‹ L'abbé Doherty [microforme]Chapitre 10 sur 28 · LA PROMENADE AU PETIT-CAP, DU CINQ JUIN · texte numérisé non relu

LA PROMENADE AU PETIT-CAP, DU CINQ JUIN

Si je vous disais tout simplement, chère postérité, que le jour du départ, les écoliers se sont levés à trois heures et vingt-cinq minutes, et qu'à quatre heures et quart le bateau laissait le quai, emportant, au. milièu des fanfares des instruments de cuivre, 252 excursionnistes, vous. auriez, à la vérité, une

idée juste de l’heure où chacun se disait, et se faisait dire: ‘Ah! nous voilà en route.” Mais cette concision nuiraït à la véracité historique de mon récit, en me faisant livrer à Poubli bien des circonstances aussi importantes qu’intéressantes.

Ainsi, par exemple, dans le cas où je ne vous aurais don’ ‘ que les renseignements précédents, comment l'avenir redirait-il à la orange des RR. Dames Ursulines, qu’elles

‘ont bien voulu, cette fois encore, conserver

les belles et succulentes traditions de leur monastère, en nous envoyant, comme à l’occa-

sion de denx promenades antérieures, une

magnifique collation! Saurait-on le triomphe éclatänt remporté par notre vénérable économe sur un baromètre suranné qui, depuis

‘trente-six heures, demeurait à la pluie, avec

une morne persistance, tandis que le premier

gouténait, nonobstant le mercure, que nous

aurions un temps superbe, mettant au jeu êt son expérience de soixante-dix ans, et la perspicacité de ses seieurs de bois ?........,....:.....

Et ne faudrait-il pas aussi vous parler de la nuit, qu’on eût dit tirée au laminoir, tantelle paraissait longue, même aux Petits ; du sün argentin de la cloche matinale, qui, pour cette fois, n'avait devanté le réveil de per-

‘sonne ; des regards interrogateurs jetés sur un “ciel queue eu indécis; des cris joyeux qui ‘aücu

illirent l’ordre de partir; de: lébaïsse-

ment de plus d’un bourgeois, qui, la tête à la fenêtre, à moitié endormi, se demandait en vain la cause de cette procession quasi nocturne...

Mais savez-vous bien, aimable postérité, que le scrupule me vient en écrivant. Rapporter fidèlement tous les incidents, narrer sans emphase tout ce qui se rattache à la promenade dont j'ai entrepris de parler, c'est bien, très-bien même ; mais tout commencement doit avoir des limites. comme toute fin doit avoir un terme.

Et, du train que je vais, je prévois que mon commencement n'aura pas de fin, du moins d'ici à longtemps. Tenez, l'affaire cst, qu'après tout, entre vous et moi, et du reste entre le plus et le moins, il n’y a souvent que irès-peu de différence ; de sorte que, réflexion faite, je tairai complètement les préparatifs, et les concomitances susdites, et je commencerai sans préface par

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