Cf. Princesses de science, par Colette Yver
4. Les Yeux qui s'ouvrent. Pion, 1907, p. 159, 160, 164, 205, 206.
l'abbé du .sajnt-pierre éducateur
vain je tâche à les soulever de terre. Elisabeth ^ toujours les laisse retomber... Elle m'écoute distraitement, ne s'intéresse pas, répond à peine, ou prend un autre sujet, un sujet de tout repos, un sujet personnel... J'essaye de lui faire la lecture, elle m'interrompt par des riens. . . Et si je me fâche elle s'étonne et je recueille tous les torts. Lorsque je découvre dans l'histoire, ou même dans les journaux, notre époque si vivante n'en est pas dépourvue, un de ces traits de générosité ou de courage qui m'exalte, je brûle de lui communiquer mon exaltation. Elle est de marbre pour ces choses qui ne la touchent pas de près... Les livres que je lui propose de lire, elle les parcourt ou ne les finit pas.
« Elle laisse en friche son esprit comme un beau domaine abandonné... Comment une femme peut-elle accepter aussi aveuglément la pire des séparations, la séparation morale ? Après plus de sept ans de mariage je m'en étonne encore... Ce qui me passionne n'intéresse même pas Elisabeth. Elle ignore ou méprise la richesse de la vie. Par nonchalance ou indifférence, elle renonce à en tirer parti, elle la resserre quand je tente de l'élargir. Nous vivons côte à côte : elle ne sait rien de moi et n'en saura jamais rien. Il n'y a entre nous ni difficulté, ni intimité. C'est la paix du ménage, de tant de ménages divisés en secret sans même le savoir quelquefois. »
Aussi, l'abbé de Saint-Pierre, pou7' permettre aux femmes de comprendre leurs maris, ne se contente pas comme Fénelon d'un peu d'histoire, de géographie et d'arithmétique, il veut encore qu'elles ne soient étrangères à aucune des sciences « les plus en usage et les plus utiles à la société » et qu'elles aient des notions d'astronomie, de physiologie et de physique. « Un peu d'astronomie, dit-il, pour pouvoir faire usage de l'almanach, pour savoir comment se font les éclipses, ce que peut être les comètes, les impostures des diseurs et des diseuses de bonne aventure... Un peu de connaissance de la machine du corps des animaux, de la nutrition et de l'admirable économie de cette machine, pour admirer la grande sagesse et la grande puissance de l'être bienfaisant qui l'a composée... Il est à propos qu'elles connaissent aussi quelque chose sur les causes de plusieurs effets naturels, comme de la pluie, de la grêle, de la neige, du tonnerre... Et si