Jacques d'Edesse mourut en
27° Liturgia T/iomœ Heracleensis. Incipit : Exisiens^ œlerne^ ahscondite. L'éditeur est tout surpris devant ce nom. Il suppose, d'après un manuscrit où il a trouvé le nom d'un syrien nommé Thomas, désigné comme reviseur d'une traduction des quatre Evangiles, faite au monastère de saint Antoine', près d'Alexandrie^, que ce Thomas est l'auteur de notre liturgie . Ses conjectures sur l'auteur, sinon sur son époque, ne l'ont pas trompé. Une caractéristique de l'anaphore, c'est que les premiers mots des prières donnent dans leur série successive l'ordre des lettres de l'alphabet. La version fut faite d'après un manuscritde Colbert, probablement le 3921 (Bibl. Nat. 76).
28° Liturgia MosisBar Cephœ. Incipit : Domine Deus lumen œternum. Renaudot connaît de Moyse Bar Képha son nom et son commentaire de Paradiso. Il le sait postérieur à Jacques d'Edesse ; mais c'est tout*"^.
29° Liturgia Philoxeni episcopi Bagdadensis. Incipit : Deus^ qui es mare pacis. Renaudot a trouvé cette liturgie dans un manuscrit de la bibliothèque de Séguier, qui lui a prouvé que ce Philoxène n'était pas l'évêque de Mabboug, mais un évêque de Bagdad, qui se nommait Lazare Bar Sabta avant son épiscopat ; de ce dernier
1. Ni Renaudot, ni Assemani, ni les éditeurs de Bar Hebraeus n'ont compris le mot syriaque qu'ils ont lu Anton (Antonius) et qui est le grec Enaton (bourg situé à 9 milles d'Alexandrie).
2. Assemani a vivement rei)ris Renaudot à ce sujet et l'a taxé d'ignorance. Des études postérieures ont confirmé en les complétant les remarques de Renaudot. Thomas d'Harkel, évêque de Mabboug, chassé de son siège à cause de son monophysisme, se rendit à Alexandrie, au monastère de saint Antoine, et fit, en 61G, la revision de la traduction philoxénienne (non la version, comme l'affirme Assemani) du Nouveau Testament. Cf. R. Duval, Littérature syriaque, 2' éd., p. 06, 374.
3. Nous sommes aujourd'hui mieux informés. Mo'ise mourut en 903. Voir R. Duval, Littérature syriaque, p. 391-2 ; celui-ci attribue à Moïse deux liturgies.
202 l'œuvre liturgique de renaudot
il ignore tout, sauf qu'il n'est pas antérieur à la fin du VIII® siècle, Bagdad ayant été fondée alors seulement par Almansor^
Deux pièces de cette liturgie sont entrées dans celle des Saints Docteurs.
30° Liturgia JDoctorum sanctorum a Joanne Magno Patriorcha ordinata. Incipit : Domine Deus polens et incomprehensibilis. Le caractère tout à fait particulier de cette liturgie est que ses prières ont été toutes empruntées à des anaphores antérieures, depuis celle de saint Jacques, jusqu'à celle de Philoxène de Bagdad, et sont toutes attribuées aux docteurs les plus illustres. Renaudot ignore qui est le Joannes Magnus désigné comme l'auteur de cette composition. Il conjecture que ce fut peut-être Jean Bar Schouschan, à qui nous devons une apologie du rite propre aux Syriens, qui consiste à mêler un peu de sel et d'huile au pain eucharistique. Conjecture malheureuse, car Assemani a prouvé clairement par l'étude des manuscrits, que l'auteur de cette anaphora est Théodore Bar Wahaboun, qui prit le nom de Jean en montant sur le siège d'Amid, comme adversaire de Michel le Grand, au xii^ siècle.
31° Liturgia Joannis Basorensis. Incipit: Deus largitor caritatis. La personne de l'auteur n'est connue que par son nom ; il était certainement monophysite, et vivait à une époque où la littérature syriaque n'avait plus la, belle et claire simplicité des siècles anciens ^.
1. Lazare Bar Sabta fut déposé de son siège en 829. R. Diival. op. cit., p. 889.
?. Brightnian (Easlern Liturgies, p. lviii) donne pour l'auteur de cette liturgie la date 650, ce qui paraît invraisemblable.
PUBLICATIONS LITURGIQUES DE RENyVUDOT 203
Dans l'épiclèse, on donne, comme matière du sacrifice, panent ex simila mistum ciim oleo.
SS*" Liturgia Michaelis patriarchœ Antiocheni. Incipit : Deus omnïpotens et Domine. L'époque où vivait Fauteur, environ l'an 1191, est bien déterminée par les conjectures de l'éditeur, qui savait cependant peu de choses sur Michel d'Antioche ^ .
