‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 10 sur 287 · Pascal et son temps, t. I, p · texte numérisé non relu

Pascal et son temps, t. I, p

LES PREMIÈRES ANNEES

gnaient même l'hébreu. S'ils s'en tenaient dans leur cours à l'aristotélisme, ils le corrigeaient par les doctrines les plus récentes ; ils ne laissaient pas ignorer à leurs élèves les découvertes et les idées du jour. Ils les initiaient à la vie du monde, ils ornaient à la fois les manières et l'esprit. Enfin et surtout ils associaient l'humanisme et la sagesse antique à la piété chrétienne. »

L'abbé de Saint-Pierre, qu'on accuserait difficilement de partialité en faveur des ordres religieux, a lui-même rendu justice à ses anciens maîtres. Il lui est arrivé un jour d'écrire des jésuites qu'ils sont plus utiles à eux seuls que tous les autres ordres réunis. Le souvenir qu'il a conservé de son séjour au collège de Rouen l'amènera à se prononcer très nettement pour l'éducation publique contre l'éducation privée et dans un acte de cession au profit du prieuré de Bellefonds, il déclarera qu'il fait cette libéralité pour conserver ce monastère à la ville de Rouen « où il a été élevé au collège des jésuites ^. »

Nous ne savons rien de ses premières études et, ajoute d'Alembert 2, (( nous n'y avons point de regret ». Tout autorise à croire que les jésuites trouvèrent en l'abbé de Saint-Pierre un sujet assez médiocre et rebelle à leurs leçons ; et l'on peut répéter après Sainte-Beuve qu'ils s'efforcèrent en vain de faire passer en lui la plus petite fleur, le plus léger parfum de l'antiquité ^. L'abbé de Saint-Pierre nous semble insinuer assez clairement que le latin n'eut pas beaucoup de charmes pour lui lorsqu'il écrit : « Si l'on ne m'avait pas souvent et longtemps fait répéter et fait pratiquer les règles de la grammaire latine, je les aurais oubliées bientôt après les avoir connues », et il ajoutait : « C'est pour avoir observé pendant huit ou neuf ans, pour avoir été puni et avoir vu punir d'autres enfants que nous connaissons les principales règles latines ^. »

1. Il faisait abandon au prieuré de Bellefonds du revenu des prieurés de la Madeleine, près Vernon, et de la Théroiidière à Tourny, qui dépendaient de l'abbaye de Tiron, dont il était commendataire. (Georges DuBOSC. L'abbé de Saint-Pierre au collège de Rouen dans Notre vieux lycée, no de janvier 1909.)

2. D'Alembert. Histoire des membres de V Académie française morts depuis 1700 jusqu'en 1771, t. I, p. 95.

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