit public des hommes en général, vers lequel on ne peut se flatter d'avancer sans cesse qu'en remplissant les conditions que nous avons indiquées.
Au projet que nous venons de reproduire se trouvent annexés encore deux suppléments et un appendice.
Le premier supplément traite de « la garantie de la paix perpétuelle. » C'est la nature même, dit Tauteur, qui travaille
à assurer la paix, après avoir employé la guerre à disséminer les peuples dans toutes les régions de la terre, et cette œuvre de pacification, elle l'accomplit principalement au moyen du commerce.
« Si la nature, dit-il, sépare sagement les peuples que chaque État voudrait combiner, soit par ruse, soit de force, et cela d'après les principes mêmes du droit des gens; elle se sert au contraire de l'esprit d'intérêt de chaque peuple pour opérer entre eux une union que Tidée seule du droit cosmopoHtique n'aurait pas suffisamment garantie de la violence et des guerres. Je parle de l'esprit de commerce qui s'empare tôt ou tard de chaque nation et qui est incompatible avec la guerre. La puissance pécuniaire étant celle de toutes qui donne le plus de ressort aux États, ils se voient obligés de travailler au noble ouvrage de la paix, quoique sans aucune vue morale et, quelque part que la guerre éclate, de chercher à l'instant même à l'étouffer par des médiations., comme s'ils avaient contracté pour cet eiïet une alliance perpétuelle, les grandes associations pour la guerre étant naturellement rares et moins souvent encore heureuses. C'est ainsi que la nature garantit, par le moyen même des penchants humains, la paix perpétuelle; et, quoique l'assurance qu^elle nous en donne ne suffise pas pour la prophétiser théoriquement, elle nous empêche du moins de la regarder comme un but chimérique, et nous fait par là même un devoir d'y concourir. »
Le second supplénàent contient un « article secret pour la paix perpétuelle. » Cet article est ainsi conçu : « Les maximes des philosophes sur les conditions qui rendent possible la paix perpétuelle doivent être consultées par les États armés pour faire la guerre. ,» Et le philosophe allemand démontre avec une bonhomie spirituelle l'utilité de cette intervention de la philosophie dans le domaine de la politique.
« Il paraît humiliant, dit-il, pour l'autorité législative d'un État auquel il faut naturellement attribuer la plus haute sa-
gesse, de s'instruire des règles à observer dans ses relations avec d'autres États, auprès des philosophes, ses sujets. Cependant il est nécessaire qu'il les consulte. L'État les invitera donc tacitement à donner leur avis : c'est-à-dire que, faisant mystère de rintention qu'il a de les suivre, il leur permettra de pu blier librement les maximes générales qui concernent la guerre et la paix; car ils ne manqueront point de parler, pourvu qu'on ne leur impose pas silence. Il n'est pas non plus besoin d'une convention particulière des États pour s'accorder sur ce point, puisque l'obligation qui leur est imposée découle déjà des principes universels de la raison législative.
« On ne prétend pas néanmoins que l'État doive accorder aux principes du philosophe la préférence sur les dérisions du jurisconsulte, ce représentant du souverain; on veut seulement qu'il soit écouté. Le jurisconsulte qui s'est choisi pour symbole, outre la balance du droit, le glaive de la justice, ne se sert pas toujours du dernier uniquement pour écarter de la première toute influence étrangère; mais, si l'un des bassins ne penche pas à son gré, il y place le glaive (FsB victis), tentation à laquelle le jurisconsulte se trouve exposé, parce qu'il n'est pas toujours assez philosophe, même moralement. Sa vocation rappelle à appliquer des lois prescrites, non à examiner si elles auraient besoin de réforme. Et, quoique ses fonctions soient par là même d'une infériorité bien évidente, néanmoins, parce que la Faculté de droit se trouve revêtue de pouvoir, comme celles de théologie et de médecine, le jurisconsulte assigne à sa science un des premiers rangs. La Faculté philosophique est forcée, par ces puissances coalisées, de se contenter d'une place bien inlérieure. la philosophie, dit-on, n'est que la servante delà théologie, et les autres Facultés en disent .autant. Maison se garde bien d'examiner si elle précède sa dame, le flambeau à la main, ou si elle lui porte la queue.
« Que les rois deviennent philosophes, ou les philosophes rois, on ne peut guère s'y attendre. Il ne faut pas non plus le sou-
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haiter, — parce que la jouissance tlu pouvoir corrompt inévitableaient le jugement de la raison et en altère la liberté. Mais que les rois ou les peuples rois, c'est-à-dire les peuples qui se gouvernent eux-mênrjes d'après des lois d'égalité, ne souHrent pas que la classe des philosophes soit réduite à disparaître ou à garder le silence, mais lui permettent au contraire de se faire entendre librement, voilà ce qu'exige l'administration du gou> vernement qui ne saurait s'environner d'assez de lumières. D'ailleurs, la classe des philosophes, incapable, par sa nature, de trahir la vérité pour se prêter aux vues intéressées des clubistes et des meneurs, ne risque pas de se voir soupçonner de propagandisme. »
Enfin, les deux questions suivantes se trouvent examinées et discutées dans l'appendice :
I. — De lopposition qui se trouve entre la morale et la politique au sujet de la paix perpétuelle.
II. — De l'accord que l'idée transcend.nite du droit éUiblit entre la politique et la morale.
L'auteur s'attache à démontrer, sur le premier point, que la politique doit ployer le genou devant la morale, c'est-à-dire qu'il faut subordonner la politique à la morale, et non, comme on a trop l'habitude de le faire, la morale à la politique. En ce qui concerne le second point, il cherche surtout par quel moyen le droit peut se reconnaître; ce moyen consiste à ses yeux dans la publicité.
« Chaque prétention juridique, dit-il, peut être rendue publique; et, comme il est très-aisé de juger dans chaque cas si les principes de celui qui agit supporteraient la publicité, cette possibilité même peut servir commodément de critérium purement intellectuel pour reconnaître, par la raison seule, l'injustice d'une prétention juridique. »
Ce qui le conduit d'abord à cette formule : « Toutes les actions relatives au droit d'autrui, dont la maxime n'est pas susceptible de publicité, sont contraires au droit public. »
W2 L^ÂBBÉ DE SÂINT-PlËRRE.
Cette foraiule est purement négative, en ee qu'elle sert simplement à reconnaître ce qui est contraire au droit d'autrui. L'auteur en fuit différentes applications; puis il énonce une seconde maxime qui complète la première, en afTirmant le droit . La voici : « Toutes les maximes qui, pour avoir leur effet, ont besoin de publicité, s'accordent avec la morale et la politique combinées. »
Enfin il conclut que la paix perpétuelle doit sortir du règne du droit public, et que ce règne, quoique lent à s'établir, ne peut manquer cependant d'arriver.
« S'il est du devoir, si Ton peut même concevoir Tespérauce de réaliser, quoique par des progrès sans fin, le règne du droit public, la paix perpétuelle, qui succédera aux trêves, jusqu'ici nommées traités de paix, n'est donc pas une chimère, mais un problème dont le temps, vraisemblablement abrégé par l'uniformité des progrès de l'esprit Immain, nous promet la solution. »
Jii|j:enient sur le projet de paix perpétneDe de Talibé de Saine-Pierre» par J* J. Ronsftean.
Le projet de la paix perpétuelle, étant par son objet le plus digne d'occuper un homme de bien, fut aussi, de tous ceux de l'abbé de Saint-Pierre, celui qu'il médita le plus longtemps et qu'il suivit avec le plus d'opiniâtreté : car on a peine à nommer autrement ce zèle de missionnaire qui ne l'abandonna jamais sur ce point, malgré l'évidente impossibilité du succès, le ri-
dlcale qu'il se donnait de jour en jour et les dégoûts qu'il eut sans cesse à«ssuyer. Il semble que cette âme saine, conséquemment attractive au bien public, mesurait les soins qu'elle donnait aux choses, conséquemmenl, sur le degré de leur utilité, sans jamais se laisser rebuter par les obstacles ni soiiger a rintérét personnel.
