‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 37 sur 287 · Lettre du 11 juillet · texte numérisé non relu

Lettre du 11 juillet

Des sermons, il ne fallait pas lui en parler, c'était de Vopiwn, et de l'opium qui agissait sur elle d'une façon tellement efficace que le roi était obligé de la réveiller à coups de coude tant elle ronflait bruyamment. Son confesseur, le P. Bernardin de Saint- Pierre, frère de l'abbé, était un personnage des plus accommodants et lui donnait toujours raison, quand elle lui disait sa façon de penser ^.

L'abbé lui-même était bien l'aumônier fait pour lui plaire. La personne qui écrivait à tout propos qu'elle ne croyait à aucun dogme, que Dieu n'exige de l'homme que de bonnes actions et que le reste n'est que bavardage de la prétaille ^, était destinée à goûter un aumônier incroyant. C'est par son intermédiaire , que l'abbé de Saint-Pierre a dû sa nomination à l'abbaye de Tiron. Cette intervention fut-elle la récompense des services de l'aumônier du Palais-Royal ? Nous aimons mieux y voir la preuve que ces deux personnages aussi bizarres l'un que l'autre, mais qui dans le fond avaient très bon cœur, se comprenaient à merveille et s'entendaient de même.

Si l'on en croit les bons moines qui occupaient au xvii^ siècle l'abbaye de Tiron ^, celle-ci aurait joué dans l'histoire du moyen âge un rôle qui n'était pas sans gloire. Fondée au début du xii^ siècle « par Mgr Saint-Bernard lui-même » qui en aurait été le premier abbé, elle aurait servi de rendez- vous habituel aux rois et aux seigneurs en route pour la Palestine. C'est sous son cloître que les uns et les autres tenaient à honneur de « prendre la croisée )) avant d'aller combattre « les Sarrazins et persécuteurs de notre saincte foy catholique ^. »

Mais ■ — hâtons-nous de le dire avec regret — la plume des

1. Revue des Deux-Mondes, l^^^ janvier 1879. Article de M. Ernest Jaeglé sur Madame, p. 200.

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