Mémoires manuscrits. Archives nationales 825, fol
ne pourraient pas gagner leur vie, et pour forcer ceux qui pourraient travailler à ne pas être inutiles à FEtat. »
L'exécution de l'ordonnance eut un grand succès, nous dit l'abbé ^, et il semblait que cet établissement devait durer longtemps, mais il subsista deux ans à peine. Les mendiants semblaient sortir de dessous terre lorsqu'on s'avisa de pourvoir à leur entretien aux frais du public, en sorte que les ressources manquèrent bientôt pour continuer l'œuvre commencée.
Sous Louis XVI, un nouvel acte royal, l'ordonnance du 27 juillet 1777, prescrivit que les mendiants professionnels seraient admis dans les hôpitaux, que des ateliers seraient ouverts aux ouvriers sans travail.
Mais cette ordonnance fut aussi éphémère que les précédentes avaient été vaines. La principale cause de la mendicité, c'était la taille et tous les autres impôts de l'ancien régime qui, grâce aux privilèges, demandaient le plus à ceux qui avaient le moins. L'abbé de Saint-Pierre nous le dit lui-même ^ : <( Il faut tâcher de découvrir les sources de la mendicité pour les faire tarir. La plus considérable, c'est la ruine des taillables qui est causée par une répartition très disproportionnée... Les enfants sont envoyés à mendier par leurs parents qui n'ont plus les moyens de les nourrir. J'ai été plusieurs fois témoin malheureux de cette étrange misère et c'est pour cela que j'ai proposé dans le projet de Taille Tarifée des moyens d'empêcher cette disproportion ruineuse. « On ne supprimait pas la cause, comment s'étonner que l'effet subsistât ?
Il faut ajouter que l'abbé de Saint-Pierre avait plus que tout autre le droit d'élever la voix en faveur des miséreux. Non seulement il avait remis en honneur le mot bienfaisance ^, mais ce