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lines et ùne montagne à gravir; mais nu delà une riante perspective: une pêche abondante ; et, pour nous soutenir dans le voyage, un cœur gai et de bonnes jambes, précautions nécessaires contre la fatigue ou le désespoir.
Pour être exact, jo devrais, avant d'entrer en matière, donner quelques détails concernant nos Adbits de voyage, et le deuil qui destendit à notre départ sur quelques-uns de ceux qüe nous laissions derrière nous ; mais tes motifs de ce deuil seraient longs à rhconter, et nos voyageurs hâtent le départ. Quarit aux habits, quelques-uns de mes lecteurs en
ont au moins une idée, et il est peut-être pré-
férable que les autres restent dans l'ignorance à ce sujet. Disons simplement, pour la satisfaction du public, qu'en termes généraux, cela s'Appelle s’endiabler, ce que les plus strupuleux rendent par s’emjoliver.
Je me contenterai de dire que nous ‘#vons fait le voyage sans aventure, et cela suffit, car tout le monde—du moins ls monde de Saint-Joachim—connaît trop bien le chemin du lac pour exiger qu’on dresse ici une carte géographique, Tous, en effet, sans avoir le moindrement recours à un itinéraire, partant du Petit-Cap se rendront au Moulin par les Champs de blé et-de sarrasin, non sans avoir fatigué en passant les magnifiques et-complaisants échos des falaises.
De là, ils graviront en deux étapes une âpre‘montée de six cents’ pieds, pour arrivre
tout essouflés au haut de la Coulée, où chacurt dira, en essuyant de grosses gouttes de sueur, que le pire est fait, et jouira, en se reposant,
u coup-d’œil bien digne certes de tixer un instant l’attention générale.
Au pied du mont serpente une rivière joliette qu’on a très-injustement qualifiée du nom de. Friponne, parce qu'un désir assez naturel la porte à prolonger, par mille détours, son séjour dans la plaine, avant de se jeter au fleuve. Au delà s'étendent ies prés tout frais de verdure, tous émaillés de fleurs, s’enfoncant d’un côté sous les flots, et de l’autre allant lécher les pieds du Petit-Cap.—On me
ardonnerait cette figure si, comme moi, om es avait. vus se mouvant sous l’action du vent.—ÆEt le Potit-Cap ! Comme il s’avance fièrement, ceint de sa couronne forestière f Comme il laisse entrevoir coquettement un angle de son château et, au-dessus des ormes, le petit clocher de sa chapelle !..:.....
Ce n'est pas tout ce que j'aurais à dire, ce n’en.est pas le quart. Il me faudrait encore vous parler des maisons blanches qui reposent dans la plaine entourées de leurs milliers d'hirondelles; des îles qui dorment. dans le fleuve et des montagnes du sud, bleuies par l’espace; mais, nos voyageurs impatients hâtent de nouveau le départ et me. forcent de laisser à votre imagination le soin d’achever ce croquis. |
La route dorénavant se fait à travers la
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à dire, encore eposent ! ilhiers dans le ies par snts hàcent de achever
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- fotèt qui nous abrite du soleil, tandis que des ruisseaux à eau fraiche et aux noms poétiques vous garäntissent contre la soif. L’ascension est facile, imperceptible même dans certains endroits, notammenñt après la côte à Boucher où l’on s'engage enfin dans le chemin du lac, Il y a encore deux heutes de marche à faire, dont une partie, surtout aux approches du la, porte sur un sol marécageux abondament accidenté de bourbiers fangeux. Vous êtes surpris de retrouver ici la Friponne , mais ce n’est plus le gai ruisseau folâtrant
armi les fleurs et les roseaux ; elle se traîne entement et sans bruit à travers la mousse et les abattis, heureuse de s'arrêter à chaque obstacle comme si elle craignait de faire Île saut qui l'attend plus loin. Saut fameux! qu'il faudra désormais connaître sous le nom de châûte à Grouard, suivant les hautes ordon:
nances judiciaires de la-Salle de Liesse..
