LE FAVORI DU ROI
Le roi, trop simple, donne tout, Monsieur de Luynes ruine tout, Et ses deux frères raflent toutj Tous leurs parens emportent tout, Et leurs agens dëvaslenl toulj Le chancelier excuse tout; Les inlendans retranchent tout; Le garde-des-sçeaux scelle; tout ; L^ Rochefoucauld purge tout ; Le père Arnoud déguise tout, Et la reine se plaint de tout; Monsieur le prince f.... partout, Le parlement ve'rifie tout.
Les pauvres Français souffrent tout; Et, si Dieu ne pourvoit à tout , Le grand diable emportera tout.
Un Sat^'rique du XYII*^ siècle.
Le lundi de Pâques d' Tannée 1617, vers les six heures du s*ii\ ^"le multitude furieuse assiégeait les portes de Phôtel du maréchal d"* Ancre , i^tué près du carrefour de Bussy ; des ho«inies armés de frondes ,
brisaient a coups de pierres les vitres des fenêtres , tandis que des laquais , dont les brillantes livrées formaient un contraste choquant avec les haillons de la populace, encourageaient les de'vastateurs , et leur distribuaient de Targent.
— CTest une riche proie ! disait un de ces teneurs en désignant du doigt Phôtel de riiÏQrtuné maréchal.
— ^tte fastueuse demeure restera-t-elle debout (^and son maître n'est plus? ajoutait un" autre ^^ apostrophant un groupe de femmes dont% joie se manifestait par des transports fréne\ques; la sorcière a quitté son trou, continua-t-n en élevant la voix, qu'a
son retour , elle ne trouve que des ruines!
Une sourde rumeur s'éleva du sein de cette foule haletante des offerts qu''elle fai-
sait pour pénétrer dans Firitérieur de l'hôtel dont toutes les portes avaient été barricadées ; les plus intrépides allèrent chercher des échelles dans le voisinage , mais au moment oii ils essayaient de les appliquer aux murailles , le cri : Au feu ! courut dans les groupes , et on vit s'élever une épaisse fumée dont les tourbillons enveloppèrent bientôt la fastueuse demeure que la colère du peuple menaçait d'une entière destruction ; le vent , qui soufflait avec violence , propagea Fincendie avec une effroyable rapidité , et les jets d'une flamme rougeâtre , qui s''élevaient vers le ciel , allèrent apprendre aux hôtes du Louvre que la vengeance , qui poursuivait Concini d"" Ancre. ^ même après sa mort , allait être complète , et que la populace de Paris se chargeait d"" effacer les traces du séjour , en France , de ritalien qui avait été le favori de Marie
de Médicis , et le maître des destine'es du royaume pendant la minorité de Louis XIII. Les dernières lueurs de Fincendie s'éteigfnirent aux approches de la nuit , et alors , cette scène de destruction, qui n''avait e'té jusques-là qu''un acte de justice populaire, une de ces expiations dont les grands de la terre payent quelquefois de passaj^^ères faveurs , devint le prétexte des violences exercées sur les habitans des maisons voisines. Le pillage promis à Tignoble cupidité de quelques misérables , le pillage n'était plus possible au milieu des décombres fumans de rhôtel d** Ancre ; aussi , ces bandits se ruèrent-ils sur les bourgeois , que la curiosité avait attirés , en criant qu'ils étaient des partisans de Fltalien Concino Concini , et qu'ils avaient blâmé hautement l'acte de justice populaire qu'on venait d"" exercer ; et pour les en punir, ces misérables pénétraient
dans leurs maisons , et y volaient tout ce qui s*'offrait à leurs regards avides. Les cris de rage et de désespoir , les menaçantes clameurs, les battemens de mains et de grossiers refrains se mêlèrent aux décharges de mousqueterie dont les écoliers de FUniversité vinrent ironiquement saluer les débris d''une demeure à la porte de laquelle les plus pauvres d'entre eux (*) n'avaient jamais imploré vainement la pitié de cette Eléonore Galigaï d"* Ancre qu'on accusait de magie , et qui avait été arrêtée et jetée dans un cachot du Grand - Châtelet , après que le meurtre de son époux eut été consommé.
Le tumulte était à son comble , et déjà le capitaine quartenier de la milice bour-
(*) Les pauvres e'coliers imploraient la charité tles grands pour les aider à continuer leurs e'tudes; ils recevaient, sans vergogne, habillemens, provisions de bouche et beaux deniers luisans.