LA CHAPELLE DES HIRONDELLES
29 juillet 1868.—Nous sommes allés prendre les bains à la chapelle des hirondelles, au
pied du Cap. Cette chapelle était une caverne
assez considérable, taillée dans le rocher abrupte, par la main puissante de la nature.
Une autre main, non moins puissante, celle du temps, est venue effacer cette œuvre, dont les ruines forment un immense monceau de pierres de toutes grandeurs au bord de l’eau: | Depuis des siècles, les contours de cetto grotte 86 dessinent sur les flancs de la montagne, Longtemps avant que Colomb eut
cinglé vers le Nouveau-Monde, le sauvage venait 8’Ÿ prosterner, avec un respect mêlé d’effvoi, devant le terrible Manitou qui y avait fixé sa demeure, et dont. la colère déchainait les tempêtes si fréquentes en ce lieu.
Les Français y viurent enfin. Le démon de la grotte dut prendre la fuite devant le signe sacré qui brillait sur leurs étendards, mais non sans épuiser Contre eux tous les efforts de sa rage désespérée. Ce fut en souvenir de cétte lutte effroyable que la montagne reçut le nom de Cap Tourmente.
… Plus tard, les successeurs de Monseigneur de Laval s’y rendirent souvent pendant le repos des vacances. D'innombrables troupes d’hirondelles avaient pris la place du Manitou, et, comme ces saints prètres savaient que ces petits oiseaux, par leur babil interminable, chantaient, à leur façon, les louanges de Dieu, ils appelèrent la grotte ‘La Chapelle des hirondelles”! .
Le sauvage avait disparu ; les gén-rations de zélés missicnnaires et de joyeux écoliers s'étaient succédées avec rapidité, et la cha. pelle était toujours là, avec sa voûte gothique et ses colonnes élancées. Mais, si solides que furent ses assises, elle aussi devait dispa: raitre à son tour. Le jour arriva. : la goutte d'eau avait miné le dernier appui, la masse s’écroula, et ses ruines gisantes disent aujourd'hui, avec je ne sais quelle muctte éloquen-
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te: “Rien ne demeure ici-bas : le rosent s'incline, le rocher se brise, et toi, ô homme qui contemples ces débris, tu passeras aussi.’
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