‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 55 sur 287 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

LB CLUB DB l'ENTRESOL. LES RELATIONS FEMININES DE l'abbé DE SAINT-PIERRE

I. L'abbé de Saint-Pierre au club de l'Entresol. Il est cause de la fermeture du club. — IL L'abbé et les salons à la mode. Ses relations avec madame Dupin.

L'abbé de Saint-Pierre se trompait en écrivant à M. de Sacy que l'ostracisme dont il était frappé lui faisait le plus grand tort. L'Académie avait, sans le savoir, travaillé à sa gloire. Elle lui avait assuré l'immortalité... le jour où elle l'avait choisi et, en l'expulsant de son sein, elle lui tressait une sorte de piédestal que n'avaient pu élever ni le Projet de paix perpétuelle ni La Polysynodie. Immédiatement tous les ennemis de l'illustre compagnie se groupèrent autour de lui et la Renommée — cette sourde sonneuse de fanfares qui ne s'entend pas elle-même quand elle sonne car souvent elle s'interromprait ^ — emboucha sa trompette pour porter le nom de l'abbé aux quatre points cardinaux. On commença dès lors à l'appeler le fameux abbé de Saint- Pierre.

Le club de l'Entresol, qui venait de se fonder, lui ouvrit ses portes avec empressement. On connaît le rôle joué à l'époque par cette académie indépendante qui, pour siéger en dehors du Louvre, n'en faisait pas moins parler d'elle, et dont les samedis, de cinq à huit heures du soir, attiraient autour d'une tasse de thé en hiver et d'un verre de limonade en été ^, tous les esprits

L Barbey d'Aurevilly. Les Œuvres et les hommes, XX, 32. 2. Mémoires de Argenson. Cf. L. Lanier. Le Club de rEntresol (Mémoires de l'Académie d'Amiens^ 1880).

curieux et frondeurs. L'emploi du temps y était déterminé par un règlement : On ne se bornait pas à y lire les gazettes et à y causer politique, on y travaillait même et non sans méthode car chaque membre avait choisi son sujet d'études.

D'Argenson s'était chargé du droit public ; Plelo — celui qui devait plus tard se faire tuer à .Dantzig — exposait les fondements du droit monarchique. A Caraman avait été réservé l'histoire du commerce « à quoi il avait du penchant, à cause de son canal du Languedoc dont il était le principal actionnaire ». D'Oby, avocat général au Grand Conseil, commenta l'histoire des Etats Généraux et des Parlements. Enfin, Montesquieu et l'Ecossais Ramsay y donnèrent les prémices de leurs productions philosophiques.

Cet essai de duh à Vanglaise, comme a dit Sainte-Beuve, où l'on se laissait aller à des rêveries humanitaires, où tout en parlant de pacification générale, on recherchait les moyens d'enrayer à la fois le paupérisme et l'autorité royale, ne pouvait pas rester fermé au frondeur que l'Académie avait exilé du Louvre. Ce n'est pas assez dire qu'il s'y fit une large place : « Il est celui, dit d'Argenson, qui nous fournissait le plus de lectures de son cru, tout son temps et ses forces, dans un âge très avancé, étant dévoués aux systèmes politiques qu'il invente et découvre sur toutes les parties du gouvernement. Il désirait que plusieurs de nous emportassent ses mémoires pour écrire des réflexions et des objections sur ses systèmes, auxquelles il répliquait avec autant d'exactitude que de persévérance dans ses idées quoiqu'il se pique de ne pas abonder dans son sens ^. »

L'abbé de Saint-Pierre, déclare de son côté Bolingbroke qui avait été le parrain de la société, « se trouvait là comme dans un pays qu'on a souhaité longtemps et inutilement de voir et où l'on se trouve enfin. Ses systèmes qui sont connus du public ne respirent que bureaux de découvertes, que conférences politiques. Il a depuis longtemps embrassé de toutes ses forces cette science de la philosophie politique si cultivée chez les grecs par les Platon, les Dion (Chrysostome), si inconnue et presque insultée chez nous. Dans un âge fort avancé, avec des applaudissements médiocres du public, il se console par la vue

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