D'Alembert, op. cit., t. I, p
3. « Un état sera heureux, dit-il, et bien gouverné à proportion que la science du gouvernement y fera de plus grands progrès en peu de temps,
Ce fut l'abbé qui perdit l'Entresol, déjà fortement compromis par les indiscrets bavardages de l'abbé de Pomponne ^, cet homme d'esprit « qui n'avait pas plus de tête qu'une linotte » : « Vous avez à votre conférence, dit un jour le cardinal de Fleury à l'abbé Alary, un politique triste et désastreux qui est l'abbé de Saint-Pierre. » Et un autre jour que Pomponne avait fait une charge à fond contre la pragmatique de l'empereur Charles VI il ajouta : « Dites à vos messieurs de l'Entresol qu'ils prennent garde à leurs discours et que des étrangers même sont venus s'en plaindre à moi. »
Il n'en fallut pas plus pour déterminer les habitués de l'Entresol à mettre une sourdine à leurs déclamations. Ils se séparèrent sous le prétexte des vacances qui approchaient, bien décidés à faire le silence sur leur club devant le cardinal et le garde des sceaux Chauvelin « de peur qu'on ne leur dit en particulier les mêmes choses qu'à M. l'abbé Alary. »
Mais l'abbé de Saint-Pierre avait vu là une trop belle occasion de mettre sur le chantier un nouveau projet : « On ne s'occuperait d'aucune affaire du temps, dit-il, mais seulement d'examiner ses projets politiques ou d'en proposer d'autres avec démonstrations par corollaires, éclaircissements, objections et réponses ^ . » N'eut-il pas la malencontreuse idée de vouloir faire approuver son projet par le cardinal ! Au lieu d'y réussir, il attira la prohibition que ses aniis avaient voulu éviter avec soin et le 11 août 1731 Fleury lui écrivit la lettre suivante : « Je vois, monsieur,
c'est-à-dire à proportion qu'elle y sera cultivée avec plus d'ardeur et de travail par un plus grand nombre d'esprits du premier ordre, occupés les uns à faire des découvertes, les autres à les rectifier, les autres à leur donner l'autorité de règlement, les autres à les faire bien exécuter et à moins de frais qu'il est possible.
« De là il suit que pour cultiver cette science avec plus de succès il faut de bons mémoires politiques imprimés sur toutes les parties principales. De là il suit qu'il faut des récompenses, sûres pour les auteurs qui composent ces bons mémoires. De là il suit qu'il faut une Académie politique destinée à examiner ces mémoires, à les rectifier et à les approuver avant l'impression. De là il suit qu'un Etat sera mal gouverné et malheureux à proportion que la science du gouvernement y fera moins de progrès, et plus lentement, faute d'Académie politique. »
1. « L'abbé de Pomponne fut outré de l'admission de l'abbé de Saint- Pierre ; il ne l'aime pas de longue inain pour je ne sais quelles tracasseries passées entre eux à l'hôtel de Torcy. » (D'Aîigenson, op. cit., p. 102.)