GouMY, op. cit., p
Rousseau ne les attaquera pas ; l'éducation de Sophie est la plus strictement traditionnelle et la plus différente qu'il se puisse de l'éducation d'Emile ^. C'est Fénelon qui le premier aura fait entendre une parole sensée en rappelant que les femmes ne sont pas créées uniquement « pour gouverner leurs ménages et obéir à leurs maris sans raisonner. » L'abbé de Saint-Pierre a eu le mérite de marcher sur ses traces et de parler avec plus de hardiesse et plus de netteté.
Tous les deux sont d'accord pour dire que l'oisiveté doit être considérée par la femme comme le plus dangereux et le plus méprisable de tous les maux, et que le meilleur préservatif, c'est le travail manuel : filer, coudre, broder, faire de la tapisserie... Mais l'abbé ajoute avec raison la lecture à ces différentes occultations, tandis que Fénelon n'a pas osé le faire par crainte de « trop ébranler les imaginations vives ^ ».
« Il faut avoir pour but, écrit encore l'abbé, d'instruire les filles des éléments de toutes les sciences et de tous les arts qui peuvent entrer dans la conversation ordinaire, et même de plusieurs choses qui regardent les diverses professions des hommes, histoire de leur pays, géographie, lois de police, principales lois civiles, afin qu'elles puissent entendre avec plaisir ce que diront les hommes, leur faire des questions à propos et entretenir plus facilement conversation avec leurs maris des événements journaliers de leurs emplois. »
Si l'on veut faire de sa femme la compagne de toute sa vie, il faut en effet qu'il existe entre les deux époux non seulement le lien matériel, mais encore et surtout le lien intellectuel. Sinon c'est pour l'homme l'isolement moral, et plus d'un peut-être, comme Albert Derize, le héros du roman de M. Bordeaux : Les Yeux qui s'ouvrent, sera tenté d'aller chercher près d'une étrangère les satisfactions intellectuelles dont il ipent jouir à son foyer ^.
« Aucun lien de pensée ne subsiste entre nous, remarque tristement Albert Derize Ma tendresse refusait d'en convenir, nos conversations insignifiantes me deviennent insupportables. En