—-Enfin, quand vous êtes fatigué à n’en pouvoir plus, quand vous avez plusieurs fois souhaité intérieurement que le lac... enfin, dis-je, un éclairci se fait dans la forêt et vous apercevez une belle nappe d'eau, de forme
P us ou moins elliptique, ayant près de deux ieues de circuit, et de toutes parts encerclée
de fières montagnes. : À
——" Nous y voilà déjà ! dites-vous avec une légère prétention à l'ironie. ”
— Point, Nous avons encore un quart de lieue à faire avant d'arriver au terme, ”
Je ne vous süppose pas la force de réplis quor. Vous vous enfoncez donc de nouveau dans un bois touffu comme les forêts enchantées du Tasse; vous y laissez à chaque pas, comme trace de votre passage, des morceaux d'habits, voire même des portions de votre épiderme, et vous aboutissez après une demi:
heure de marche, à une sorte de bassin naturel où vous attendent un canot et une eïnbarcation indescriptible qu’on vous dit être un fat, On vous informe dûment que vous êtes rendu :
c'est ce dont la fatigue de vos membres ne vous permet pds de douter.
Voilà les caractères pour ainsi dire géné:
riques de ce voyage. Je les ai esquissés à
rands traits ; néanmoins je demeure dans l'intime persuasion que tous ceux qui ont fait le même chemin les reconnaîtront comme véridiques. Ce qui va suivre se rapporte aux particularités de notré excursion, en même temps qu'il résume les raisons que je puis avoir pour. ne pas être blasé sur la promenade du lac,
À cinq heures nous déposions nos fardeanx sur un roc tabulaire près du bassin, et les pêcheurs ne tardèrent pas à se mettre à l’œuvre. J’'eus garde de me mettre de la
artie, car la pêche est un de ces amusements ont mon imagination n'a jamais pu saisir le laisir. Un quidam, pêcheur lui-même, à éfini la ligne: un instrument terminé à chaque extrémité par un innocent. Le juge-
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ment, j'aime à le croire, est par trop sévère... ‘cependant, un des caractères de la vérité, c'est d’être sans fard. Quoiqu'il en soit, je restai à terre avec ceux qui partageaient là-dessus mes opinions; mais il ne faut pas s’imaginer que nous y étions livrés à l’ennui.
Le moucheron de Lafontaine n'est rien
“autre chose qu’un maringouin. On le recon-
nait à sa trompette, et il entonne aussi haut, il est aussi avide de sang et de gloire, il vous attaque avec une persévérance aussi irrationnelle que son fameux prédécesseur dans sa lutte avec le roi de la forêt. -
Nous avons, il est vrai, une arme défensive que le lion ne connaissait pas; c’est un grand feu de sapins verts; mais ceci ne nous donne que le choix de deux inconvénients, à savoir, vous livrer à la merci de votre ennemi ou vous laisser suffoquer par la fumée.
Cependant nous préférions notre situation
à celle des pêcheurs, que nous voyons déjà au
large, tristement penches, en narcisses, sur les bords du canot. Un silence rigide leur est prescrit, t&ndis que nous, au contraire, nous pouvions du moins causer au milieu de nos tourments. : ;
Il faisait nuit noire quand ils revinrent prendre part au repas champêtre que nous avions préparé, et dont leur pêche ne fit nullement les frais, et pour cause. Soit dit entre nous cependant, ils n'en firent pas moins
honneur au festin ; nous les y laissâmes même, leur confiant en guise de dessert la construction d’une cabane -pendant que nous irions éveiller les échos du lac.
Ces échos habitent en grand nombre dans les environs, et c’est surtout quand les ténèbres et le silence descendent sur ‘les forêts, avec le calme du soir, qu'ils se montrent sensisibles aux charmes de la conversation.
Aussi quand un de nous leur eut crié d’uno voix de stentor: Nous voilà, une réponse agréable accueillit son salut. Nous voilà, dans le bois voisin ; nous voilà, sur le Cap brûlé ; nous voilà, au sommet du Cap Tourmente ; nous voilà, au fond du Roc; partout il y en avait, partout ils étaient sur l'alerte...
Les moments qui suivirent étaient bien propres à nous récompenser de toutes les
eines et fatigues que nous avions essuyées sb et nous causèrent de vives impres- sions. Nous nous trouvions pour ainsi dire au sein même de la poésie. Dans les eaux tranquilles se réfléchissaient des milliers d’étoiles ; les gigantesques contours des montagnes environnantes se dessinaient sur un ciel pur ; autour de nous étaient les forêts enveloppées de ténèbres mystérieuses sur lesquelles tranchait, avec effet, le feu de bivouac allumé par nos compagnons. Tout nous invitait à célé.
brer les beautés de la création, et nous
ème, atrucirions
dans ténèforêts, sensi-
d’uno >pon£e , dans Drûlé ; 1ente ; | yen
bien os les suyées
mpres- -
Jire au
trantoiles ; >s envir; au- Dées de S tranmé par à célé-
nous
Ælevâmes la voix à la louange de celui qui a fait la nature si belle.