Si jamais vérité morale fut démontrée, il me semble que c^est Futilité générale et particulière de ce projet. Les avantages qui résulteraient de son exécution et pour chaque prince et pour chaque peuple et pour toute l'Europe sont immenses, claits, incontestables; on ne peut rien trouver de plus solide et de plus exact que les raisonnements par lesquels Tauteur les établit : réaliser sa république européenne durant un seul jour, c'en est assez pour la faire durer éternellement, tant chacua trour ver ait par l'expérience son profit particulier dans le bien-être commun. Cependant ces mêmes princes, qui la défendraient de toutes leurs forces si elle existait, s'opposeraient maintenant de même à son exécution et Tempêcheront de s'établir comme ils Tempécheraient de s éteindre. Ainsi louvrage de l'aU»é de Saint-Pierre sur la paix perpétuelle paraît d'abord inutile pour la produire et superflu pour la conserver; c'est donc une vaine spéculation, dira quelque lecteur impatient ; non, c'est un livre solide et sensé, et il est très-important qu'il existe.
Commençons par examiner les difiicullés de ceux qui ne jugent pas des raisons par la raison, mais seulement par Tévénement, et qui n'ont rien à objecter contre ce projet, sinon qu'il n'a pas été exécuté. En efliet, diront-ils sans doute, si ses avantages sont si réels, pourquoi donc les souverains de l'Europe ne Tonl-ils pas adopté? Pourquoi négligent-41s leur propre intérêt, si cet intérêt leur est si bien démontré? Voit- on qu'ils rejettent d'ailleurs les moyens d'augmenter leurs revenus et 4eur puissance? Si celui-ci était aussi bon pour cela qu'on le prétend, est-il croyable qu'ils en fussent moins empressés que de tous ceux qui les égarent depuis si longtemps et qu'ils pré-
férassent mille ressources trompeuses à un profit évidenti Sans doute cela est croyable, à moins qu'on ne suppose que leur sagesse est égale à leur ambition, et qu'ils voient d'autant mieux les avantages, qu'ils les désirent plus fortement ; au lieu que c'est la grande punition des excès de Tamour-propre de recourir toujours à des moyens qui Fabusent, et que Tardeur même des passions est presque toujours ce qui détourne de leur but. Distinguons donc en politique ainsi qu'en morale rinlérêt réel de l'intérêt apparent; le premier se trouverait dans la paix perpétuelle, cela est démontré dans le projet; le second se trouve dans Tétat d'indépendance absolue cpii soustrait les souverains à l'empire de la loi pour les soumettre à* celui de la. fortune : semblables à un pilote insensé qui, pour faire montre d'un vain savoir et commander à ses matelots, aimerait mieux flotter entre des rochers durant la tempête que d'assujettir son vaisseaux par des ancres.
Toute l'occupation des rois ou de ceux qu'ils chargent de leurs fonctions se rapportent à deux seuls objets : étendre leur domination au dehors et la rendre plus absolue au dedans ; toute autre vue, ou se rapporte à l'une de ces deux, ou ne leur sert que de prétexte : telles sont alors celles du bien public, du bonheur des sujets, de la gloire de la nation, mots à jamais proscrits du cabinet et si lourdement employés dans les édits publics, qu'ils n'annoncent jamais que des ordres funestes et que leur peuple gémit d'avance quand ses maîlres lui parlent de leurs soins paternels.
Qu'on juge sur ces deux maximes fondamentales comment les princes peuvent recevoir une proposition qui choque directement Tune et qui n'est guère plus favorable à l'autre ; car on sent bien que, par la diète européenne, le gouvernement de chaque Etat n'est pas moins fixé que par ses limites, qu'on ne peut garantir les princes de la révolte des sujets sans garantir en même temps les sujets de la tyrannie des princes, et qu'autrement l'institution ne saurait subsister. Or je demande s'il
y a dans le monde un seul souverain qui, borné ainsi pour jamais dans ses projets les plus chers, supportât sans indignation la seule idée de se voir forcé d'être juste, non-seulement avec les étrangers, mais même avec ses propres sujets.
Il est facile de comprendre que d'un côté la guerre et les conquêtes, et de l'autre les progrès du despotisme s'entr'aident mutuellement ; qu'on prend à discrétion dans un peuple d'esclaves de Targenl et des hommes pour en subjuguer d'autres, que réciproquement la guerre fournit un prétexte aux exactions pécuniaires, et un autre non moins spécieux d'avoir toujours de grandes armées pour tenir le peuple en respect. Enfln chacun voit assez que les princes conquérants font pour le moins autant la guerre à leurs sujets qu*à leurs ennemis, et que la condition des vainqueurs n'est pas meilleure que celle des vaincus : J'ai battu les Romains, écrivait Annibal aux Carthaginois, envoye:,'-moi des troupes, fai mis Vltalie à contribution , envoyez-moi de V argent Voilà ce que signifient les Te Deum, les feux de joie et l'allégresse du peuple aux triomphes de ses maîtres.
Quant aux différends entre prince et prince, peut-on espérer de soumettre à un Tribunal supérieur des hommes qui s'osent vanter de ne tenir leur pouvoir que de leur épée, et qui ne fout mention de Dieu même que parce qu'il est au ciel ? Les souverains se soumettront-ils dans leurs querelles à des voies juridiques que toute la rigueur des lois n'a jamais pu forcer les particuliers d'admettre dans les leurs? Un simple gentilhomme offensé dédaigne de porter ses plaintes au tribunal des maréchaux de France, et vous voulez qu'un roi porte les siennes à la diète européenne? Encore y a-t-il celte différence, que l'un pèche contre les lois et expose doublement sa vie, au lieu que l'autre n'expose guère que ses sujets ; qu'il use, en prenant les armes, d'un droit avoué de tout le genre humain et dont il prétend n'être comptable qu'à Dieu seul.
Un prince qui met sa cause au hasard de la guerre n'ignore
pas qu'il court des risques ; mais il en est moins frappé que des avantages qu'il se promef, parce qu'il craint bien moins la fortune qu il n'espère de sa propre sagesse ; s'il est puissant, il compte sur ses forces; s'il est faible, il compte sur ses alliances; quelquefois il lui est utile au dedans de purger de mauvaises humeurs, d'affaiblir des sujets indociles, d'essuyer même des revers, et le politique habile sait lirer avantage de ses propres défaites. J'espère qu'on se souviendra que ce n'est pas moi qui raisonne ainsi, mais le sophiste de cour, qui préfère un grand territoire et peu de sujets pauvres et soumis, à l'empire inébranlable que donnent au prince la justice et les lois sur un peuple heureux et florissant.
C'est encore par le même principe qu'il réfute en lui-même l'argument tiré de la suspension du commerce, de la dépopulation, du dérangement des finaiices et des pertes réelles que cause une vaine conquête. C'est un calcul très- fautif que d'évaluer toujours en argent les gains et les pertes des souverains ; le degré de puissance qu'ils ont en vue ne se compte point par les millions qu'on possède. Le prince fait toujours circuler ses projets; il veut commander pour s'enrichir et s'enrichir pour commander : il sacrifiera tour à tour l'un et l'autre pour acquérir celui des deux qui lui manque, mais ce n'est qu'afin de parvenir à les posséder tous les deux ensemble qu'il les poursuit séparément; car, pour être le maître des hommes et des choses, il faut qu'il ait à la fois l'empire et l'orgueil.
Ajoutons enfin, sur les grands avantages qui doivent résulter pour le commerce d'une paix générale et perpétuelle, qu'ils sont bien en eux-mêmes certains et incontestables, mais qu'étant communs à tous ils ne seront réels pour personne, attendu que de tels avantages ne se sentent que par leurs différences et que, pour augmenter sa puissance relative, on ne doit chercher que des biens exclusifs.
Sans cesse abusés par l'apparence des choses, les princes
rejetteraient donc cette paix quand ils pèseraient leurs intérêts eux-mêmes ; que sera-ce quand ils les feront peser par leurs minisires, dont les intérêts sont toujours opposés à ceux du peuple et presque toujours à ceux du prince? Les ministres ont besoin de la guerre pour se rendre nécessaires, po\ir jeter le prince dans des embarras dont il ne se puisse tirer sans eux et pour perdre TÉtat, s'il le faut, plutôt que leur place. Ils en ont besoin, pour vexer le peuple, sous prétexte des nécessités publiques ; ils en ont besoin pour placer leurs créatures, gagner sur les marchés et faire en secret mille odieux monopoles ; ils en ont besoin pour satisfaire leurs passionset s'expulser mutuellement ; ils en ont besoin pour s'emparer du prince en le tirant de la cour quand il s'y forme contre eujTdes intrigues dangereuses. Ils perdraient toutes ces ressources par la paix perpétuelle, et le public ne laisse pas de demander pourquoi, si ce projet est possible, ils ne Tout pas adopté ! Il ne voit pas qu'il n'y a rien d'impossible dans ce projet, sinon qu'il soit adopté par eux. Que feront-ils donc pour s'y opposer? Ce qu'ils ont toujours fait : ils le tourneront en ridicule.
