PROCÈS A LA SALLE DE LIESSE
La journée au Petit-Cap s'écoule tantôt paisible, tantôt bruyante, mais toujours heu reuse. Depuis sept heures et demie À. M,
(1) Nous reproduisons ce procè, à peu près on son entier, Le pu y ait quelques passages où M. Doherty met de côté les exigences de la langue et de la littérature pour smuser davantage son lecteur de trois cents ans. Ila voulu sans doute imiter en cela certains écrits de Molière.
heure où l’on sort du déjeuner après avoir accompli les devoirs religieux du matin, jusqu’à la nuit close et au-delà, résonnent sans cesse aux alentours les cris de joie, les gais propos, les aimables badinages. Ici sur le
erron, là-bas dans les sentiers du petit bois, à Liosse, au billard, sur la pelouse, partout on cause, on rit, on chante, partout se traduit l'expression de la gaité qui est dans le cœur, et de la paix qui règne dans l’âme.
C’est là la journée telle qu'elle se passe habituellement autour du vieux château Belle- Vue. Mais il ne faut pas croire qu’il en soit toujours de même. Je dois à la vérité historique d’ajouter de suite que l'atmosphère n’est 4 toujours pure, ni le ciel toujours serein,
5t, si vous me demandez pourquoi il en est ainsi, je vous rappelerai d’abord que nous sommes soumis à la loi constante de la variété, en vertu de laquelle tout change d'aspect, avec ie temp# qui fuit; puis, qu’il y a mille causes déterminantes qui se produisent d'un instant à l'autre. Ainsi, pour n’en donner qu'un exemple, qu'un méfait, peu importe le
enre ou l'espèce, se signale au Petit-Cap, immédiatement la conscience publique s'en émeut; le bruit cesse, la joie s'éteint, la gaité s'envole, les visages s’allongent, les regards s'assombrissent, et le coupable est trainé devant un tribunal, constitué ad hoc, qui siégo sous le grand arbre en face du château, tout
avoir \, jussans | gais ur Île bois, rtout aduit cœur,
asso Ile-
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tomme Saint-Touis sous le chène de Vin-
cennes. Si la faute est avéréc: sontence sans
délai, punition sommaire. Si le doute favorise
l’inculpé, on lui en accorde le bénéfice, et un brocès est indiqué à un terme voulu, aux autes assisses de Liesse.
Le malheureux est alors entouré de tous les secours auxquels il a droit de par la grande charte de la constitution britannique, à savoir+
Un avocat qui souvent ne sait rien; un juge qui souvent ne peut rien; des jurés qui souvent, twès-souvent, n'entendent goutte à l'affuire. C'est ce qui s'appelle: être jugé par ses pairs.
Disons de suite cependant, à l'honneur du tribunal de Liesse, que la justice n’y est pas un vain mot, et que si là, comme ailleurs, cette divinité n’a qu'un œil, du moins ni paille ni poutre ne l’obscurcit, Déjà trois fois, à ma connaissance, cet augaste tribunal a eu à exercer ses fonctions, et trois fois la clarté de ses décisions ot l'équité do ses jugements n'ont pas été loin de faire croire aux spectateurs quo la sagesse de Salomon se cachait sous l’hermine du juge.
Lo procès que je vais rapporter comptera certainement parmi les causes célèbres dans nos annales.
Sajet:—Deux veilleurs d'un r:uvre vcolier malade sont acccusés de s'être fort mal acquittés de leur devoir. |
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Le grand jury avait trouvé, suivant l’expression reçue, un true bill, et la cause s'est plaidée, le 13 août 1867, devant le juge C,
A demain les détails du procès,
14 août 1867.—Je trace ces lignes sous l'effet d'une émotion pénible et profonde. La justice, sévère dans son aspect, prompte dans ses jugements, terrible duns ses châtiments, a siégé au miliea de nous hier au soir, Durant trois heures entières les plateaux de la balance s'élevant ou descendant alternativement, en raison directe et inverse du poids des témoignages et de la force des arguments des . avocats, ont tenu les esprits d'un vaste audi-
toire dans les étreintes d’une anxiété toujours croissante. Et lorsqu'entin, Fhémis jetant sa lourde épée dans le‘plateau des aveusés l’a cloué au #01, au milieu de soupirs étouffés on entendait ces paroles qui s’échappaient de toutes les poitrines: “C’est bien, mais c’est triste ! ”