‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 81 sur 156 · AVANTAGEUSES AUX PARTICULIERS, ET AU SERVICE DU ROI ET DE · texte numérisé non relu

AVANTAGEUSES AUX PARTICULIERS, ET AU SERVICE DU ROI ET DE

l'État. — Reproduisant les considérations qu'il a émises précédemment, dans son Mémoire sur l'utilité de l'agrandissement de la capitale d'un État, l'auteur démontre combien il serait utile de multiplier les exercices de l'esprit, et, par conséquent, combien il serait désirable « qu'au sortir du collège on pût trouver facilement des conférences sur les sciences les plus utiles, et, en particulier, sur la politique, qui est, de toutes les sciences, la plus utile pour augmenter le bonheur dos hommes. » Il énumère ensuite les avantages que présenteraient des conférences politiques, en formant les intelligences et en répandant la lumière sur toutes les matières qui concernent la direction des affaires publiques.

c Les conférences politiques, dit-il, seront, par la méthode du scrutin, les pépinières naturelles de l'Académie politique; cette Académie sera la pépinière des rapporteurs du conseil; ces

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rapporteurs seront lu pépinière des intendants; les iateudanti> seront la pépinière des conseillers d'État; les conseillers d'État seront la pépinière des trois ministres particuliers et même du ministre général. »

Cependant cette institution devait soulever des objections, à une époque surtout où la liberté de la parole paraissait complètement incompatible ^vec l'existence même du gouvernement. Ces objections, l'auteur s'empresse de les prévenir, en déclarant qu'il ne sera pas permis de censurer les actes du gouvernement dans les conférences politiques.

« Objection.* — Ne peut-il pas arriver que dans ces couiérences on fronde contre certains règlements et contre certains ordres donnés par le ministère?

ï Réponse. — 4° Il est certain que ce serait un grand abus des conférences si elles se tournaient à fronder le ministère; mais il est facile d'établir pour règle fondamentale que l'on n'y parlera point de ce qu'a fait le ministère, si ce n'est pour le louer, sauf à ceili qui y trouveraient quelque chose de btàmable de le désapprouver en particulier.

« 2** Le ministre ne peut-il pas, j^ans chaque conférence, nommer un membre de l'assemblée qui lui rendra témoignage que Ton ne s'y écarte jamais de la règle fondamentale, de ne parler jamais en mal, dans la conférence, du gouvernement présent, et, si quelqu'un tombait dans cette faute, il serait averti qu'à la seconde fois on le prierait, de la part de la compagnie, de n'y plus revenir.

(( Il ne faut pas d'inquisition contraignante pour les bons citoyens, mais il ne faut pas souffrir la licence des frondeurs; il est donc à propos de les discerner et de les séparer les uns des autres.

« Il ne faut pas que les citoyens doux et paisibles soient empêchés de s'instruire, pour devenir un jour plus utiles à TÉtal, parce qu'ils se trouvent quelquefois mêlés avec des esprits inquiets et turbulents, qui, sans avoir entendu les raisons du

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ministre, désapprouvent impnidcmniieïil et [^)ubli4uenient tout ce qu'il l'ait contre leur sentiment. »

Bref, il n'aurait pas été permis de faire de la politique dans les conférences politiques. L'abbé de Saint-Piene n'avait pas, en eflct, plus de goût pour la liberté de discussion en politique qu'en religion. On sait que son avis était d'imposer silence aux théologiens, dont les querelles suscitaient des troubles dans ' l'État; il ne voulait pas laisser beaucoup plus de latitude aux docteurs politiques, et il réservait toujours au gouvernement le droit de leur fermer la bouche. C'est ainsi encore qu'il s'élève ailleurs contre l'opinion, qui commençai! à se répandre de son temps « qu'ïl serait à désirer pour le bien de l'État que le roi assemblât souvent les états généraux du royaume. »

« Quelles nouvelles lumières, dit-il, peut-on atd ndre ihn> cette science (la politique) d'une niullilude de gens qui, la plupart, n'eu uni jamais étudié aucune partie, et parmi lesquels, comme parmi le peuple, dominent c^ux qui ont [»Im d'éloquence naturelle sans aucune solidité?

« Encore si l'on pouvait dire que la plupart des députée de:- États ont plus étudié et plus pratiqué cette science que ceux que le roi appelle ordinairement dans ses conseils, qui en entendent parler et qui en disputent tous les jours! Mais c'est tout le contraire, et de là il arrive que les partis s'y prennent selon l'avis du plus grand nombre, qui, là comme ailleurs, dans les assembiées populaires, sont les plus ignorants.

. (f D'ailleurs, où prendre, en France, cinq cents députés des états, habiles dans les affaires du gouvernement, dans la noblesse, dans le clergé ni dans la magistrature, pour en attendre des lumières dans les délibérations? Encore faudrait-il que ceux qui députent connussent cette science pour choisir leurs députés entre les plus savants. Or, dans un Etat où il n'y a ni livres suffisants sur cette matière, ni professeur de cette science, ni conféreuces particulières, ni Académie publique de politique, ni récompense assurée pour ceux qui y feraient des découvertes

t2l« L'AHBÉ DE SAINT-PIERRE.

Irèî-utiles au public, comment trouver un si grand nombre de sujets aussi habiles que les ministres et les sous-ministres ?

« De là il suit que de pareilles assemblées d'états ne peuvent apporter au roi aucune lumière sur les affaires du gouvernement, et qu'elles ne sont propres qu'à rendre le ministre présent odieux et méprisable, quelque sage, quelque modéré qu*il puisse être, à la nation *. »

Il convient de remarquer que cette opinion hostile aux assemblées délibérantes et aux institutions représentatives a été, un peu plus tard, adoptée par Técole des physiocrates, laquelle voulait, comme Tabbé de Saint-Pierre, un despotisme paternel, mais sans indiquer, plus que lui, les moyens de préserver la nation des excès de ce despotisme, en se fiant, à son exemple, sur la raison et sur l'intérêt bien entendu du despote. Cette fois ne sommes-nous pas en pleine utopie?

III. Projet pour multiplier les collèges de filles. — Le bon abbé débute en faisant valoir « les grands avantages que les femmes douces, sages, intelligentes, laborieuses, prudentes, discrètes, complaisantes, procurent dans leurs familles et surtout à leurs maris. » Il remarque ensuite qu'il n'existe en France qu'un seul établissement spécial pour l'éducation des filles (la maison deSaint-Cyr). « A la vérité, ajoute-t-il, plusieurs couvents prennent des pensionnaires à élever. Mais, comme ce n'est pas le but principal de l'institution de ces bonnes religieuses, il ne faut pas s'étonner si les moyens de procurer une excellente éducation aux filles sont si peu connus et si mal mis en œuvre dans ces couvents, et si, au sortir de ces maisons religieuses, elles sont si ignorantes des choses les plus communes et les plus importantes, si elles ont si peu d'intelligence, si peu d'usage de raisonner juste, et si peu de raison dans leur conduite, si peu d'habitude à la politesse, à la douceur, à l'indul-

* Discours contre le Mahomélisme,

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