11 ne faut pas non plus croire, avec Tabbé de Saint-Pierre, que même avec la bonne volonté, que les princes ni leurs ministres n'auront jamais, il fût aisé de trouver un moment favorable à l'exécution de ce système, car il faudrait pour cela que la somme des intérêts particuliers ne l'emportât pas sur l'intérêt commun, et que chacun crût voir dans le bien de tous le plus grand bien qu'il pût espérer pour lui-même. Or ceci demande un concours de sagesse dans tant de têtes et un concours de rapports dans tant d'intérêts, qu'on ne doit guère espérer du hasard l'accord fortuit de toutes les circonstances nécessaires. Cependant, si cet accord n'a pas lieu, il n'y a que la force qui puisse y suppléer, et alors il n'est plus question de persuader, mais de contraindre, et il ne faut pas écrire des livres, mais lever des troupes.
Ainsi, quoique ce projet fût très-sage, les moyens de Texé-
ciUer se sentaient de la simplicité de Tauleur. Il s'imaginait bonnement qu il ne fallait qu'assembler un congrès, y proposer ses articles, qu'on les allait signer et que tout serait fait. Convenons que dans tous les projets de cet honnête homme il voyait assez bien reflet des choses quand elles seraient établies, mais il jugeait comme un enfant des moyens de les établir.
Je ne voudrais, pour prouver que le projet de la République chrétienne n*est pas chimérique, que nommer son premier auteur : car assurément Henri IV n*était pas fou, ni Sully visionnaire. L'abbé de Saint-Pierre s'autorisait de ces grands noms pour renouveler leur système; mais quelle différence dans le temps, dans les circonstances, dans la proposition, dans la manière de la faire, et dans son auteur! Pour en juger, jetons un coup d'œil sur la situation générale des choses au moment choisi par Henri IV pour Texécution de son projet.
La grandeur de Charles-Quint, qui régnait sur une partie du monde et faisait trembler l'autre, l'avait fait aspirer à la monarchie universelle, avec de grands moyens de succès et de grands talcnls pour les employer. Son fils, plus riche et moins puissant, suivant sans relâche un projet qu'il ti'étîiit pas capable d'exécuter, ne laissa pas de donner à l'Europe des inquiétudes continuelles ; et la maison d'Autriche avait pris un tel ascendant sur les autres puissances, que nul prince ne régnait en sûreté s'il n'était bien avec elle. Philippe 111, moins habile encore que son père, hérita de toutes ses prétentions. L'eiïroi de la puissance espagnole tenait encore l'Europe en respect, et l'Espagne continuait à dominer, plutôt par l'habilude de commander que par le pouvoir de se faire obéir. En effet, la révolte des Pays-Bas, les armements contre l'Angletenre, les guerres civiles de France, avaient épuisé les forces d'Espagne et les trésors des Indes. La maison d'Autriche, partagée en deux branches, n'agissait plus avec le même concert, et, quoique l'Empereur s'efforçât de maintenir ou de recouvrer en Allemagne l'autorité de Charle^-Quint, il ne faisait qu'aliéner
les princes et fomenter des ligues qui ne lardèrent pas d'éclore et faiilirenl à le détrôner. Ainsi se préparaient de loin la décadence de la maison d'Autriche et le rétablissement de la liberté commune. Cependant nul n*osait la prévenir, hasarder de secouer le joug et s*exposer seul à la guerre. L'exemple de Henri IV même, qui s'en était tiré si mal, ôtait le courage à tous les autres. D'ailleurs, si Ton excepte le duc de Savoie, trop faible et trop subjugué pour rien entreprendre, il n'y avait pas parmi tant de souverains un seul homme de tête eu état de former et soutenir une entreprise ; chacun attendait du temps et des circonstances le moment de briser ses fers. Voilà quel était en gros l'élal des choses quand Henri forma le plan de la République chrétienne et se prépara à Texéculer, projet bien grand, bien admirable en lui-même, et dont je ne veux pas ternir l'honneur, mais qui, ayant pour raison secrète l'espoir d'abaisser un ennemi redoutable, recevait de ce pressant motif une activité qu'il eût difficilement tirée de la seule utihté commune.
Voyons maintenant quels moyens ce grand homme avait employés à préparer une si vaste entreprise. Je compterais volontiers pour le premier d'en avoir bien vu toutes les difficultés ; de telle sorte qu'ayant formé ce projet dès son enfance, il le médita toute sa vie et réserva Fexécution pour sa vieillesse ; conduite qui prouve premièrement ce désir ardent et soutenu qui, seul dans les choses difficiles, peut vaincre les grands obstacles et, de plus, cette sagesse patiente et réfléchie qui s'aplanit les routes de longue main à force de prévoyance et de préparation. Car il y a bien de la différence entre les entreprises nécessaires dans lesquelles la prudence même veut qu'pn donne quelque chose au hasard et celles que le succès seul peut justifier, parce qu'ayant pu se passer de les faire on n'a dû les tenter qu'à coup sûr. Le profond secret qu'il garda toute sa vie, jusqu'au moment de l'exécution, était encore aussi essentiel que difficile dans une si grande affaire où le concours
de tant de gens était nécessaire et que tant de gens avaient intérêt de travereer. Il paraît que, quoiqu'il eût mis la plus grande partie de l'Europe dans son parti et qu'il fût ligué avec les plus puissants potentats, il n'eut jamais qu'un seul confident qui connût toute rétendue de son plan, et, par un bonheur que le ciel n'accorda qu'au meilleur des rois, ce confident fut un ministre intègre. Mais, sans que rien transpirât de ces grands desseins, tout marchait en silence vers leur exécution. Deux fois Sully était allé à Londres ; la partie était liée avec le roi Jacques, et le roi de Suède était engagé de son côté. La h'gue était conclue avec les prolestants d'Allemagne; on était même sûr des princes d'Italie, et tous concourraient au grand but sans pouvoir dire quel il était, comme les ouvriers qui travaillent séparément aux pièces d'une nouvelle machine, dont ils ignorent la forme et l'usage. Qu'est-Hie donc qui favorisait ce mouvement général? Était-ce la paix perpétuelle, que nul ne prévoyait et dont peu se seraient souciés? Était-ce Tintérêt public, qui n'est jamais celui de personne? L'abbé de Saint- Pierre eût pu Tespérer. Mais réellement chacun ne travaillait que dans la vue de son intérêt particulier, qu'Henri avait eu le secret de leur montrer à tous sous une face très-attrayante. Le roi d'Angleterre avait à se délivrer des continuelles conspirations des catholiques de son royaume, toutes fomentées par l'Espagne. Il trouvait, de plus, un grand avantage à l'affranchissement des Provinces-Unies, qui lui coûtaient beaucoup à soutenir, et le mettaient chaque jour à la veille d'une guerre qu'il redoutait, ou à laquelle il aimait mieux contribuer une fois avec tous les autres, afin de s'en délivrer pour toujours. Le roi de Suède voulait s'assurer de la Poméranie et mettre un pied dans l'Allemagne. L'électeur palatin, alors protestant en chef de la confession d'Augsbourg, avait des vues sur la Bohême et entrait dans toutes celles du roi d'Angleterre. Les princes d'Allemagne avaient à réprimer les usurpations de la maison d'Autriche. Le duc de Savoie obtenait Milan et la couronne de
Lombardie, qu'il désirait avec ardeur. Le pape même, fatigué de la tyrannie espagnole, était de la partie au moyen du royaume de Naples, qu'on lui avait prorois. Les Hollandais, mieux payés que tous les autres, gagnaient l'assurance de leur liberté. Enfin, outre l'intérêt commun d'abaisser une puissance orgueilleuse qui voulait dominer partout, chacun en avait un particulier, très-vif, très-sensible, et qui n'était point balancé par la crainte de substituer un tyran à l'autre, puisqu'il était convenu que les conquêtes seraient partagées entre tous les alliés, excepté la France et l'Angleterre, qui ne pouvaient rien garder pour elles. C'en était assez pour calmer les plus inquiets sur l'ambition d'Henri IV ; mais ce sage prince n'ignorait pas qu'en ne se réservant rien par ce traité il y gagnait pourtant plus qu'aucun autre, car,- sans rien ajouter à son patrimoine, il lui suffisait de diviser celui du seul plus puissant que lui pour devoir le plus puissant lui-même ; et Ton voit très-clairement qu'en prenant toutes les précautions qui pouvaient assurer le succès de Tentreprise il ne négligeait pas celles qui devaient lui donner la primauté dans le corps qu'il voulait instituer.
