‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 42 sur 287 · A Cologne en · texte numérisé non relu

A Cologne en

3. Le maréchal de Torcy, dans ses Mémoires, a raconté en détail toutes ces discussions et le nom de l'abbé de Saint-Pierre n'y figure pas. (Nouvelle collection des mémoires 'pour servir à, F histoire de France, 1839, t. VIII, p. 703-735).

LE MEMBRE DE l'aCADÉMIE FRANÇAISE

petto. On sait le ton sur lequel il parla aux Hollandais lorsqu'au début des pourparlers ceux-ci prièrent les deux plénipotentiaires français de regagner leur pays : « Non, messieurs, nous ne sortirons pas d'ici, nous traiterons chez vous et nous traiterons de vous et nous traiterons sans vous. Nous le verrons à deux ans de là donner à son ancien secrétaire un nouvel échantillon de sa parole incisive et cassante, lorsqu'il le fera expulser de l'Académie.

Peu de temps après, paraissait aux frais de l'abbé de Saint- Pierre — car jamais notre auteur n'eut la chance de rencontrer sur son chemin un éditeur qui consentit à courir les risques de le faire imprimer ^ — les deux premiers volumes du Projet de 'paix perpétuelle, dont le troisième devait être publié trois ans plus tard.

C'était encore faire œuvre d'homme politique — peut-être même avec l'espoir inavoué d'avoir sa part des dépouilles au lendemain du succès — que de travailler pour Dubois dont l'influence devenait grandissante. Quand le futur cardinal quitta Paris le 20 septembre 1717 pour exercer en Angleterre son talent indiscuté de diplomate, il laissait derrière lui des adversaires acharnés dont il avait besoin de connaître les calomnies, les médisances, les ruses, les démarches, afin de mieux déjouer leurs plans. Quelques-uns parmi eux conspiraient même sous la haute direction de Cellamare pour enlever la régence au duc d'Orléans et la donner au roi d'Espagne. La situation était grave et, dès le mois de mars suivant, Dubois envoyait de Londres un de ses attachés d'ambassade, Chavigny, dont la mission officielle était de porter en France le diamant le Régent, mais qui était surtout chargé de renseigner l'absent, d'exciter ses amis, de surveiller ses ennemis.

Avant l'arrivée de Chavigny, c'est-à-dire pendant cinq ou six mois, Dubois avait besoin de correspondants assidus. L'abbé de Saint-Pierre lui envoya régulièrement des nouvelles de Paris. Ils avaient lié connaissance chez la duchesse d'Orléans, ils habitaient tous les deux au Palais- Royal et leurs relations étaient

1. « M. Fabbé de Saint -Pierre faisait imprimer à ses dépens tous ses ouvrages pour les donner à ceux qui lui paraissaient en état ou d'en profiter par eux-mêmes ou de contribuer aux établissements qu'il proposait, n (MoRERi. Dictionnaire historique, revu par Drouet. Paris, 1759).

assez suivies pour que l'abbé put écrire en 1730 qu'il avait vécu trente ans <( en quelque société ^ » avec le cardinal. Nous n'avons pas retrouvé les lettres de l'abbé de Saint-Pierre, mais une ré2:)onse que Dubois lui adressait se trouve aux archives du ministère des Affaires étrangères ? Elle fera connaître le ton familier de la correspondance^ : « Je m'aperçois terriblement, mon cher abbé, que vous m'avez abandonné, car je n'apprends plus rien de France. Tout autre que vous aurait droit d'exiger de moi des remerciements fréquents ; mais un philosophe et un citoyen doivent agir sans aucun intérêt personnel, et combien de choses vous avez faites sans aucune correspondance ni aucun retour de la part de ceux pour qui elles ont été faites ! Continuez donc à me mander ce qui se passe, avec vos réflexions et celles du public, sans souhaiter que je vous réponde. Parlez-moi comme on parle à Dieu : je ne vous promets pas une récompense éternelle, mais une reconnaissance qui ne finira point ; et si à la fin il me survient quelque loisir, je vous dédommagerai sur le pédiposte ^, sur l'éducation des princes ^ et sur le dessein que j'ai, si j'échoue dans ma négociation, de rétablir mon honneur en faisant accepter l'arbitrage universel. Vous voyez bien que je veux capter votre bénévolence et vous mettre dans mes filets. Mais je parle plus sérieusement que vous croyez et je m'en rapporte à votre voisin à qui je vous prie de faire mes compliments et ceux de toute l'Angleterre car il est le favori de cette nation, c'est-à-dire des esprits les plus solides qu'il y ait dans le monde. Priez-le de faire ma cour à madame de Féniole et d'en faire quelquefois un article de vos lettres. Je n'ai plus qu'à vous souhaiter, mon cher abbé, que vous soyez un rose-croix, dont vous avez assez la mine, ou pour dire quelque chose de plus fort encore, que vous viviez autant que vos ouvrages. Il serait indigne de finir avec vous avec les paraphes et les culs de lampe qu'on met au bas des lettres qu'on écrit aux autres. Vale et me ama. »

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