Edit. Chéruel, t. XIII, p
LE MEMBRE DE l'aCADÉMIE FRANÇAISE
rend hommage à l'aménité de la princesse qui un jour administrait en pleine Cour un soufflet retentissant à son fils pour lui apprendre à épouser une bâtarde de sang royal et qui un autre jour menaçait le Grand Dauphin lui-même ^ de lui faire subir semblable traitement pour le corriger de l'habitude de plaisanter niaisement avec elle. Il est vrai que Madame s'était chargée en 1716 de faire parvenir elle-même à Leibniz le troisième volume du Projet de paix perpétuelle ^. N'était-ce pas plus qu'il n'en fallait pour que l'abbé de Saint-Pierre ne remarquât dans la princesse que douceur et bonté ?
L'abbé a raison du moins quand il avoue que sa charge n'était guère assujettissante. C'était, disait-il, un bénéfice simple, apparemment parce qu'elle n'entraînait pour lui que de montrer de temps à autre sa soutane et son petit collet à Versailles, Saint- Cloud ou Marly. Madame — Liselotte, comme on l'appelait familièrement — dont on avait dépêché la conversion en trois jours à la veille de son mariage, s'est expliquée sur sa profession de foi religieuse dans une de ses lettres. Elle y raconte la conversation de son grand-maître des cérémonies Wendt ave 3 un anglais Fielding. « Un jour, Wendt lui demande : Et es- vous Huguenot, monsieur ? — Non. — Vous êtes donc catholique ? — Encore moins. — Ah ! c'est que vous êtes luthérien ? — Point du tout. — Eh ! Qu'êtes- vous donc ? — Je m'en vais vous le dire, repartit l'Anglais, f ai un petit religion à part moi. » Je crois, ajoutait Madame, que j'aurai bientôt moi aussi un petit religion à part moi ^.
Les questions religieuses « l'ennuyaient » ; la musique religieuse lui faisait crier a a i i et k peine avait-elle mis les pieds à l'église qu'elle aspirait à en sortir. « J'ai un chapelain qui m'expédie la messe en un quart d'heure, c'est tout à fait mon affaire ^.))
1. Mémoires secrets sur le règne de Louis XIV par Duclos. Edit. Didot, 1846, p. 122 et 123. On trouve im portrait de la princesse, qui correspond bien à celui qu'a esquissé Fabbé, dans la Relation de la cour de France en 1690, par Ezécliiel Spanlieim, envoyé extraordinaire de Brandebourg. (Edition de la Société de Vhistoire de France par Ch. Scheffer. Paris, 1882, p. 59 et suiv.).
2. Lettre de Leibniz du 30 octobre 1716 à M. Conrad Widon, sénateur de la république de Hambourg.
3. Lettre du \^ septembre 1690. Citée comme les deux suivantes par Arvè d e -B arine .