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l'exclusion de l'académie française 75

Avant de délibérer, l'Académie, suivant son habitude, crut devoir prendre les ordres du régent ; une députation lui fut envoyée. Il la congédia « avec beaucoup de sécheresse )> dit d'Alembert ^, en exprimant son mécontentement de ce qu'on avait encore invoqué son nom dans cette affaire dont il ne voulait plus qu'on lui parlât et dont il entendait encore moins se mêler. L'affaire fut enterrée.

Est-ce à la demande de l'abbé de Saint-Pierre que dix ans après nous voyons le duc de Richelieu employer ses talents de diplomate à la ressusciter ? Nous ne savons. Mais l'abbé d'Olivet ^ nous apprend que l'ambassadeur s'arrêta vite dans le chemin des négociations. L'homme à bonnes fortunes ne tarda pas à se convaincre qu'il était plus facile d'avoir raison d'une vertu féminine que d'un amour-propre académique. Je lui fis lire, dit l'abbé d'Olivet, les deux harangues prononcées lors de l'exclusion et il comprit « qu'un courtisan ne devait pas songer présentement à défaire ce qui a été fait ». L'abbé, lui, comprit que toute nouvelle tentative serait inutile et n'insista pas. Il faudra qu'il meure pour que son nom reparaisse sur les registres de l'Académie.

Vingt-cinq ans auparavant, Furetière, expulsé de l'Académie pour avoir, dit-on, volé le Dictionnaire, avait fait appel de sa condamnation devant le public et ce petit procureur fiscal de Saint-Germain-des-Prés, fils de laquais ou non, n'avait pas tardé avec son ironie froide et son incontestable talent de caricaturiste, à mettre les rieurs de son côté. C'était presque au début de la campagne dont l'Académie ne verra jamais la fin, car il y aura toujours des esprits chagrins pour se dire avec Louis Veuillot :

« Comment se fait l'Académie, « Pourquoi Pantoufle en est et Sabot n'en est pas. »

L'abbé de Saint-Pierre n'essaya pas de reprendre la plume de pamphlétaire. Il pardonna et oublia... Il fit mieux encore, il écrivit à M. de Sacy la lettre suivante : « Je vous supplie, monsieur, de marquer de ma part à la Compagnie que je ressens fort la perte que je fais d'être privé désormais du plaisir et de l'honneur d'assister aux assemblées. Vous savez, monsieur, par les

2. Lettre du 18 janvier 1730. (Histoire de V Académie française, édit. Livet, 1858, t. II, p. 423.)

démarches que j'ai faites, combien je désirais éviter cette perte. Mais je vous supplie de témoigner en même temps à mes anciens confrères que je ressens encore plus la peine que mon imprudence leur a fait souffrir. Je vous supplie encore, monsieur, de les prier de ma part de me pardonner le déplaisir que je leur ai causé et que je leur ai pardonné le grand tort qu'ils m'ont fait et que si j'étais jamais en pouvoir de rendre service à ceux mêmes qui ont paru les plus animés et qui ont le plus penché à la sévérité, j'en saisirais les occasions avec joie. Je n'ai point de meilleure preuve de la sincérité de mes sentiments que la confiance avec laquelle je m'adresserais à eux si j'avais besoin de leur secours. La Raison et la Religion m'inspirent ces sentiments et je crois que vous me connaissez assez pour en pouvoir répondre. J'ai prié mes amis de parler dans le même sens aux autres personnes que l'on m'a dit que j'ai offensées incessamment. Je m'en vais à la campagne de peur que l'on ne me fasse parler contre mes véritables sentiments et j'ai besoin de calme et de repos. »

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