‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 152 sur 287 · Ibid., t. IV, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. IV, p

3. Voltaire et quelques auteurs après lui (Littré et Paul Albert) ont prétendu que l'abbé avait employé le premier le mot bienfaisance. L'abbé écrit en effet : « J'ai cherché un terme qui nous rappelât précisément l'idée de faire du bien aux autres, et je n'en ai pas trouvé de plus propre pour me faire entendre que le terme de Bienfaisance. » ( "est probablement cette phrase qui a fait dire à Voltaire dans le discours sur rhomme {septième discours sur la vraie vertu. Œum-es coînplètes, édit. Moland, t. IX, p. 424 et t. XXXV, p. 31).

« Certain législateur dont la plume féconde

Fit tant de vains projets pour le bien de ce monde

l'abbé de satnt-pierre économiste

qui vaut mieux encore, il en avait montré par son exemple la signification pratique. D'Alembert, en effet, nous raconte que pour dédommager l'Etat des sujets qu'il ne lui donnait pas, il se chargeait d'élever des enfants pauvres ou abandonnés, et Jeur faisait apprendre « un métier utile et solide » qui pût les mettre à l'abri de l'indigence ^. Il lui appartenait mieux qu'à personne d'écrire un Projet pour soulager les pauvres.

ni

A l'importante question du bon entretien des routes, l'abbé de Saint-Pierre avait consacré dès 1708 un mémoire, suivi quelques années plus tard, en 1715, d'un second opuscule^. Il

Et qui depuis trente ans écrit pour des ingrats Vient de créer un mot qui manque à Vaugelas. Ce mot est hienfesance, il me plait, il rassemble Si le cœur en est crû, bien des vertus ensemble. Petits grammairiens, grands précepteurs de sots, Qui pesez la parole et mesurez les mots, Pareille expression vous semble hasardée, Mais l'univers entier doit en chérir l'idée. »

Voltaire se trompe, déclare M. de Molinari, « le mot bienfaisance existait déjà dans la langue mais il était peu usité. » Bailly, de son côté, dans l'éloge qu'il a composé sur Gresset, disait : « Gresset était doux, humain et bienfaisant ; c'est lui qui a enrichi la langue du mot bienfaisance, c'était le mot de son cœur. » (Molinart, op. cit., p. 30.

D'autres auteurs prétendent que cette « charmante appellation » a Balzac pour père. Quoi qu'il en soit, bienfaisance a figuré povu* la première fois au dictionnaire de l'Académie dans l'édition de 1762. La vieille langue française disait : bénéficence.

1. Histoire des membres de V Académie française, t. I, 116. — D'Alembert ajoute : « Encore choisissait-il parmi ces métiers ceux qui, étant d'une nécessité indispensable, doivent en conséquence subsister toujours... Un de ces métiers qui- selon lui ne devait avoir qu'un temps était celui de perruquier dont il augurait mal, on ne sait pourquoi, quelque commodité qu'il procure aux têtes chauves et quelque ancien même qu'il soit déjà, comme l'a prouvé le savant Thiers dans son docte et profond Traité des Perruques, ce qui ne semble pas annoncer leur prochaine décadence. Notre académicien comptait beaucoup plus sur la durée des métiers de boulanger, de tailleur, de cordonnier, et ne payait l'apprentissage des enfants qu'il élevait que pour des métiers de cette utilité première et immuable. » (T. V, p. 194).

2. Mémoire sur la réparation des chemins, 10 janvier 1708. — Mémoire pour perfectionner la police sur les chemins, 6 septembre 1715.

les a résumés en 1733 dans le Projet pour rendre les chemins praticables en hiver ^.

Jusqu'à la fin du règne de Louis XIV, les grandes routes ne furent point entretenues ou le furent aux frais de tous ceux qui s'en servaient, c'est-à-dire de l'Etat et des propriétaires riverains ^. A vrai dire, elles étaient dans un état déplorable et quand l'abbé se rendait de Paris en Normandie, il avait le loisir de le constater. Un jour même, c'était en 1706, sa chaise s'était embourbée si bien qu'il abait dû rester dans « les boues et la pluie jusques avant dans la nuit. » C'est à cet accident de voiture que nous devons son premier mémoire composé à Saint-Pierre- Eglise pendant l'hiver de 1707 ^. Il y cite en exemple les chemins de l'élection de Valognes et « du canton du Val de Saire, au milieu duquel est le bourg de Saint-Pierre-Eglise, lieu de sa naissance )) parce qu'il les connaît mieux que partout ailleurs.

Son but est de faire inscrire au budget des dépenses publiques une somme importante pour la réfection des vieux chemins et pour la création de nouvelles routes. L'argent dépensé à cet usage, dit-il, serait placé à 800 o/o. « J'espère que l'on verra facilement que lorsque je propose d'augmenter le subside nécessaire pour réparer les chemins, je ne fais autre chose que de proposer au gouvernement de dépenser et d'avancer cent pistoles par an en pavé pour en recueillir par an plus de huit cents )> Après avoir estimé les pertes annuelles de l'élection de Valognes, les dépenses que nécessiterait la réfection des routes dans cette région, le profit que les voies bien entretenues procureraient aux habitants, l'abbé étend ses dénombrements à tout le royaume. Les calculs qu'il a faits pour l'élection de Valognes l'amènent à avancer que les pertes annuelles causées dans le royaume par le mauvais état des chemins montent à près de quarante- quatre millions ; et il ajoute qu'on peut les faire cesser avec une augmentation de subside d'environ quatre millions ^.

Nous n'allons pas rechercher si l'abbé de Saint-Pierre, en sacrifiant à sa manie de statistique, fait des calculs justes ou

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