De plus, ses apprêts ne se bornaient point à former au dehors des ligues redoutables, ni à contracter alliance avec ses voisins et ceux de ses ennemis. En intéressant tant de peuples à l'abaissement du premier potentat de l'Europe, il n'oubliait pas de se mettre en état par lui-même de le devenir à son tour, il employa quinze ans de paix à faire des préparatifs dignes de l'entreprise qu'il méditait. Il remplit d'argent ses coffres, ses arsenaux d'artillerie, d'armes, de munitions; il ménagea de loin des ressources pour les besoins imprévus; mais il fit plus que tout cela sans doute, en gouvernant sagement ses peuples, en déracinant toutes les semences de divisions et en mettant un si bon ordre à ses finances, qu'elles» pussent fournir à tout sans fouler ses sujets ; de sorte que, tranquille au dedans et redoutable au dehors, il se vit en état d'armer et d'entretenir soixante mille hommes et vingt vais-
seaux de guerre, de quitter son royaume sans y laisser la moindre source de désordie, et de faire la guerre durant six ans sans toucher à ses reveiuis ordinaires ni mettre un sou de nouvelles impositions.
A tant de préparatifs, ajoutez pour la conduite de l'entreprise le même zèle et la même prudence qui l'avaient formée, tant de la part de son ministre que de la sienne; enfin, à la tête des expéditions militaires un capitaine tel que lui, tandis que son adversaire n'en avait plus à lui opposer, et vous jugerez si rien de ce qui peut annoncer un heureux succès manquait à Fespoir du sien. Sans avoir pénétré ses vues, l'Europe attentive à ses immenses préparatifs en attendait TetTef avec une sorte de frayeur. Un léger prétexte allait commencer cette graiide révolution ; une guerre, qui devait être la dernière, préparait une paix immortelle, quand un événement, dont l'horrible mystère doit augmenter l'ciTroi, vint bannir à jamais le dernier espoir du monde. Le môme coup qui trancha les jours de ce bon roi replongea l'Europe dans d'éternelles guerres,qu'ellenedoit pas espérer de voir finir. Quoi qu'il en soit, voilà les moyens que Henri lY avait rassemblés pour former le même établissement que Tabbé de Saint- Pierre prétendait faire avec un livre.
Qu'on ne dise donc point que, si son système n'a pas été adopté, c'est qu'il n'était pas bon ; qu'on dise au contraire qu'il était trop bon [)0ur être adopté, car le mal et les abus dont tant de gens proGtent s'introduisent d'eux-mêmes ; mais ce qui est utile au public ne s'introduit guère que par la force, attendu que les inlérêts particuliers y sont presque toujours opposés. Sans doute, la paix perpétuelle e^t aujourd'hui un projet bien absurde ; mais qu'on nous rende un Henri IV et un Sully, la paix perpétuelle redeviendra un projet raisonnable ; ou plutôt, admirons un si beau plan, mais consolons -nous de ne pas le voir exécuter, car cela ne peut se faire que par des moyens violents et redoutables à l'humanité. On ne voit point de ligues
APPENDICE. Ai^
fédératives s'établir autrement que par des révolutions, et, sur ce principe, qui de' nous oserait dire si cette ligue européenne est à désirer ou à craindre? Elle ferait peut-être plus de mal tout d'un coup qu'elle n'en préviendrait pour des siècles.
Jug^einent sur la polysynodie, par J. J. Ronssean.
De tous les ouvrages de Tabbé de Saint-Pierre, le discours sur la polysynodie est, à mon avis, le plus approfondi, le mieux raisonné, celui où Ion trouve le moins de répétitions, et même le mieux écrit; éloge dont le sage auteur se serait fort peu soucié, mais qui n'est pas indifi'érent aux lecteurs superficiels. Aussi cet écrit n'était-il qu'une ébauche, qu'il prétendait n'avoir pas eu le temps (fabréger; mais qu'en effet il n'avait pas eu le temps de gâler pour vouloir tout dire, et Dieu garde un lecteur impatient des abrégés de sa façon !
II a su même éviter, dans ce discours, le reproche si commode aux ignorants, qui ne savent mesurer le possible que sur l'existant, ou aux méchants, qui ne trouvent bon que ce qui sert leur méchanceté, lorsqu'on montre aux uns et aux autres^ que ce qui est pourrait être mieux. Il a, dis-je, évité cette grande prise que la sottise routinée a presque toujours sur les nouvelles vues de la raison, avec ces mots tranchants de projets en Vair et de rêveries; car, quand il écrivait en* faveur de la polysynodie, il la trouvait établie dans son pays. Toujours paisible et sensé, il se plaisait à montrer à ses compatriotes les avantages du gouvernement auquel ils étaient soumis; il en
4i4 L'ABBÉ DE SAINT-PIERRE.
faisait une comparaison raisonnable et discrète avec celui dont ils venaient d'éprouver la rigueur. Il louait le systènae du prince régnant; il en déduisait les avantages ; il montrait ceux qu'on y pouvait ajouter, et les additions mêmes qu*il demandait consistaient moins, selon lui, dans les changements à faire que dans Fart de perfectionner ce qui était fait. Une partie de ces vues lui étaient venues sous le règne de Louis XIY; mais il avait eu la sagesse de les taire jusqu'à ce que l'intérêt de FÉtat, celui du gouvernement et le sien lui permissent de les publier. Il faut convenir cependant que, sous un même nom, il y avait une extrême différence entre la polysynodie qui existait et celle que pioposait l'abbé de Saint-Pierre, et, pour peu qu'on y réfléchisse, on trouvera que l'administration qu'il citait en exemple lui servait bien plus de prétexte que de modèle pour celle qu'il avait imaginée. Il tournait même avec assez d'adresse en objections contre son propre système les défauts à relever dans celui du régent, et, sous le nom de réponse à ses objec* tiens, il montrait sans danger et ces défauts et leurs remèdes. Il n'est pas impossible que le régent, quoique souvent loué dans cet écrit par des tours qui ne manquent pas d'adresse, ait pénétré la finesse de cette critique, et qu'il ait abandonné l'abbé de Saint-Pierre par pique autant que par faiblesse, plus offensé peut-être des défauts qu'on trouvait dans son ouvrage que flatté des avantages qu'on y faisait remarquer. Peut-être aussi lui sut-il mauvais gré d'avoir, en quelque manière, dévoilé ses vues secrètes, en montrant que son établissement n'était rien moins que ce qu'il devait être pour devenir avantageux à l'État et prendre une assiette fixe et durable. En effet, on voit clairement que c'était la forme de polysynodie étabUe sous la régence que l'abbé de Saint-Pierre accusait de pouvoir trop aisément dégénérer en demi-vizirat et même en vizirat; d'être susceptible, aussi bien que l'un et l'autre, de corruption dans ses membres et de concert entre eux contre l'intérêt public; de n'avoir jamais d'autre sûreté pour sa durée que la volonté du
monarque régnant; enfin, de n'être propre que pour les princes laborieux, et d'être, par conséquent, plus contraire que favorable au bon ordre et à Texpédition des affaires. C'était l'espoir de remédier à ces divers inconvénients qui l'engageait à proposer une autre polysynodie entièrement différente de celle qu'il feignait de ne vouloir que perfectionner.
