‹ L'abbé de Saint-PierreChapitre 58 sur 287 · BOLINOBBOKE, Op. Cit., p · texte numérisé non relu

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LE CLUB DE l'bNTRESOL. LES RELATIONS FEMININES 81

par votre lettre d'hier, que vous vous proposiez dans vos assemblées de traiter des ouvrages de politique. Comme ces sortes de matières conduisent ordinairement plus loin qu'on ne voudrait, il ne convient pas qu'elles en fassent le sujet. Il y en a beaucoup d'autres qui ne peuvent avoir les mêmes conséquences et qui ne sont pas moins dignes d'attention. Ainsi, supposé que vous jugiez à propos de continuer vos assemblées, je vous prierai d'avoir attention à ce qu'il n'y soit point parlé de choses dont on puisse avoir sujet de se plaindre. » Le destinataire de la missive — ou plutôt les destinataires, car la lettre s'adressait en réalité à tous les membres de l'Entresol — surent lire entre les lignes et le club fut fermé sans autre forme de procès.

Pour placer les théories dont son portefeuille était gonflé, l'abbé de Saint-Pierre n'avait plus d'autre refuge que les relations mondaines ; et encore les hommes ne tenaient-ils que médiocrement à converser avec lui. Son panégyriste d'Alembert a dû le reconnaître quand il parle dans son E loge de (( ceux qui avaient la patience et l'équité de l'entendre », de l'effort de courage qu'ils croyaient avoir fait et de l'importunité que ses visites causaient.

L'abbé lui-même se rendait compte du peu de succès que ses conférences obtenaient dans la société. « Quand j'écris, disait-il, personne n'est forcé de me lire ; mais ceux que je voudrais forcer à m'écouter se contraindraient pour en faire au moins semblant, et c'est une gêne que je leur épargne autant que je puis.../"^ » Il ne faut pas s'en étonner quand on connaît le bonhomme, et qu'on a vu sa persistance à rabâcher toujours les mêmes théories.

Congédié de la compagnie des hommes, l'abbé de Saint-Pierre rechercha de plus en plus la société des femmes, non pas qu'il eût la moindre prétention de se livrer à des conquêtes, dont, par modestie sinon par principe, il était éloigné, mais, comme le

1. Histoire des membres de V Académie française, 1787, tome I. Eloge de Vahhé de Saint-Pierre, p. 105 et 106.

remarque d'Alembert, il leur trouvait plus de patience et plus d'indulgence pour le supporter. « Peut-être aussi ce fond d'inclination si pardonnable qu'on a toujours pour elles agissait en lui, sans qu'il s'en aperçût, et le trompait lui-même sur le motif de la préférence qu'il leur accordait ^. »

S'il n'eut pas dans les salons à la mode la situation brillante de son ami Fontenelle — la bienséance faite homme, disait-on, — il entretint cependant des relations suivies avec plusieurs des femmes les plus célèbres de ce xviii^ siècle qui a été si justement appelé « la gloire du salon et le triomphe de la femme ^ ». La marquise de Lambert le faisait entrer à l'Académie, madame d'Avaray l'invitait à passer l'été à la campagne ^, madame de Tencin et madame Geofïrin le recevaient dans leurs fameuses réunions, et Rousseau nous atteste qu'il était Venfant gâté de madame Dupin

Elles ne l'appelaient jamais que le bon abbé, et subissaient son autorité comme celle du patriarche de la philosophie la plus douce et de la bonté la plus agréable. Il leur faisait faire des compositions qu'il corrigeait, il écrivait de petits ouvrages à leur intention, leur prodiguait ses conseils, et parfois, quand la paix était troublée, il intervenait dans leurs querelles pour la rétablir ^. (( J'ai fait connaissance et amitié avec madame la duchesse d'Aiguillon, disait-il, parce qu'elle a pris du goût pour la philosophie et par le désir qu'elle a d'être estimée d'un philosophe ^. »

Chez madame de Téncin qui, après une aventureuse jeunesse ^, s'était prise de belle passion pour les lettres, l'abbé rencontrait la plupart de ses meilleurs amis : Fontenelle, l'ancien

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