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CHAPITRE VI

LES DERNIÈRES ANNEES

1. L'activité de l'abbé de Saint-Pierre. — II. Il invente le trémoussoir ou fauteuil de poste. — III. Sa mort. Son genre de vie comme alimentation et logement. — IV. L'Académie et les honneurs funèbres.

A la fermeture du club de l'Entresol, l'abbé de Saint-Pierre a 73 ans. Tous ses ouvrages sont parus, à l'exception des Annales politiques. Va-t-il songer à prendre un peu de repos et abandonner son rôle de réformateur pour passer paisiblement au milieu de ses amies les douze années qu'il a encore à vivre ? Non. Son activité ne se ralentit pas et, s'il ne produit plus de nouvelles œuvres, il consacre tout son temps à propager celles qu'il a livrées à la publicité. L'écrivain fait place à l'apôtre. Quand nous nous occuperons du Projet de paix perpétuelle et de la taille tarifée, nous le verrons entreprendre une correspondance sans fin avec les souverains, les ministres, les intendants et tous ceux qui, à ses yeux, disposeront de quelque influence.

En 1734, paraît le Charles XII de Voltaire. L'abbé le lit avec plaisir, mais n'est pas pleinement satisfait. Aussi prend-il la plume pour écrire, non pas tant sur l'auteur et son ouvrage, que sur le héros du livre. Des Réflexions morales et politiques sur la vie de Charles XII, roi de Suède, ne tardent pas à paraître et comprennent presque deux cents pages ^. Quant à l'auteur, l'abbé se charge de lui donner quelques conseils : « Destinez le reste de votre vie, lui dit-il, non plus à divertir les dames d'esprit et d'autres enfants ; songez à instruire les hommes... et lais-

l. Ouvrages de politique et de morale, t. IX, p. 378. Cf. chapitre xi, p. 235.

sez là vos ouvrages de glorioles pour marcher vers le sublime de la gloire ^. »

En 1735 et en 1736, il prend part aux discussions provoquées par la constitution Unigenitus en publiant trois lettres contre ceux qui voulaient traiter les jansénistes en pestiférés et les éviter non seulement dans les églises mais « partout ailleurs ^. »

Quelques années plus tard, au moment où Frédéric monte sur le trône, l'abbé se fait un devoir de commenter pieusement V antimachiavel ^. « L'examen de cet ouvrage, remarque-t-il, m'a paru d'autant plus important que la matière en est la plus importante qu'on puisse examiner pour le bonheur des états, que la qualité de l'auteur en est plus considérable, que ses sentiments, sont plus raisonnables et que ses décisions sont plus sages et plus utiles pour l'augmentation du bonheur, soit des souverains, soit de leurs sujets »

Les échecs répétés qu'il subit ne le découragent pas ; il s'en console en travaillant pour l'avenir. Faisant un retour sur luimême, il écrit non sans tristesse : « Je me trouve depuis plus de vingt-cinq ans solliciteur de V intérêt ^public, mais sans crédit et par conséquent fort peu utile au public présent », et il a soin d'ajouter aussitôt avec assurance : « Il est vrai que mes projets subsisteront et que plusieurs entreront peu à peu dans les jeunes esprits de ceux qui auront un jour part au gouvernement et pourront être alors fort utiles au public futur : et cette considération m'a toujours payé magnifiquement de mes peines présentes »

Au surplus, l'abbé de Saint-Pierre a laissé entrevoir son état d'âme dans une note curieuse intitulée : Projet pour rendre utiles à la patrie des découvertes politiques qui ne seraient point

1. La lettre de l'abbé de Saint-Pierre à Voltaire se trouve aux pièces justificatives, p. 359.

2. Première réponse... Seconde réponse de M. Vahhé de Saint-Pierre à la quatrième lettre du sieur Pelletier, chanoine de Reims, sur la communication avec les jansénistes. S. 1., 1735. — Défense de là foi catholique, apostolique et romaine contre un libelle intitulé : Les illusions des communicants... adressée à V auteur par M. Vahhé de Saint-Pierre. S. 1., 1736.

3. Réflexions sur V antimachiavel de 1740 (Ouvrages de politique et de morale, t. XVI, p. 459-534).

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