11 ne faut donc pas que la conformité des noms fasse confondre son projet avec cette ridicule polysynodie dont il voulait autoriser la sienne; mais qu'on appelait dès lors, par dérision, les soixante et dix ministères, et qui fut réformée au bout de quelques mois sans avoir rien fait qu'achever de tout gâter; car la manière dont cette administration avait été établie fait assez voir qu'on ne s'était pas beaucoup soucié qu'elle allât mieux, et qu'on avait bien plus songé a rendre le Parlement méprisable au peuple qu'à donner réellement à ses membres Tâutorité qu'on feignait de leur confier. C'était un piège aux (pouvoirs intermédiaires, semblable à celui que leur avait déjà tendu Henri lY à l'assemblée de Rouen; piège dans lequel la Tanité les fera toujoui*s donner et qui les humiliera toujours. L'ordre politique et l'ordre civil ont, dans les monarchies, des principes si différents et des règles si contraires, qu'il est presque impossible d'allier les deux administrations, et qu'en général les membres des tribunaux sont peu propres pour les i^nseils, soit que l'habitude des formalités nuise à l'expédition ^es affaires qui n'en veulent point, soit qu'il y ait une incompatibilité naturelle entre ce qu'on appelle maximes d'Etat et 1^ justice et les lois.
Au reste, laissant les faits à part, je croirais, quant à moi, que le prince et le philosophe pouvaient avoir tous deux raison sans s'accorder dans leur système; car autre chose est l'administration passagère et souvent orageuse d'une régence, et autre ■chose une forme de gouvernement durable et constante qui ^oit faire partie du la constitution de l'État. C'est ici, ce me semble, qu'on retrouve le défaut ordinaire à l'abbé de Saint-
A\ê LABBÉ DE SAINT-PIERRË.
Pierre, qui esl de iiappliqucr jamais assez bien ses vues aux liommes, aux temps, aux circoustances, et d'offri]* toujours, comme des facilités pour lexéculiou d*un projet, des «avantages qui lui servait souvent d'obstacles. Dans le plan dont il s'agit, il voulait modifier un gouvernement que su longue durée a rendu déclinant, par des moyens tout à fait étrangers à sa constitution présente; il voulait lui rendre celte vigueur universelle qui met, pour ainsi dire, toute la personne en action. C*était comme s'il eût dit à un vieillard décrépit et goutteux : marchez, travaillez; servez-vous de vos bras et de vos jambes, car Texercicc est bon a la santé.
En effet, ce n'est rien moins qu'une révolution dont il est question dans la polysynodie; et il ne faut pas croire, parce qu'on voit actuellement des couseils dans les cours des princes, et que ce sont des conseils qu'on projwse, qu'il y ait peu de différence d'un système à l'autre. La différence est telle, quMl faudrait commencer par détruire tout ce qui existe pour donner au gouvernement la forme imaginée |)ar l'abbé de Saint-Pierre; et nul n'ignore combien est dangereux, dans un grand État, le moment d'anarchie et de crise qui précède nécessairement un établissement nouvccui. La seule introduction du scrutin devait faire un renversement épouyâniable et donner plutôt un mouvement convulsif et continuel à chaque partie qu'une nouvelle vigueur au corps. Qu'on juge du danger d'émouvoir une fois les masses énormes qui composent la monarchie française ! Qui pourra retenir l'ébranlement donné ou prévoir tous les effets qu'il peut produire? Quand tous les avantages du nouveau plan seraient incontestables, quel homme de sens oserait entreprendre d'abolir les vieilles coutumes, de changer les vieilles maximes et de donner une autre forme à TÉtat que celle oii Ta successivement amené une durée de treize cents ans? Que le gouvernement actuel soit encore celui d'autrefois, ou (|ue durant tant de siècles il ait changé de nature insensiblement, il est également imprudent d'y toucher. Si c'est le même, il faut le
respecter; s'il a dégénéré, c*eî>t par la force des temps et des choses, et la sagesse humaine n'y peut rien. 11 ne suffit pas de considérer les moyens qu'on veut employer, si Ton ne regarde encore les hommes dont on se veut servir. Or, quand toute une nation ne sait plus s'occuper que de niaiseries, quelle attention peut-elle donner aux grandes choses, et, dans un pays où la musique est devenue une affaire d'Etat, que seront les affaires, sinon des chansons? Quand on voit tout Paris en fermentation pour une place de baladin ou de bel esprit, les affaires <le l'Académie ou de l'Opéra faire oublier Fintérêt des princes et la gloire de la nation, que doit-on espérer des affaires publiques rapprochées d'un tel peuple et transportées de la cour à la ville? Quelle confiance peut-on avoir au scrutin des conseils, quand on voit celui d'une Académie au pouvoir des femmes? Seront- elles moins empres^ées à placer des ministres que des savants, ou se corinaîlront-elles mieux en politique qu'en éloquence? Il est bien à craindre que de tels établissements, dans un pays oii les mœurs sont en division, ne se fissent pas tranquillement, ne se maintinssent guère sans troubles et ne donnassent pas les meilleurs sujets.
D'ailleurs, sans entrer dans cette vieille question de la vénalité des charges, qu'on ne peut agiter que chez des gens mieux pourvus d'argent que de mérite, imagine-t-on quelque moyen praticable d'abolir en France cette vénalité? Ou penscrait-on qu'elle pût subsister dans une partie du gouvernement et le scrutin de l'autre; l'une dans les tribunaux et l'autre dans les conseils, et que les seules places qui restent à la faveur seraient abandonnées aux élections? H faudrait avoir des vues bien courtes et bien fausses pour vouloir allier des choses si dissemblables et fonder un même système sur des principes si différents. Mais laissons ces applications, et considérons la chose en elle-même.
Quelles sont les circonstances dans lesquelles une monarchie héréditaire peut, sans révolutions, être tempérée par des for-
mes qui la rapprochent de raristocratie? Les corps intermédiaires entre le prince et le peuple peuvent-ils, doivent-ils avoir une juridiction indépendante Tune de Taulre; ou, s'ils sont précaires ou dépendants du prince, peuvent-ils jamais entrer comme parties intégrantes dans la constitution de TEtat et même avoir une influence réelle dans les affaires? Questions préliminaires qu'il fallait discuter, et qui ne semblent pas faciles à résoudre. Car, s'il est vrai que la pente naturelle est toujours vers la corruption et par conséquent vers le despotisme, il est diilQcile de voir par quelles ressources de politique le prince, même quand il le voudiait, pourrait donner à cette pente une direction contraire, qui ne pût être changée par ses successeurs ni par leurs ministres. L'abbé de Saint-Pierre ne prétendait pas, à la vérité, que sa nouvelle forme ôtât rien à Tautorité royale; car il donne aux conseils la délibération des matières et laisse au roi seul la décision : ces différents conseils, dit-il, sans empêcher le roi de faire tout ce qu'il voudra, le préserveront souvent de vouloir des choses nuisibles à sa gloire et à son bonheur; ils porteront devant lui le flambeau de la vérité pour lui montrer le meilleur chemin et le garantir des pièges. Mais cet homme éclairé pouvait-il se payer luimême de si mauvaises raisons? Espérait-il que les yeux des rois pussent voir les objets à travers les lunettes des sages ? Ne sentait-il pas qu'il fallait nécessairement que la délibération des conseils devint bientôt un vain formulaire, ou que l'autorité royale en fût altérée, et n'avouait-il pas lui-même que c'était introduire un gouvernement mixte, oîi la forme républicaine s'alliait à la monarchique? En effet, des corps nombreux dont le choix ne dépendrait pas entièrement du prince, et qui n auraient par eux-mêmes aucun pouvoir, deviendaient bientôt un fardeau inutile à TÉlat. Sans mieux faire aller les affaires, ilç ne feraient qu'en retarder l'expédition par de longues formalités, et, pour me servir de ses propres termes, ne seraient que des conseils de parade. Les favoris du prince, qui le sont rare-
ment du public^ et qui, par conséquent, auraient peu d'influence dans des conseijs formés au scrutin, décideraient seuls toutes les affaires; le priOGfî^i'assisterail jamais au conseil sans avoir déjà pris son prti sur tout ce qu*on y devait agiter, ou n'en sortirait jamais sans consulter de nouveau dans son cabinet avec ses favoris sur les résolutions qu'on y aurait prises ; enfin, il faudrait nécessairement que les conseils devinssent méprisables, ridicules et tout à fait inutiles, ou que les rois perdissent de leur pouvoir : alternative à laqnelle ceux-ci ne s'exposeront certainement pas, quand même il en devrait résulter le plus grand bien de TEtal et le leur.