33° Liturgia Gregorii Catholici Orientis, qui Abulfaragius et Barhebrœi dictas est. Incipit: Domine Deus virtutum fortis. Renaudot est heureux de pouvoir donner sur Bar Hebraeus (1226-1286), grâce à ses documents personnels, des renseignements plus complets. L'authenticité de la liturgie est indubitable ; le style en est fleuri et très orné, parfois obscur.
34° Liturgia S , Joannis Patriarchœ., qui scrihaet Acxmetus dictus est. Incipit: Deus Pater ^ Dominus omnium. Renaudot est très incertain sur la personnalité de l'auteur ; un grand nombre de patriarches d'Antioche ont porté le nom de Jean, il ne sait auquel d'entre eux attribuer la paternité de cette liturgie. En tout cas, l'auteur devait être d'époque assez récente, à en juger par la diffusion de son style fleuri et redondante Le seul point digne d'une particulière attention, c'est la liste plus longue que de coutume des noms de saints et de docteurs mentionnés dans les diptyques ; on y voit unis dans un singulier éclectisme, Ignace, Athanase, Cyrille, Basile, Philoxène, Ephrem et Clément.
1. Michel mourut eu 11!I9. Il est l'auteur dune célèbre c/ironiquc que l'ou avait longtemps cru perdue, et dont M. J.-B. Chabot a heureusement pu se procurer en Orient une copie <iu'il publie actuellement avec une traduction française.
2. Il mourut en 1220. Cf. Barhebrseus, C/i;'ù?i. eccl.,I, G20.
201 l'œuyke liturgique de renaudot :
35** Li/wyia S. Dïoscori, episcopi insulœ Cardou sive \
Gordyœorum. Incipit : Domine Beus^ qui adoraris ah ;
omnibus. Liturgie très belle, très longue, d'une lliéo- ! logie puissante, malheureusenrient jacobite. Renaudot
avoue son ignorance sur la personne de l'auteur et sur j
la situation géographique de l'île de Kardou, aujour- j
d'hui Djezireh ibn Omar, île du Tigre, au-dessus de j
Mossoul ^ Un passage de la prière de Tépiclèse paraît \
à l'éditeur dirio^é contre les Nestoriens. i
3G° Liturgia Joannis palriarchœ Antiocheni, qui prius ]
vocatus est Joannes filins Maadni. Incipit : Deus Pater ^ j
qui es œternus. Ici encore l'éditeur avoue Tinsuffisance ; de ses informations ; il ne sait rien, sinon que Fauteur
était jacobite, patriarche d'Antioche, et que son style j
fleuri, obscur, encombré de synonymes, indique un ;
personnage moderne^. La traduction a été faite sur |
divers manuscrits des bibliothèques Séguier et Colbert. ;
On note, dans la formule de la consécration du pain, j
l'addition du m.oi verum: «. Hoc est corpus meum ver um », ;
et dans celle du vin le mot vivus : « Hic est sanguis •
meus vivus ». !
37^ Liturgia Ignatii Patriarchx Anliocheni, qui etiam i
dictus est Joseph f. Wahib. Incipit: Beus ahscondite et ^
inoomprehensibilis . Renaudot confesse encore "^ne fois ;
son ignorance : il ne connaît rien de ce personnage*^. ■
Le style est contourné, torturé, et sent le pédantisme. i
1. Dioscore fut ordonné évêque de l'île de Kardou en 1285 (Cf. Blhl. or., ! II, 463). î
2. Jean (avant son épiscopat, Aaron) bar Madani, mourut en 1263 (R. Du- i val, op. cit., p. 407-409). î
3. Sur l'histoire de ce patriarche, voir Assemani {Bibl. or., Il, 381-382). ; Il fut élu patriarche vers 1293 et siégea quarante ans.
On remarque des expressions tout à fait particulières sur la matière de la consécration : « Accepit panera perfectum... ex quo composiliim fuit corpus ejus sanctum^ in Virgine thori maritalis eocperte » ; et la leçon: « Hœc est caro mea^ quœ pro vobis... ».
38'' Lilurgia Basil il ex versione Andrex Masii. Incipit: uEterne Deus^ qui in principio. L'éditeur fait remarquer qu'il a eu beaucoup de peine à retrouver le texte de cette liturgie que lui a fourni enfin un bon et assez ancien manuscrit de Colbert (probablement le 3921, B. Nat. 76), qui la présente sous le nom de Basilii et Gregorii. La version de Masius est bonne, quoique les notes laissent à désirer, et que certains arguments mis en avant pour prouver Tancienneté du texte ne soient pas concluants.
Cette liturgie termine ce que Renaudot publie sur le rite jacubite. Il passe ensuite au rite nestorien.
