CHAPITRE III
précédé ; de sorte qu'on sera gûr qu'un projet, une fois formé, ne sera plus abandonné que lorsque Texécution en aura été reconnue impossible ou mauvaise.
A toutes ces conséquences, ajoutons-en deux non moins certaines, mais plus importantes encore, qui n'en sont que le dernier résultat, et doivent leur donner un prix que rien ne balance aux yeux du vrai citoyen. La première, que, dans un travail commun, le mérite, les talents, Tintégrité, se feront plus aisément connaître et récompenser, soit dans les membres des conseils qui seront sans cesse sons les yeux les uns des antres et de tout TEtat, soit dans le royaume entier, où nulles actions remarqual)les, nuls bommes dignes d*ètrc distingués, ne peuvent se dérober longtemps aux regards d'une assemblée qui veut et peut tout voir, et où la jalousie et Fémulation des membres les porteront souvent à se faire des créatures qui elïacent en mérite celui de leurs rivaux ; la seconde et dernière conséquence est que les honneurs et les emplois, distribués avec plus d'équité et de raison, l'intérêt de l'État, du prince, mieux écouté dans les délibérations, les affaires mi< ux expédiées et le mérite plus honoré, doivent nécessairement réveiller dans le cœur du peuple cet amour de la patrie qui est le plus puissant ressort d'un sage gouvernement, et qui ne s'éteint jamais chez les citoyens que par la faute des cbefe*.
Tels sont les effets nécessaires d'une forme de gouvernement qui force l'intérêt particulier à céder à l'intérêt général. La polysynodie offre encore d'autres avantages qui donnent un nouveau prix à ceuxlà. Des assemblées nombreuses et éclairées fourniront [)lus de lumières sur les expédients, et Texpérience confirme que les délibérations d'un sénat sont, en généi^l, plus sages et mieux digérées que celles d'un vizir. Les rois seront plus instruits de leurs affaires ; ils ne sauraient assister aux conseils sans s'en instruire ; car c'est là qu'on ose dire la vérité, et les membres de chaque conseil auront le plus grand intérêt que le prince y assiste assidûment pour en soutenir le pouvoir et pour en autoriser les résolutions. Il y aura moins de vexations et d'injustices de la part des plus forts, car un conseil sera plus accessible que le trône aux opprimés ; ils courront moins de risque à y porter leurs plaintes, et ils y trouveront toujours dans
* n y a plus de ruse et de secret dans le viziiat, mais il y a plus de lumières et de droiture dans la synodie.
quelques membres des protecteurs contre les violences des autres, que sous le vizirat contre un seul homme qui peut tout , ou contre nn demi-vizir d'accord avec ses collègues pour iaire renvoyer a chacun d'eui le jugement des plaintes qu'on fait contre lui. L'État souffrira moins de la minorité, de la faiblesse ou de la caducité du prince. Il n'y aura jamais de ministre assez puissant poux se rendre, s'il est de grande naissance, redoutable à son maître même, ou pour écarter et mécontenter les grands s'il est né en bas lieu ; par conséquent, il y aura d'un côté moins de levains de guerres civiles, et de Vautre plus de sûreté pour la conservation des droits de la maison royale. Il y aura moins aussi de guerres étrangères, parce qu'il y aura moins de gens intéressés à les susciter, et qu'ils auront moius de pouvoir pour en venir à bout. Enfin, le trône en sera mieux affermi de toutes manières; la volonté du prince, qui n'est ou ne doit être que la volonté publique, mieux exécutée, et par conséquent la nation plus heureuse.
Au reste , mon auteur convient lui-même que l'exécution de son plan ne serait pas également avantageuse en tout temps, et qu'il y a des moments de crise et de trouble où il faut substituer aux conseils permanents des commissions extraordinaires , et que, quand les finances, par exemple, sont dans un certain désordre, il faut nécessairement les donner à distribuer à un seul homme, comme Henri IV fit à Rosni et Louis XIV à Golbert. Ce qui signifierait que les consoils ne sont bons que pour faire aller les affaires quandi elles vont toutes seules.
En effet, pour ne rien dire de la polysynodie même du Régent, l'on sait les risées qu'excita dans des circonstances épineuses ce ridicule conseil de raison étourdiment demandé par les notables de l'assemblée de Rouen, et adroitement accorde par Henri IV. Mais, comme les finances des républiques sont, en général, mieux administrées que celles des monarchies , il est à croire qu'elles le seront mieux ou du moins plus fidèlement par un conseil que par un ministie, et que si, peutrétre, un conseil est d'abord moins capable de l'jctivité néce. saire pour les tirer d'un état de désordre, il est aussi moins sujet à la négligence ou à l'infidélité qui les y font tomber : ce qui ne doit pas s'entendre d'une assemblée passagère et subordonnée, mais d'une véritable polysynodie où les conseils aient réellement le pouvoir, où l'administration des affaires ne leur soit pas enlevée par des denîi-vizirs, et où, sous les noms spécieux de conseil