Voilà, ce me semble, à peu près les côtés par lesquels l'abbé de Saint-Pierre eût dû considérer le fond de son système pour en bien établir les principes; mais il s'amuse, au lieu de c«la, à résoudre cinquante mauvaises objections, qui ne valaient pas la peine d'être examinées, ou, qui pis est, à faire lui-même de mauvaises réponses, quand les bonnes se présentent naturellement, comme s'il cherchait à prendre plutôt le tour d'esprit de ses opposants pour les ramener à la raison que le langage de la raison pour convaincre les sages.
Par exemple, après s'être objecté que, dans la polysynodie, chacun des conseillers a son plan général; que cette diversité produit nécessairement des décisions qui se contredisent et des embarras dans le mouvement total, il répond à cela qu'il ne peut y avoir d'autre plan général que de cherchera perfectionner les règlements qui roulent sur toutes les parties du gouvernement. Le meilleur plan général, n'est-ce pas, dit-il, celui qui va le plus droit au plus grand bien de l'État dans chaque affaire particulière? D'où il tire cette conclusion très-fausse, que les divers plans généraux, ni par conséquent les règlements et les affaires qui s'y rapportent, ne peuvent jamais se croiser ou se nuire mutuellement.
En effet, le plus grand bien de l'État n'est pas toujours une chose si claire ni qui dépende, autant qu'on le croirait, du plus^
grand bien de chaque partie; comme si les affaires mêmes ne pouvaient pas avoir entre elles une infinité d'ordres divers et <le liaisons plus ou moins fortes, qui forment au(ant de différences dans les plans généraux. Ces plans bien digérés sont toujours doubles et renferment dans un système composé la forme actuelle de TÉtal et s;i forme perfectionnée selon les vues de Fauteur . Or celte perfection dans un tout aussi composé que le corps politique ne dépend pas seulement de celle de chaque parlie, comme, pour bien ordonner un palais, il ne suHit pas d*en bien disposer chaque pièce, mais il faut de plus considérer les rapports du tout, les liaisons les plus convenables. Tordre le plus commode, la plus facile communication, le plus parfait ensemble et la symétrie la plus régulière. Ces objets généraux sont si importants, que Tbabile architecte sacrifie au mieux du tout mille avantages particuliers, qu*il aurait pu iM)nserver dans une ordonnance moins parfaite et moins simple. De même, le politique ne regarde en particulier ni les finau- -ces, ni la guerre, ni le commerce ; mais il rapporte toutes ces parties à un objet c^nmiuu, et des proportions qui leur conviennent le mieux, résultent les plans généraux dont les dimensions peuvent varier de mille manières, selon les idées et les vues de ceux qui les ont formés, soit en cherchant la plus grande perfection en tout, soit en cherchant la plus facile exécution, sans qu'il soit aisé (juelquefois de démêler celui de ces plans qui mérite la préférence. Or c*cst de ces plans qu'on peut dire que, si chaque conseil et chaque conseiller a le sien, il n'y aura que contradictions dans les affaires et qu*embarras dans le mouvement commun. Mais le plan général, au lieu d'être celui d'un homme on d'un autre, ne doit èlre et n'est, en effet, dans la polysynodie, que celui du gouvernement, et c'est à ce grand modèle que se rapprtent nécessairement les délibérations communes de chaque conseil et le travail particulier de chaque membre. Il est certain même qu'un pareil plan se médite et se conserve mieux dans le dépôt d'un conseil que
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dans la tête d'un ministre et même d*un prince. Car chaque vizir a son plan, qui n'est jamais celui de son devancier, ctchaque demi- vizir aussi le sien, qui n'est ni celui de son devancier ni celui de son collègue,- aussi voit-on généralement les républiques changer moins de systèmes que les monarchies. D'où je conclus avec l'abbé de Saint-Pierre, mais par d'autres raisons, que la polysynodie est plus favorable que le vizirat et le demi- vizirat à l'unité du plan général.
A l'égard de la forme particulière de sa polysynodie et des détails dans lesquels il entre pour la déterminer, tout cela est fort bien vu, et fort bon séparément pour prévenir les inconvénients auxquels chaque chose doit remédier; mais, quand on viendrait à rexéculion, je ne sais s'il régnerait assez d'harmonie dans le tout ensemble; car il paraît que TétaWissement des grades s'accorde mal avec celui de la circulation, et le scrutin plus mal encore avec Tun et l'autre. D'ailleurs, si l'étabhssement est dangereux à faire, il est à craindre que, niéme après rétablissement fait, ces différents ressorts ne causent mille embarras et mille dérangements dans le jeu de Ha machine , quand il s'agira de la faire marcher.
La circulation de la présidence en particulier serait un excellent moyen pour empêcher la polysynodie de dégénérer bientôt en vizirat si cette circulation pouvait durer et qu'elle ne fût pas arrêtée par la volonté du prince en faveur du premier des présidents qui aura l'art toujours recherché de lui plaire. C'est-à-dire que la polysynodie durera jusqu'à ce que le roi trouve un vizir à son gré; mais, sous le vizirat même, on n'a pas un vizir plus tôt que cela. Faible remède que celui dont la vertu s'éleint à l'approche du mal qu'il devait guérir !
N'est-ce pas encore un mauvais expédient de nous donner la nécessité d'obtenir les suffrages une seconde fois comme un frein pour empêcher les présidents d'abuser de leur crédit la première? Ne serait-il pas plus court et plus sûr d'en abuser au point de n'avoir plus que faire de suffrages, et notre auteur
lui-même ii*accorde-t-il pas au prince le droit de prolonger au besoin les présidents à sa volonté, c'est-à-dire d'en faire de véritables vizirs? Comment n'a-t-il pas aperçu mille fois, dans le coure de sa vie et de ses écrits, combien c'est une vaine occupation de rechercher des formes durables pour un état de choses qui dépend toujours de la volonté d'un seul homme ?
Ces difficultés n ont pas échappé à Tabbé de Saint-Pierre, mais peut-être lui convenait-il mieux de les dissimuler que de les résoudre. Quand il parle de ces contradictions et qu'il feint de les concilier, c'est par des moyens si absurdes et des raisons si peu raisonnables, qu'on voit bien qu'il est embarrassé ou qu'il ne procède pas de Bonne foi. Serait-il croyable qu'il eût mis eu avant, si hors de propos, et compté parmi ces moyens l'amour de la patrie, le bien public, le désir de la vraie gloire et d'autres chimères évanouies depuis longtemps ou dont il ne reste plus de traces que dans quelques petites républiques ? Penserait-il sérieusement que rien de tout cela pût réellement influer dans la forme d'un gouvernement monarchique; et, après avoir cité les Grecs, les Romains et même quelques modernes qui avaient des âmes anciennes, n'avoue-t-il pas luimême qu'il serait ridicule de fonder la constitution d'un État sur des maximes éteintes? Que fait-il donc pour suppléer à ces moyens étrangers dont il reconnaît l'insuffisance? Il lève une difficulté par une autre, établit un système sur un système et fonde sa polysynodie sur sa république européenne. Cette république, dit-il, étant garante de l'exécution des capitulations impériales pour l'Allemagne, des capitulations parlementaires pour l'Angleterre, d€^ pacta conventa pour la Pologne, ne pourrait-elle pas l'être aussi des capitulations royales signées au sacre des rois pour la forme du gouvernement, lorsque cette forme serait passée en loi fondamentale? Et, après tout, garantir les rois de tomber dans la tyrannie des Nérons, n'est-ce pas Jes garantir, eux et leur postérité, de leur ruine totale?
On peut, dit-il encore, faire passer le règhment de la poly-
synodie en forme de loi fondamentale dans les élals généraux du royaume, la faire jurer an sacre des rois, et lui donner ainsi la même autorité qu'à la loi salique.
La plume tombe des mains quand on voit un homme sensé proposer sérieusement de semblables expédients.
Ne quittons point celte matière sans jeter un coup d'œil général sur les trois formes de ministère comparées dans cet ouvrage.
