Ms. Genty
3. Ouvrages de politique et de morale, t. VI, p. 132. Voir notamiiieiit le ch. IV : « Motifs pour établir le collège de dauphins et pour leur donner plusieurs condisciples. »
où il prétend démontrer que les rois eux-mêmes doivent donner à leurs fils les bienfaits de l'éducation publique.
Déjà dans son Projet pour perfectionner F Education, il avait dit quelques mots à propos des Dauphins. Après avoir énuméré tous les avantages des collèges, il ajoutait : « Ce serait aisé de démontrer que les enfants des rois et des princes, pour être beaucoup mieux élevés, devraient suivre l'exemple du grand Cyrus qui profita si bien de l'éducation publique. Ce que l'on pourrait faire en considération d'un prince du sang qui travaillerait dans une chambre commune, ce serait d'y mettre un préfet mieux choisi, un domestique de plus et des camarades choisis parmi les plus vertueux, mais toujours chambre commune, pour lui procurer le long du jour le grand avantage d'une émulation perpétuelle. » Le collège, du reste, eût été spécialement réservé aux princes du sang et à la haute noblesse.
De telles idées peuvent se discuter à l'heure présente où les monarques ont perdu l'auréole qui les élevait pour ainsi dire jusqu'à la divinité. Les enfants de Louis-Philippe furent élevés avec les fils de la bourgeoisie, et nous avons fini par constater que le sang des rois n'est pas d'une autre essence que celui du plus pauvre de leurs sujets.
A l'époque de l'abbé de Saint-Pierre, c'était Louis XIV, c'était Louis XV qui régnaient. Comment mettre au collège, sur le même banc que ses futurs sujets, un duc de Bourgogne qui, au dire même de l'un de ses admirateurs, « ne regardait les hommes que comme des atomes avec qui il n'avait aucune ressemblance, quels qu'ils fussent. A peine messieurs ses frères lui paraissaient-ils intermédiaires entre lui et le genre humain, quoiqu'on eût toujours affecté de les élever tous trois ensemble dans une égalité parfaite. »
L'abbé ajoutait quelque part : « Mais je jais plutôt des vœux que je ne donne des conseils, h C'était répondre à l'avance aux objections que pouvait susciter son projet ^.
1. Nous ne parlons que de Téducation des Dauphins, car en ce qui concerne les princes, la proposition de l'abbé n'était pas originale. Le grand Condé, par exemple, avait mis son petit- fils au collège de Clermont à Paris, et le prince en était sorti en 1684- après huit ans d'études dont deux années de philosophie, sans avoir pu soutenir la « dispute liabituelle ». Condé lui-même avait été élevé au collège de Bourges où il était séparé des autres élèves par une petite balustrade dorée.
l'abbé de saint-pierre éducateur
Madame Dupin, qui consacrait tous ses loisirs à l'étude, s'était occupée de l'éducation des filles qu'elle voulait plus sérieuse et moins superficielle ^. L'abbé de Saint-Pierre dut être pour eUe un précieux auxiliaire, car il a consacré à cette matière deux mémoires excellents ^, dont l'un même a eu les honneurs d'une nouvelle édition en 1868 ^.
Fénelon, quelques années avant l'abbé de Saint-Pierre, en 1687, pouvait écrire sans être taxé d'exagération : « Rien n'est plus négligé que l'éducation des filles. La coutume et le caprice des mères y décident souvent de tout : on suppose qu'on doit donner à ce sexe peu d'instruction... On ne manque pas de se servir de l'expérience qu'on a de beaucoup de femmes que la science a rendues ridicules ; après quoi, on se croit en droit d'abandonner aveuglément les filles à la conduite des mères ignorantes et indiscrètes » — (( Nous les négligeons dans notre police, ajoutait l'abbé de Saint-Pierre^, comme si elles ne devaient pas faire la moitié des familles... il est plus à propos que chaque état donne plus d'extension que par le passé à l'éducation des filles. ))
Les deux esprits chimériques se rencontraient pour tenir un langage très pratique, très libéral et très opportun : Il était ordinaire de n'apprendre aux femmes ni à lire, ni à écrire, ni à compter ^ et Chrysale lui-même n'avait pas lieu d'être satisfait, car pour faire « aller son ménage » et « régler la dépense avec économie )) il faut au moins qu'une ménagère sache les quatre règles ^. Ces déplorables habitudes semblent si invétérées que