‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 82 sur 156 · CHAPITRE VI. tJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI. tJ

gence, à la patience, à la discrétion et aux manières vraies, gracieuses et prévenantes, en un mot, si peu justes et si peu bienfaisantes. »

On voit que les femmes du dix-huitième siècle laissaient fort à désirer, du moins au point de vue moral. Pour les améliorer, le bon abbé veut multiplier les collèges de filles, en conseillant d'affecter à cette destination une partie du revenu des couvents, qu'on transformerait ainsi successivement en maisons d'éducation. Car il est d'avis « cpie le revenu de la plupart des communautés de filles serait employé beaucoup plus utilement et plus chrétiennement à l'éducation des filles qu'aux pénibles exercices du chœur, qui sont inutiles au prochain, et qu'ainsi il serait à souhaiter, pour le bien public et pour l'avantage du christianisme, que la loi ôtât à une partie des monastères de femmes la liberté d'y faire des vœux, afin d'y établir, après la mort des religieuses, des collèges pour l'éducation des filles. »

Ces collèges prendraient pour modèle la maison de Saint-Cyr, « laquelle deviendrait, en peu d'années, chef d'ordre et d'un grand ordre, très-utile à la société chrétienne. »

IV. Projet pour rendre les titres honorables plus utiles AD SERVICE du ROI ET DE l'État. — L'autcuP coustatc d'abord que les distinctions, les titres, sont au nombre des plus puissants mobiles qui excitent l'homme à bien faire; mais c'est à la condition tjue ces distinctions, ces titres, soient attribués au mérite, et non à la faveur.

ff Autrefois, remarque-t-il, les titres honorables n'étaient point distingués des emplois honorables, un duc était un générai d'armée, comme le mot latin diix le montre.

« Général d'armée est un titre très-honorable parce que c'est un emploi très-honorable, et cet officier mérite des honneurs et des distinctions flatteuses parce qu'il est regardé comme un homme choisi avec justice entre les plus vaillants et

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les plus liabiles capitaines pour rendre, ay péri! de sa vie, de Irès-grands services à la patrie.

« De là il suit que les généraux d'armée, tels que sont parmi nous les maréchaux de France, devraient être les vrais ducs de France; que c'a été une très-mauvaise politique de créer des ducs sans emploi, sans fonction de général d'armée, que c'a été une très-grande imprudence de créer des ducs héréditaires, et que c'est le comble de l'injustice et de la malhabilelé de donner des préséances et des distinctions honorables à la cour à des personnes qui n'ont aucun mérite distingué envers la nation, et de refuser ces distinctions à des maréchaux de France illustres, tels qu'étaient, il y a quatre-vingt-dix ans, le maréchal de Gassion, le maréchal de Faber, et, de notre temps, le maréchal de Câlinât et le maréchal de Vauban, etc., qui n'ont jamais été ducs. »

L'auteur insiste principalement sur les maux qui résultenl lie l'hérédité des titres, et cela lui donne l'occasion de faire une critique très-énergique de la noblesse française.

« L'hérédité du titre de duc est très-nuisible aux États, parce qu'il est de l'intérêt de ces fainéants honorés qu'on ne leur reproche pas leur fainéantise, leur peu de talents et leur vie iiuitile et oisive. Ainsi ils jettent autant qu'ils peuvent du mépris sur ceux qui travaillent et qui cherchent à se distinguer pour l'utilité de la patrie.

« Ds prônent autant qu'ils peuvent et attachent une sorte de distinction aux fainéants comme eux, qui ne se piquent que d'être agréables à la cour ou dans le monde, qui raffinent sur les modes, sur les habits, sur les parures, sur les ajustements; qui enchérissent sur la somptuosité des meubles, sur la magnificence des équipages, des jardins, des bâtiments, des fêtes. Ils louent ceux qui se distinguent par la délicatesse de leur table, qui se piquent d'être connaisseurs en tableaux, en spectacles, toutes distinctions très-frivoles et très-iiuitiles à l'augmentation du bonheur solide de la nation, toutes productions du luxe, de

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