Mais pour comprendre ce que cette scène avait de saisissant, il aurait fallu entendre la voix harmonieuse de M. A. L. modulant avec âme les belles strophes de l’Ave maris stella ; il aurait fallu entendre ces accents saisis et répétés par les échos, puis s’éteignant dans le lointain. Nous chantâmes en chœur plusieurs autres hymnes à Marie; puis, après avoir bien joui de ce concert pieux, et souhaité le bonsoir aux échos d’alentour, nous revinmes, non sans émotion, AU rivage, pou: songer au repos. |
Songer au repos dans une cabane de six pieds sur cinq, avec dix individus nullement disposés à dorniir, et dont quelques uns de proportions rien moins que lilliputiennesi voilà, certes, une idée d'étopiste, et je le compris bien après le premier quart d'heure passé dans Co nouveau gîte. Mon silence cependant, comme celui de M. Prud’homme, dira plus que mes paroles et m’épargnera un long chapitre sur tout ce que je dus y souffrir en commun avec d’autres soumis Comme moi à la loi du plus fort, mais je ne tairai pas les Orebus, chanson soporifique que la vieille France avait apprise à un de nos voyageurs, et qui m’endormit enfin au quarante-troisième couplet. ie re
Dans une telle situation, mon sommeil ne
devait pas être des plus profonds. Aussi, ne tardai-je pas à me transporter dans le royaume des songes où je dus courir, avec une vraisemblance remarquable, toutes le: aventures les plus extraordinaireset les moins possibles. Je me le rappelle encore, je venais d’être pris à la ligne par une énorme truite qui chantait d'une voix rauque un couplet des Orebus, quand je me réveillai en sursaut pour trouver la pluie qui me fouettait le visage. .
e m’approchai du feu, auprès duquel veillaient deux sentinelles. |
Ce feu presqu’éteint, le silence de la forêt interrompu par le bruit des vagues qu’un léger vent apportait au rivage, ce groupe de dormeurs à demi éclairé, tout cela présentait sans doute un spectacle nullement dépourvu de charmes ; mais certes, qu'on n’est pas poétique à trois heures du matin, trempé jusqu'aux os et brisé de fatigue !
Personne de nous n’eut le moindre soupçon de 1a beauté du spectacle; une seule pensée dominait, c'était de partir au plus vite. Nos compagnons ne tardèrent pas à se lever, et comme tous furent du même avis, et qu’en outre les connaisseurs nous prédisaient une journée de pluie, nous tinmes, sur les débris d’un repas frugal, un conseil de guerre où il fut résolu unanimement que, vu les circonstances actuelles, notre position n'était pas tenable. Nous ne perdimes pas de temps à
si, n@ aume
vraiitures ibles.
e pris antait rebus, ouver
| veil-
forêt qu’un pe de entait o urvu
discuter cette résolution ; les bagages furent de suite pliés, et dix minutes après, nous étions en pleine retraite.
Je n’entre pas dans les détails de notre re.
tour. Quelque pénible qu’il ait été, il ne réveille aujourd’hui, quoiqu’en dise le poëte, aucun désagréable souvenir. La fatigue de
notre petite bande, après cette longue marche .
de plus de cinq heures, était extrème; et l’on conçoit que notre état,—surtout après avoir traversé les champs de blé et de sarrazin mentionnés au début, et où chaque tige, chaque épi avait ramassé une provision d’eau pour nous la verser au passage, —nous aurait fait très. fortement désirer d’accompiir notre entrée au Petit-Cap d’une manière tout-à-fait privée. Cette dernière consolation nous fut cependant refusée ; des héraults donnèrent avis de notre approche, et de si loin qu’elle nous vit, toute la population de Licsse vint à notre rencontre. On nous offrait des parapluies et des Mack:
intosh, on s’informait de la manière dont nous avions passé la nuit, on espérait avec une sol: licitude ironique que nous n'avions pas été surpris par l'orage, Ce fut en vain que nous entonnâmes : Lève ton pied légèrement, ?? on nous trouvait la voix mouillée, et je dois à mon impartialité d’historien de dire que nous dûmes bientôt gagner nos chambres respectives, laissant tous les rieurs de leur côté. Mona. Faites la promenade du lac une