Le vizirat est la dernière ressource d*un État défaillant, c'est un palliatif quelquefois nécessaire,. qui peut lui rendre pour un temps une cetiiaine vigueur apparente; mais il y a dans cette forme d'administration une multiplication de forces tout à fait superflue dans un gouvernement sain. Le monarque et le vizir sont deux machines exactement semblables, dont Tune devient inutile sitôt que l'autre est en mouvement. Car, en effet, selon le mot de Grotius, qui régit, rex est. Ainsi l'Etat supporte un double poids qui ne produit qu'un effet simple. Ajoutez à cela qu'une grande partie de la force du vizirat, étant employée à rendre le vizir nécessaire et à le maintenir en place, est inutile ou nuisible à l'Etat. Aussi Tabbé de Saint- Pierre appelle-t-il avec raison le vizirat une forme de gouvernement grossière, barbare, pernicieuse aux peuples, dangereuse pour les rois, funeste aux maisons royales, et l'on peut dire qu'il n'y a point de gouvernement plus déplorable au monde que celui où le peuple est réduit à désirer un vizir. Quant au demi-vizirat, il est avantageux sous un roi qui sait gouverner et réunir dans ses mains toutes les rênes de TÉtat ; mais^ sous un prince faible ou peu laborieux, cette administration est mauvaise, embarrassée, sans système et sans vues, faute de liaison entre les parties et d'accord entre les ministres, surtout si quelqu'un d'entre eux, plus adroit ou plus méchant que les autres, tend en secret au vizirat. Alors tout se passe en intrigues de cour, l'État demeure en langueur, et, pour trouver la raison de tout ce qui se fait sous un semblable gouvernement,
il ne faut pas demander à quoi cela sert, mais à quoi cela nuit. Pour la polysynodie de l'abbé de Saiul-Pierre, je ne saurais voir qu'elle puisse être utile ni praticable dans aucune véritable monarchie; mais seulement dans une sorte de gouvernement mixte, où le chef ne soit que le président des conseils, n'ait que la puissance executive et ne puisse rien par lui-même. Encore ne saura is-je croire qu'une pareille administration pût durer longtemps sans abus; car les intérêts des sociétés partielles ne sont pas moins séparés que ceux de TEtat, ni moins pernicieux à la république que ceux des particuliers, et ils ont même cet inconvénient de plus, qu'on se fait gloire de soutenir, à quelque prix que ce soit, les droits ou les prétentions du corps dont on est membre, et que ce qu'il y a de malhonnête à se préférer aux autres, s'évanouissant à la faveur d'une société nombreuse dont on fait partie, à force d'être bon sénateur on devient enfin mauvais citoyen. C'est ce qui rend l'aristocratie la pire des souverainetés; c'est ce qui rendrait peut-être la polysynodie le pire de tous les ministères.
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De la guerre, considérée dans ses rapports avec les destinées dn §;enre humain, les droits des nations et la nature humaine, par M* le comte de Portails *•
M. le comte Joseph de Maistre a soutenu que la guerre est divine ; qu'elle est un instrument du règne de la Providence,
* Mémoire lu à l'Académie des sciences morales et politiques en 1856. Compte rendu des séances et travaux de l'Académie, par M. Ch. Vergé. -• série, t. XVIII.
qu elle appartient, ainsi que tous les maux physiques, à F expiation nécessaire des crimes des hommes ; en conséquence, que la terre entière, continuellement imbibée de sang, ne sera, jusqu'à la consomnialion des siècles, qu'un autel immense où tout ce qui vit doit être immolé sans fin, sans mesure et sans relâche.
« Comment un philosophe chrétien , se demande d'abord M. Portalis, comment un homme sensible et bon, ses Lettres familières en font foi, a-l-il pu s'égarer à ce point dans la recherche des voies mystérieuses de la Providence?
« Voici comment on peut Texpliquer.
« L'espérance d'ajouter une preuve nouvelle à la démonstration de la vérité révélée a vivement saisi le comte de Maistre. II a cru la trouver dans la croyance universelle établie chez tous les peuples de V innocent payant pour le coupable ou du salut par le sang. Il soutient avec ardeur la certitude et la généralité de cette croyance et Pallie à Topinion qu'il adopte de la vitalité du sang ou plutôt de Videntité du sang avec la vie. Cette doctrine, aussi ancienne que Phne le Naturaliste, rappelle la doctrine de Confucius sur la double immatérialité de Tâme ; elle a été rajeunie à la fin du siècle dernier par un physiologiste anglais, nommé Jean Hunter. Le comte de Maistre s'y associe ; il appelle ensuite au secours de sa démonstration l'autorité de YÉcnture sainte, les traditions et les monunients de l'antiquité, le témoignage de toutes les nations. »
M. PortaUs le suit pas à pas pour le combattre par ses propres armes, et il arrive à cette conclusion, que la guerre n'ar rien de divin ; qu'elle n'est pas une loi de la Providence, mais un accident, un fléau qui prend sa source dans la nature dépravée de Thomme.
« Non, la guerre n'est point divine, elle est le fait de rhomme; elle n'entre ni comme élément ni comçie moyen dans l'œuvre de la réhabilitation du genre humain ; elle n'est qu'une des tristes conséquences de la déchéance de l'homme et
de Tempire qu'ont usurpé sur hii ses mauvaises passion<:. La guerre n'a rien de plus divin que les tremblements de terre, les incendies spontanés, les inondations, les vastes naufrages, les épidémies et les contagions meurtrières qui, de siècles eu siècles, et quelquefois d'années en années, ravagent la terre et moissonnent ses habitants. Ces terribles instruments de la providence divine correspondent et se coordonnent sans doute aux choses du monde invisible et spirituel. Dans Tordre moral comme dans Tordre physique, ils ont, dans les desseins de Dieu, une signification et des eflefs prévus et déterminés. Mais, à aucun tilre, la guerre ne saurait être privilégiée entre les Héaux. Ainsi que tous les autres, elle est placée sous l'empire <de ces causes secondes qui sont comme les lois organiques de l'univers. Elle ne se distingue d'eux que par le vice de son origine et la perversité de ses causes. Allumée au jeu des passions humaines comme les volcans à la conflagration des matières inflammables que la terre recèle en son sein, elle est toujours l'effet d'une volonté dépravée, même quand elle est légitime et juste, puisqu'elle n'éclate jamais qu'à l'occasion de droits violés ou d'une injustice dont la réparation est refusée. Du reste, dans les circonstances qui la précèdent, qui l'accompagnent ou qui la suivent, il n'y a rien qui sorte de l'ordre naturel des choses. »
La source et la raison d'être de la guerre, selon M. Portalis, c'est le devoir de la légitime défense de soi-même et d'autrui; c'est l'instinct de la conservation; c'est le sentiment du Droit, dont Tinviolabililé est pour les [)euples le premier des intérêts. De là, la prééminence de l'état militaire, institué pour défendre l'existence des nations et sauvegarde r leurs droits.
tt C'est, dirai-je avec un des philosophes de Técole de Port- Royal, dont le style ferme et noble rappelle quelquefois le style du grand Bossuet, c'est parce que les princes et tous les conducteurs des peuples sont comptables envers Dieu de la liberté, des biens, de Thonneur et de la vie des hommes placés sous
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leur gouvernement, qu'ils sont autorisés à lever et à entretenir des flrm^«5; c'est parce qu'ils sont destinés à combattre pour la sxvreté commune, à venger hi justice violée y et à procurer V exécution des lois que Vennemi a méprisées, que ces armées sont considérées comme les barrières des États.
c C'est parce que les soldais qui les composent sont les défenseurs dévoués du droit et les ministres de la justice; c'est parce qu'ils sont, à vrai dire, les victimes dû bien public, qu'ils sont placés si haut dans l'estime des hommes * .
« Tels sont les véritables fondements de la prééminence généralement accordée chez tous les peuples à Vétat militaire.
« Mais, après tout, les hommes ne sont pas créés pour faire ia guerre, et la guerre n'est point le but de leur existence. Hobbes, que le spectacle déchirant des troubles de sa patrie avait aigri, voyait en eux des animaux de proie occupés à s'entre-dévorer; mais d'autres les représentent comme des troupeaux d'animaux timides et serviles se soumettant sans résistance au joug des plus ambitieux.
