THÉORIES SUR CERTAINES LITURGIES
Les autres liturgies coptes ressemblent aux liturgies gréco-alexandrines de môme nom.
Renaudot insiste beaucoup sur Tépoque à laquelle peuvent remonter, dans Tensemble, les liturgies coptes. Il a sur ce point une théorie assez personnelle et à laquelle il fut peut-être entraîné par les besoins de la polémique. Selon lui, la liturgie en langue copte, ou contenant au moins quelques parties en cette langue, remonte certainement au iii^ siècle. On raconte dans la vie de saint Antoine ermite, que ce jeune paysan égyptien quitta le monde après avoir entendu à l'Eglise, pendant l'office divin, le conseil évangélique : « Si tu veux être parfait, va, vends ton bien et donnes-en le prix aux pauvres » ; or, affirme Renaudot, Antoine ne comprenait pas le grec; on le sait par ses biographes. La liturgie en langue copte existait donc au iii^ siècle.
Antériorité de la liturgie grecque, et très probablement de celle qui porte le nom de saint Marc; étroite parenté entre les liturgies gréco-alexandrines et les liturgies coptes homonymes ; relations des plus étroites entre la liturgie gréco-alexandrine de saint Marc et la liturgie copte de saint Cyrille; impossibilité d'expliquer adéquatem-ent pourquoi Ton donna aux liturgies coptes les noms de personnages qui ne comprenaient pas même cette langue, comme saint Basile et saint Grégoire de Nazianze, ou qui ne la parlaient pas et ne l'employaient pas dans l'office liturgique, comme saint Cyrille d'Alexandrie : telles sont les conclusions de Renaudot sur la liturgie copte.
II. Liturgies syriaques jacobites. — L'éditeur affirme en premier lieu l'antériorité de la liturgie gréco-syrienne
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(le saint Jacques. Ceci ne fait aucun doute : les Grecs emploient assez rarement cette liturgie, mais la vénèrent comme la plus ancienne de toutes. La comparaison du texte syriaque avec le texte grec montre que le dernier est certainement la source du premier, les citations des Catéchèses Mystagogiques de saint Cyrille, qui expliquait les rites sacrés aux catéchumènes et aux nouveaux baptisés, supposent une liturgie grecque identique à celle qui porte le nom de saint Jacques. Mais il est très probable que la liturgie fut célébrée de très bonne heure en langue syriaque dans les bourgs et villages de la région judéo-chrétienne, où Ton ne comprenait pas le grec.
Le problème présente quelques difficultés si l'on descend dans le détail.
Les liturgies qui portent le nom d'un personnage apostolique ou de tout autre antérieur à la fin du iv^ siècle, ne sont certainement pas l'œuvre de ce personnage, fùl-il syrien d'origine. A plus forte raison doit-on affirmer la même chose s'il s'agit de Pontifes romains, comme saint Clément, saint Sixte, saint Jules. Mais comment expliquer qu'on ait placé sous leur patronage des formules qu'ils ne pouvaient pas avoir composées ? Comment expliquer l'attribution d'une liturgie à saint Pierre, à saint Jean l'Evangéliste, à saint Marc, à saint Luc, à saint Denis d'Athènes, à saint Ignace d'Antioche ? Renaudot propose l'hypothèse suivante : En Occident, le jour anniversaire de saint Pierre, de saint Paul, de saint Léon, de saint Ambroise, de saint Grégoire, on célébrait en leur honneur une messe dont les oraisons et d'autres parties variaient : peut-être en
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Orient, dans le monde syrien, célébra-t-on anciennement, à l'anniversaire des saints personnages et en leur honneur, une liturgie dont Tanaphora variait; pour ce motif, on la désigna d'abord par leur nom, puis on finit par la leur attribuer.
L'éditeur n'ose rien affirmer touchant l'authenticité des liturgies attribuées à Sévère d'Antioche, à Philoxène de Mabboug, à Jacques Baradée, ou aux premiers docteurs du monophysisme. Il incline plutôt vers l'opinion négative. On sait, dit-il, que Sévère a beaucoup écrit, et l'on peut reconstituer à l'aide des chaînes grecques une longue liste de ses œuvres sans trouver mention d'une liturgie; on n'a aucun motif de croire que les autres en aient composé une. Au contraire, l'on peut admettre sans hésitation que les liturgies attribuées à des auteurs plus modernes, comme Jacques d'Edesse, Moyse Bar-Képha, sont bien l'œuvre de ces personnages, car les évêques jacobites avaient, sur l'organisation de détail du culte divin, un pouvoir très considérable, dont ils usaient sans scrupule : Jean le Grand, patriarche d'Antioche, composa, avec des pièces empruntées à une foule d'auteurs, la « liturgie des saints Docteurs ».
Renaudot affirme donc que toutes les liturgies syriaques, à l'exception des nestoriennes, sont d'origine jacobite, et que celles du missel maronite ne sont pas propres aux Libaniotes qui les emploient : celles-ci conservent toutes, même après les modifications qu'on leur a fait subir, des traces indubitables de leur première origine. L'éditeur est toutefois embarrassé pour expliquer pourquoi les Coptes, les Gréco-Alexandrins et
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les Nestoriens, n'ayant que trois liturgies, les Jacobites en ont plus de quarante.
III. Liturgies syriaques nestoriennes. — Parmi cellesci, Renaudot attribuait une très haute antiquité à celle des saints Apôtres, et croyait pouvoir établir une parenté entre la liturgie gréco-byzantine de saint Jean Chysostome et celle de Nestorius. A la suite des historiens orientaux, il identifie Adée et Thaddée avec Addée et Maris, qui passaient pour les premiers évangélisateurs de la Mésopotamie.