PREMIER ARTICLE DÉFINITIF PODR LA PAIX PERPÉTUELLE
La constittUian civile de diaqtie État doit être républicaine,
La seule couslitution qui résulte de Tidéc du pacte social sur lequel doit se fonder toute bonne législation d'un peuple
* L'opinion commune est qu'on n'ose agir hostilement que contre un agresseur; et cela est vrai, supposé que l'un et l'autre Tivent dans un état de législation civile. Car, en y entrant, ils se garantissent réciproquement la sûreté requise par l'obéissance commune qu'ils prêtent au souverain. Hais l'homme ou le peuple qui vit dans l'état de nature me prive de cette sûreté et m'attaque sans être agresseur, par cela même qu'il se trouve à côté de moi dans un état d'auarchie et sans lois ; menacé sans cesse de sa part d'hostilités contre lesquelles je n'ai point de garant, je suis en droit de le contraindre, soit à s'associer avec moi sous l'empire de lois communes, soit à quitter mon voisinage.
Voici donc le principe sur lequel tous les articles suivants sont établis : tous les hommes, qui influent les uns sur les autres^ doivent avoir une constitution civile.
Or toute constitution légitime, considérée quant aux personnes qui en sont l'objet, est :
1* Ou conforme au droit civil, et se borne à un peuple (juê civitatit)',
2* Ou au droit des gens et règle les relations des peuples entre eux (jm gentium);
5* Ou au droit cosmopolitique, en tant que les hommes ou les États sont considérés comme influant les uns sur les autres, en qualité de parties constituantes des grands États du genre humain (juiCOsmopoUticum).
Celte division n'est pas arbitraire ; l'idée d'une paix éternelle la ucccs^ site. Car supposez que sous un de ces trois rapports deux peuples soient dans l'état de nature et sans une influence physique réciproque, aussitôt renaîtrait l'état de guerre, dont il s'agit d'être délivré.
est la constitution républicaine. Elle seule est établie sur des principes compatibles : 1" avec la liberté qui convient à tous les membres d'une société, eu qualité d'hommes; 2' avec la soumission de tous à une législation commune, comme sujets; et enfin, 3" avec le droit d'égalité qu'ils ont tons comme membres de rÉtat. 11 n'y a donc que cette constitution, qui, relativement au droit, serve de base primitive à toutes les constitutions civiles ; reste à savoir si elle est aussi la seule qui puisse amener une paix perpétuelle. Or, en examinant la nature de cette constitution, je trouve qu'outre la pureté de son origine, qui tient à l'idée même du droit, elle promet aussi les plus heureux effets et peut seule nous faire espérer une pacification permanente. Voici de quelle manière :
Suivant le mode de cette constitution, il faut que chaque citoyen concoure, par son assentiment, à décider la question : si l'on fera la guerre ou non. Or décréter la guerre, n'est-ce pas, pour des citoyens, décréter contre eux-mêmes toutes les calamités de la guerre, savoir : de combattre en personne, de fournir de leurs propres moyens aux frais de la guerre, de réparer péniblement les dévastations qu'elle cause, et, pour comble de maux, de se charger enfin de tout le poids d'une dette nationale, qui rendra la paix même amère et ne pourra jamais être acquittée, puisqu'il y aura toujours de nouvelles guerres? Certes, Ton se gardera bien de précipiter une entre-^ prise aussi hasardeuse. Au lieu que daus une constitution où les sujets ne sont pas citoyens de l'Etat, c'est-à-dire qui n'est pas républicaine, une déclaration de guerre est la chose du monde la plus aisée à décider, puisqu'elle ne coûte pas au chef, propriétaire et non pas membre de l'État, le moindre sacrifice de ses plaisirs de la table, de la chasse, de la campagne, de la cour, etc. 11 peut donc résoudre une guerre comme une partie de plaisir, par les raisons les plus frivoles, et eu abandonner avec indifférence la justification, qu'exige la bienséance,, uu corps diplomatique, qui sera toujours prêt à la faire.
(L*auteur s'attache ensuite à démontrer que la forme républicaine ne doit pas être confondue avec la forme démocratique. Par république il entend simplement un État où le pouvoir exécutif est séparé du législatif.)