Ms. de Bouen. Projet pour perfectionner Vcducation
En 1673, à l'âge de quinze ans, le jeune de Saint-Pierre était en logique. Avant même que l'année ne fût terminée, son père le ramena sous le toit paternel où il resta trois ans. Ici se place un détail de la vie du personnage que nous révèlent les manuscrits de Rouen ^ et qui montre que l'enfant est souvent l'homme en raccourci. L'abbé, voulant déjà mériter le titre de bienfaiteur du genre humain, s'initiait à la connaissance des lois et des usages locaux, afin de maintenir entre les familles cette paix qu'il devait plus tard s'efforcer de rétablir entre les nations ^. A l'âge de dix-huit ans, ce nouveau Salomon avait dix ou douze procès à juger comme arbitre tant entre les gentilshommes qu'entre les paysans du canton de Saint-Pierre-Eglise ^.
La mort du baron de Saint-Pierre, survenue le 25 juin 1675, vint arracher l'abbé à ses pacifiques occupations. Le manoir paternel passant à son frère aîné, le futur auteur de la jpaix perpétuelle n'avait plus qu'à choisir entre les deux carrières réservées aux cadets de famille, la carrière ecclésiastique et la carrière des armes. Naturellement, la délicatesse de sa santé aidant, l'abbé se détermina pour l'Eglise. A l'en croire, lui, qui devait plus tard entrer en lutte ouverte avec les ordres monastiques, eut la velléité de se faire moine :
« Segrais, homme d'esprit, écrit-il en 1737 ^, me dit un jour que cette fantaisie de se faire religieux ou religieuse était la