‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 42 sur 156 · Chapitre XI. — Conclusion · texte numérisé non relu

Chapitre XI. — Conclusion

Quoique les avantages de la polysynodie ne soient pas sans inconvénients, et que les inconvénients des autres formes d'administration ne soient pas sans avantages, du moins apparents » quiconque fera sans partialité le parallèle des uns et des autres trouvera que la polysynodie n'a point d'inconvénients essentiels qu'un bon gouvernement ne puisse aisément supporter, au lieu que tous ceux du vizirat et du demi-vizirat attaquent les fondements mêmes de la constitution ; qu'une administration non interrompue peut se perfectionner sans cesse, progrès impossibles dans les intervalles et ré • volutiorts du vizirat; que la marche égale et unie d'une polysynodie, comparée avec quelques moments brillants de vizirat, est un sophisme grossier qui n*en saurait imposer au vraijpolitique, parce quo ce sont deux choses fort différentes que l'administration rare et passagère d'un bon vizir, et la forme générale du vizirat où l'on a toujours des siècles de désordre sur quelques années de bonne conduite; que la diligence et le secret , les seuls vrais avantages du vizirat, beaucoup plus nécessaires dans les mauvais gouvernements que dans les bons, sont de faibles suppléments au bon ordre, à la justice et à la prévoyance , qui prévienn'^nt les maux au lieu de les réparer; qu'on peut encore se procurer ces suppléments au besoin dans la polysynodie par des commissions extraordinaires, sans que le vizirat ait jamais pareilles ressources pour les avantages dont il est parlé ; que même l'exemple de l'ancien sénat de Rome et de celui de Venise prouve que des commissions ne sont pas toujours nécessaires dans un conseil pour expédier les plus importantes affaires prompten;rnt et secrètement; que le vizirat et le demi-vizirat, avilissant, corrompant, dégradant les ordres inférieurs, exigeraient pourtant des hommes parfaits dans ce premier rang ; qu'on n'y peut guère monter ou s'y maintenir qu'à force de crimes, ni s'y bien comporter qu'à force do vertus ; qu'ainsi, toujours en obstacle à h:i même, le gouvernement engendre continuellement les excès qui le dépravent et consument l'État pour le renforcer, qu'il périt enfin comme un édifice . qu'on voudrait élever sans cesse avec des matériaux tirés de ses fondements. C'est ici la considération la plus importante aux yeux do

l'homme d'État et celle à laquelle je vais m'arréter. La meilleure forme de gouverneinent, ou du moins la plus durable, est celle qui fait les hommes tels qu'elle a besoin qu'ils soient. Laissons les lecteurs réfléchir sur cet axiome ; ils en feront aisément Tappli^cation.

A ce résumé, Rousseau ajoiirt uq jugement sur la polysynodie, que l'on trouvera dans l'Appendice, avec le jugement sur le projet de Projet de paix jierpétxieHe.

Mais le résumé de Rousseau ne comprend point deux parties esscnliellcs du plan de rabl)ê de Saint-Pierre. Nous voulons parler de rélublissoment d'une Académie politique et du scrutin perfectionné. L'Académie politique, composée de quarante men)bres, se recrute dans trois compagnies a d'étudiants poH- (iques, » composées, à leur tour, de trente membres chacune. Ces quatre-vingt-dix étudiants politiques doivent être pris au moyen du scrutin, dix parmi les jeunes magistrats et les jurisconsnllcs, vingt dans la noblesse, trente dans le clergé. Lorsqu'il s'iigit de remplir une place vacante à l'Académie, ces tï'ois compagnies désignent, chacune à leur tour, trois candidats au roi, et cc!ui-ci est tenu de uonfhier Tun.des trois. L'Académie politique est la pépinière oil vont se recruter les Conseils dn gouvernement; et elle a pour occupation principale l'examen des iMémoires renfern)ant-des vues ou des inventions nouvelles dans le domaine des sciences et des arts, ainsi que Tadminis» Iration des récompenses à décerner à leurs auteurs.

Quant à ia méthode du scrutin, l'auteur ne l'applique pas seulement aux fonctions supérieures du gouverftement, il l'introduit encore dans tous degrés de la hiérarchie civile ou militaire. Voici de quelle manière. Tous les employés du même grade sont l'éunis en compagnies de trente. J^orsqn'un emploi devient vacant dans le grade supérieur, chacjue compagnie désigne trois candidats, parmi lesquels le roi choisit. Grâce à ce système de scrutin perfeclionné, affirme l'auteur, chaque emploi se

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