Dans la Bissertatio de Nestorianorum liturgiis^ il s'attache particulièrement à qualifier comme ils le méritent les procédés employés par Alexis de Menezes et le synode de Diamper contre la liturgie malabare des chrétiens dits de saint Thomas. Les notions historiques qu'il donne sur Addée et Maris, d'après la Doctrina Addœi, laissent à désirer. 11 insiste sur l'antiquité de ces liturgies et montre combien elles sont importantes pour établir la discipline eucharistique des premiers siècles. Viennent ensuite :
1° Lilurgia Apostoloriim Sanctorum^ composita a S. Adœo et S. Mari, Orientalium Doctoribus. Son origine nestorienne n'est pas douteuse. C'est celle dont se
206 l'œuvre LITUlUilQUE DE RENAL'DOT
servaient les chrétiens du Malabar, et qui a été remplacée par la Missa chrislianorum apud Indos^ remaniée par les Portugais. Elle a servi de modèle aux deux autres.
On trouve, jointes à celte liturgie, les prières préparatoires, qui forment la première partie de la messe nestorienne, et qui sont toujours les mêmes. Ces rites préparatoires, assez courts si on les compare à ceux des Jacobites, commencent, dans le texte qui nous est donné, parle Gloria in excelsis et le Paternoster^ suivis d'une oraison ou d'une invocation. Un psaume (le psaume xiv), que Ton chante en entier, est terminé par une nouvelle oraison accompagnée de répons variables suivant les jours de la semaine et les fêtes ; viennent ensuite d'autres oraisons et des leçons empruntées à l'Ancien Testament et aux épîtres de saint Paul. Une nouvelle invocation précède et des oraisons suivent la « proclamation » de l'Evangile. On renvoie alors les catéchumènes, et le prêtre fait la préparation des éléments eucharistiques sur l'autel, en chantant un répons spécial.
La seconde partie commence par diverses oraisons auxquelles le peuple répond ; suivent deux nouvelles oraisons dites à voix basse avant les souhaits de paix. Après de nouvelles oraisons, toutes secrètes, le diacre invite à une plus grande attention, le prêtre découvre les oblations jusque-là recouvertes du voile, les encense et dit les premières paroles du canon, le Sursum corda avec des variantes qui diffèrent notablement du texte des liturgies jacobites, syriennes, coptes ou alexandrines. Ce dialogue est suivi d'une bénédiction de l'encens et d'une
nouvelle oraison. La préface commence par le Bignum est gloria; elle se termine par le sanctus. Mais, contrairement à la plupart des liturgies jacobites qui, après la préface, semblent hâter le moment de la consécration, la liturgie nestorienne des saints Apôtres intercale ici de longues oraisons, et parmi celles-ci l'épiclèse ; des encensements parfument les éléments préparés pour la consécration. Le manuscrit employé par Renaudot ne contient pas les paroles de la consécration ; mais leur présence dans les deux autres liturgies nestoriennes fait croire à un simple oubli du scribe. La consécration est suivie presque aussitôt de la fraction de Thostie ; le prêtre trempe ensuite dans le calice une partie avec laquelle il signera l'autre partie laissée sur la patène. L'élévation a lieu à ce moment; le dernier acte de la fraction est suivi de près par le Sancta sanctis^ qui précède lui-même de très peu la communion. L'action de grâce est brève et varie quelquefois avec les fêtes ; le peuple est renvoyé après une dernière bénédiction. Une assez longue note de Renaudot commente le texte de cette liturgie. 11 signale un rite curieux, auquel les Nestoriens attribuaient sans doute une très haute portée symbolique. Dans la fraction du pain, le célébrant, après un premier brisement de l'hostie, laisse une partie du pain eucharistique sur la patène, puis trempant dans le calice un fragment de ce qui lui reste en main, il le retire ensuite pour en signer la parcelle déposée sur la patène ; afin que le précieux sang puisse mieux pénétrer l'espèce du pain, il trace sur cette parcelle laissée dans la patène une petite raie, avec l'ongle. Le fameux synode do Diamper a qualifié cette cérémo-
208 l'œuvre liturgique de kenaudot
nie d'impie et de sacrilège, parce qu'il ne la trouvait pas dans le rite romain ; il a montré, dit Renaudot, moins de scrupules pour introduire dans celte liturgie vénérable, ne fut-ce que par son antiquité, des cérémonies qui ne lui conviennent aucunement.