« Ceux qui les savent sociables, et toujours et partout vivant ■en société; ceux qui savent que leur insociable sociabilité, <:omme parle Kant, expression énergique, qui, soit dit en passant, ne répond pas mal à Vinsociabile regnum de Tacite, exerce sur eux une double action, expliquent facilement les «ffets différents de cette sociabilité. Isolés, elle les rapproche; rapprochés, elle les divise. Un commun intérêt réunit les familles en un corps de nation; la concurrence ou lopposition des intérêts arme les peuples les uns contre les autres, tantôt pour conserver ce qu'ils possèdent, tantôt pour acquérir ce qu'ils n'ont pas; car les peuples ont des besoins et des passions •comme les individus, et les collisions entre les uns sont non moins inévitables que les différends entre les autres.
' Du guet. ImlUutioM d'un prince.
a Nul ne fait la guerre par instinct et pour Tunique plaisir de la faire, pas même les pirates et les conquérants. Si, dans quelque coin reculé du monde, il se trouve encore des hordes sauvages en état de guerre contre le genre humain, on ne saurait affirmer qu'elles vivent en société. Ces infortunés, privés des choses les plus indispensables, dont l'intelligence bornée n'est ouverte qu'à la nécessité de pourvoir à leurs besoins matériels, réduits aux rudiments grossiers des arts les plus élé> nientaires, ignorant tout moyen régulier d'acquérir, n*ont pour toute industrie qu'une routine aveugle et des procédés informes. Ils n'ont d'hommes que le nom, a peine en ont-ils la figure, que leur goût dépravé déshonore le plus souvent en prétendant l'orner.
(( Les guerres sont aux nations sorties de la barbarie ce que sont les maladies aux hommes bien constitués. Comme chez ces derniers la force du tempérament tend sans cesse au rétablissement de la santé, chez les peuples policés les forces vives de la société ne cessent de travailler au rétablissement de la paix, qui est la sanlé des nations et qui finit toujours par se rétablir. »
Pré ACE i
Biographie de l'abbé de SAiNT-IhEftRE 11
Introduction 57
CHAPITRE PREMIER. Le Projet de I'aix perpétoelle. — Histoire de l'idée de la paix. — L'âge d'or. — L'idée de la paix dans l'antiquité et au moyen âge. — Plan de Henri lY pour l'établissement d'une fédéi^ation des États européens. — Le Nouveau Cynée. — Le Projet de paix perpétuelle de l'abbé de Saint-Pierre. — Sa dédicace adressée au roi. —Résumé des cinq articles qui le composent. — Aperçu des avantages principaux que les nations européennes, et en particulier la France, retireraient de son adoption. — Que la guerre même pourrait être employée à l'établissement delà paix perpétuelle 69
CHAPITRE II. Le Projet de paix perpétoelle. (Suite.) — VExtrait du projet de paix perpéluelle^ par J. J. Rousseau. — Jugement de Voltaire sur le Projet de paix perpétuelle. — Opinion de M. Necker sur la guerre. VEé€ai sur la paix perpétuelle d'Emmanuel Kant. «- Le Prqjet de paix perpétuelle de Jérémic Bentham. — Appréciation de M. Henry Wheaton. Apologie de la guêtre^ par le comte Joseph de Maistre. — Les sociétés et les congrès de la paix. — Résolutions du congrès de 1851. — D'une doctrine par trop éyangélique de certains amis de la paix. — Peut-on qualilier d'utopies les plans proposés pour l'établissement d'une paix perpétuelle? »8
CHAPITRE III. La Poltsynodie. — Ahrégé du Traité de la Polysynodie de rabbé de Saint-Pierre^ par J. J,. Rousseau. — De l'Académie politique et du scrutin perfectionné. — Que le scrutin peifectionné est un antropomètre et un basitimétre. — Conviction de l'abbé de Saint-Pierre que son système amènera l'âge d'or. — Que rhumanité a traversé l'âge do fer et l'âge d'airain, et qu'elle est maintenant parvenue à l'âge d'argent. — Ce qu'il faut penser de la polysynodie.. '. Ifô
CHAPITRE IV. Pbojets divers. — I. Projet pour perfectionner la médecine.
— Utilité d'une Académie et d'une Bibliothèque de médecine. — II. Projet pour rendre les établissements des religieux plus parfaits. — Que le travail est plus utile que la prière. — Que le nombre des ordres religieux devrait être limité, et qu'ils devraient s'appliquer spécialement à l'éducation de la jeunesse et au soulagement des malades. — 111. Projet pour faire cesser les disputes séditieuses des théologiens. — lY. Projet pour perfectionner le commerce de la France. — Idées économiques de l'abbé de Saint-Pierre. — V. Proje't pour l'établissement de conférences sur la physique. — Gomment on pourrait perfectionner le Journal des Savants 144
CHAPITRE V. Projets divers. (Suite.) — 1. Avantages que doit produire Tagrandissement continuel de la capitale d'un État. — II. Gtilité des dénombrements. — m. Projets pour rendre les chemins praticables en hiver. — IV. Projet pour renfermer les mendiants 168
CHAPITRE VI. Projets divers. (Fin.) — 1. De la nécessité de récompenser les auteurs de projets politiques et les autres inventeurs. — 11. Projet pour établir des conférences politiques. — IIl. Projet pour multiplier les collèges de flUes. — IV. Projet pour rendre les titres plus utiles au service du roi et de l'État. — V. l*rojet pour rendre les livres et autres monuments plus honorables pour les auteurs futurs et plus utiles à la postérité. — Vf. Projet pour établir des annalistes de l'État. — Vil. Projet pour rendre l'Académie plus utile. — ViU. Discours contre l'augmentatiou des monnaies et en faveur des annuités. — Menus projets .... 205
CHAPITRE VII. Morale et religion. — De la doctrine de l'antagonisme des intérêts et de ses conséquences morales. — Qu'elle met l'intérêt en opposition avec la justice. — Résultats opposés de la doctrine de Tharmonie des intérêts. — Uc la morale utilitaire ou morale économique qui en découle. — Que Tabbé de Saint-Pierre a devancé Bentham comme moraliste utilitaire. — -• Son Traité de l'origine des droits et des devoirs. — Ses Obwrvations pratiques sur le célibat des prêtres. — Son Credo, revu et corrigé par Voltaire 243
CHAPITRE VIII. Variétés. — Discours contre le mahométisme. — Explication physique d'une apparition 266
CHAPITRE IX. Annales politiques. — Appréciation des Annales politiques.
— Ce qu'en pensait Voltaire. — But que se proposait l'auteur dei Annales. — Réflexions sur la nécessité de perfectionner l'éducation, à propos de la fondation du collège Mazarin. — Portrait de Louis XIV à vingt «ns. — Jugement sur Gromwell. — Parallèle entre Mazarin et Richelieu.
— Querelles de cochers et d'ambassadeurs à Londres et à Rome. — Faits relatifs à la conservation des grains. — Sommes inutilement dépensées {)ar TEspagne pour conserver les Pays-Bas. — Notice sur le canal du Midi. — La campagne de Flandres en 1667. — Constniction du château •de Versailles. — Causes futiles de la guerre de 1672, entre la France et les Provinces-Unies.— L'Hôtel des Invalides plus fastueux qu'utile. — Portrait du chancelier le Tellier 305
CHAPITRE X. Annales politiques. (Suite et fin.) — Dépenses de la guerre avec la Hollande, et tort que causa cette guerre à la réputation de Louis XIV. — Une décision équitable de ce monarque. — Mort de la reine Marie-Thérèse d'Autriche et de Colbert. — Le bombardement de Gênes.
— Comment Louis XIV aurait pu économiser la plus grande partie de ses dépenses militaires. —Portrait du grand Condé et parallèle avec Turenne. — Portrait du maréclial de la Feuilladc, le courtisan accompli. — Mot du czar Pierre sur Tinfaillibilité du pape. — Qu'il faudrait humaniser les usages de la guerre. — Compte des frais de la guerre de la ligue d'Augsbourg. — Eloge du Dauphin, fils de Louis XIV. — Mort de Louis XIV; jugement développé sur ce prince. — Le système de Law; cause de sa chute. — Le cardinal Dubois. — La vaccine. — Le roi Victor- Amédée de Savoie. — Le diacre Paris et le conseiller Carré de Montgeron.
— La liberté du commerce des livres et la liberté des cultures. — Paradis aux bienfaisants! 337
CONCLDSION 56(>
I. —Projet d'établissement d'une république chrétienne par Henri IV. . 373