2° Liturgia Theodori Interpretis, c'est-à-dire de Théodore de Mopsueste. On la célèbre, dit le texte, depuis le premier dimanche de FAvent jusqu'au dimanche des Rameaux. Cette liturgie fut l'objet d'une condamnation spéciale de la part du synode de Diamper, motivée par la haine contre son auteur supposé, le savant exégète de Mopsueste ; car l'ensemble du rite ne soulève aucune difficulté, et, au témoignage de l'éditeur, ne contient même rien qui sente le nestorianisme; aussi serait-il permis de supposer qu'elle est d'origine mésopotamienne, et fut placée plus tard sous le nom vénéré du maître de Nestorius.
3° La Liturgia NeUorii est célébrée cinq fois par an : à l'Epiphanie, à la vigile de saint Jean-Baptiste, à la vigile des Docteurs grecs (dont la fête tombe le vendredi de la cinquième semaine après l'Epiphanie), le mercredi des Rogations des Ninivites ', et à Pâques. Cette liturgie est très ancienne^. Toutefois elle contient, dit Renaudot, des traces notables de nestorianisme ; par exemple, dans les paroles suivantes l'oraison qui suit immédiatement le Sanclus : u Accepit hominem perfectum ex anima ratio-
\. Jeûne de trois jours institué à l'occasion d'une peste bubonique qui ravagea la Mésoi)otauiie, au temps du patriarche Ezéchiel (576-58^).
2. Le Missel des Chai dé eus -Unis (Nestoriens convertis) contient encore actuellement ces trois liturgies. On s'est contenté de changer les titres : la première s'appelle messe des Apôtres, celle de Théodore : deuxième messe, et celle de Nestorius: troisième messe.
nali et immortali, et corpore mortali hominum, et conjunxit illum sibi, univitque seciim in gloria, potestate et honore, ex natura sua passibilem. »
Dans la formule de l'épiclèse, Renaudot croit retrouver des traces de la liturgie grecque de Clirysostome ; il en déduit que la liturgie de Nestorius ne serait qu'une transposition syriaque faite sur le rite usité par Nestorius pendant qu'il était évêque de Constantinople ; et comme elle est placée la dernière, il conclut que les deux autres doivent être plus anciennes.
C'est par ces notes et observations sur la liturgie de Nestorius que se termine le second volume de la Liturfjiariim Orientalmm Collectio.
A mesure que son œuvre avançait, Renaudot sentait la nécessité de la continuer et de l'étendre. Après les rites propres de la messe, dont la reproduction servait de pièces justificatives aux tomes III et IV de la Perpétuité, il voulut donner les rites des sacrements, qui serviraient à leur tour de confirmation au tome V de cet ouvrage. Son dessein reçut un commencement d'exécution. Il traduisit un certain nombre de rites sacramentaux. Son travail, demeuré manuscrit, trouva un éditeur, il y a une quarantaine d'années, dans la personne de Henri Denzinger, professeur de théologie dogmatique à l'Université de Wûrzbourg". A cette époque, avait déjà commencé, en Allemagne, un mouvement sérieux vers la théologie positive et l'histoire des dogmes. Denzinger crut apporter
1. liilits Orienlalium, Coptoruni, Syrorum, Annenorum in adminisli'andis sacramenlis, ex Assemanis, Renaudotio, etc. Wirceburgi, 2 vol. in-8", 18G3-18G'i.
un précieux concours aux discussions de théologie sacramentaire en éditant des versions aussi sûres que possible de tous les rites usités pour l'administration des sept sacrements chez les chrétiens d'Orient.
H a dit lui-même dans sa préface la joie très vive qu'il éprouva lorsqu'il découvrit à la Bibliothèque Impériale de Paris, la traduction latine des Officia varia sacramenlalia Coptitarum et Syrorum et les commentaires laissés par Renaudot; son bonheur fut complet quand l'abbé Migne, son ami, voulut bien lui faire copier ces documents. Denzinger mit en tête de sa publication de très amples dissertations sur chaque sacrement, puis donna pour chacun les ordines les plus complets et les plus parfaits qu'il put trouver.
Voici les textes empruntés à Renaudot qui ont paru dans ses volumes :
I. Pour le Baptême et la Confirmation : a) Du rite alexandrin : 1° Ordo Baptisjni et Confirmationis Coptitarum ; il porte pour titre dans le manuscrit: Offtciwni baptismatis secundum usum Ecclesiœ Coptitx Alexandrins ^ ; 2° Canon prœscriptus a Pâtre nostro abba Petro^ episc. urbis Benlisœ^ pro consecratione novi Baptisterii^. — b) du rite jacobite syrien : 1° Officium ad adducendum infantem in ecclesiam^ de Jacques de Saroug "* ; 2° un autre Ordo Baptismi^ anonyme''*; 3° Ordo Baptismi et confirmationis brevior S, Basilii Cœsariensis^ pro infantibus in periculo mortis constitutis^.
1. Denzinger, Ritus orientalium, t. I, p. 214-221; — Mss. Renaudot, t. VIII, f. 162-171.