THÉORIES SUR L ENSEMBLE DES LITURGIES
OU schismatiques sur le mystère de rEucliaristie. »
Renaudot essaya néanmoins de faire œuvre critique et de déterminer, autant qu'il le jugeait possible, Tauteur de chacune des liturgies.
La tâche était malaisée pour les liturgies grécoalexandrines ou coptes.
Il établit tout d'abord comme principe que la liturgie la plus ancienne, celle de laquelle découlent toutes les autres, est une liturgie en langue grecque. Il le prouve en particulier pour la liturgie de saint Jacques; celle-ci trouve dans les Catéchèses mystagogiques de saint Cyrille de Jérusalem des attestations très sûres dès le iv® siècle; de plus, il a cru découvrir dans le texte syriaque de nombreux héllénismes. « Il suffît, dit-il, d'une comparaison même superficielle entre la liturgie syriaque et la liturgie grecque de saint Jacques, pour se rendre compte que le texte syriaque vient du texte grec. » De même, il croit reconnaître la liturgie grecque de saint Chrysostome à travers la liturgie syriaque de Nestorius. Enfin, la langue grecque était la plus répandue parmi le monde civilisé à l'époque où commença la prédication apostolique; c'est donc en cette langue que Ton célébra le plus souvent la liturgie; ce fut la langue doctrinale, la langue des conciles de Nicée et de Constantinople, d'Éphèse et de Chalcédoine.
Lorsque la prédication des Apôtres eut pénétré au-delà des pays de langue grecque, on dut, pour ces peuples, célébrer l'office eucharistique dans leur idiome particulier : en copte dans la Haute-Egypte, en syriaque dans les régions de la Mésopotamie. Mais, au lieu de composer dans chacune de ces langues une liturgie nouvelle, on se
contenta de l'aire pour les nouveaux convertis une adaptation de la liturgie grecque primitive.
Ainsi, Alexandrie célébrait sa liturgie en grec, comme le faisaient de leur côté Antioche et Constantinople. Pour honorer le souvenir de son premier apôtre, Alexandrie plaça ses rites liturgiques sous le patronage de saint Marc, comme les églises du patriarcat de Constantinople invoquaient le patronage de leurs plus illustres représentants, en attribuant leurs formules liturgiques à saint Grégoire de Nazianze, à saint Basile et à saint Jean Chrysostome. La liturgie célébrée en langue copte ne fut qu'une adaptation des textes grecs usités à Alexandrie, et ces mêmes rites passèrent en Ethiopie quand ce pays reçut d'Alexandrie son premier apôtre.
\je texte grec est donc le plus ancien de tous les textes liturgiques. Et comme plusieurs de ces textes servent également aux orthodoxes et aux schismatiques, on doit en conclure qu'ils étaient fixés avant l'époque de la séparation, au moment des conciles d'Ephèse et de Chalcédoine.
Dès que l'ensemble des rites fut fixé, on les conserva religieusement et on continua de les célébrer dans la langue accoutumée, lors même que la langue du peuple avait changé et qu'il ne comprenait plus les paroles du rite sacré. Les Nestoriens de Mésopotamie implantèrent leur liturgie syriaque dans les provinces du Malabar et de la Chine qu'ils réussirent à convertir; on continua de célébrer en grec, en syriaque, en copte dans les pays où le peuple ne parle ni ne comprend plus le grec, le syriaque ou le copte.
Les liturgies ont aussi une importance dogmatique
THÉORIES SUR l'eNSEMULE DES LITURT.IES 231
très considérable, comme témoins de la tradition, exprimée avec clarté et simplicité dans leurs formules. Ces formules sont faites pour le peuple, qui a besoin d'idées simples, claires, précises ; elles ne s'attardent pas aux recherches difficiles; elles expriment sans ambages et sans métaphores la doctrine officielle de l'Église. Elles démontrent clairement que l'Eglise romaine n'a pas inventé les rites si frappants qui expriment nettement la foi à la présence réelle, car toutes les Eglises ont dans leur liturgie une élévation pendant laquelle l'assistance adore l'Eucharistie ; toutes expriment en termes équivalents la croyance à la présence réelle, dans les paroles du prêtre distribuant la communion ; toutes prouvent, par la pratique de la communion sous une seule espèce, que l'on a toujours cru Jésus-Christ présent tout entier dans chacune des espèces eucharistiques ; toutes montrent, par les peines dont elles frappent les profanateurs des espèces sacramentelles, que l'on croyait Jésusprésent dansles espèces eucharistiques non seulement au moment delà communion, mais d'une façon permanente, et que cette présence ne dépend pas de la foi ou communiant, mais de l'action sacramentelle du prêtre.
232 l'œuvre liturgique de renaudot
THEORIES SUR CERTAINES SERIES DE LITURGIES OU SUR DES LITURGIES PARTICULIERES
I. Liturgies alexandrines et coptes. — La liturgie gréco-alexandrine de saint Marc paraît être la plus ancienne et a servi de modèle aux autres, tout particulièrement aux liturgies coptes. On a de sérieux motifs de le croire pour la première partie, ou partie préparatoire. La partie qui va du commencement de Toffice eucharistique jusqu'au baiser de paix n'est pas, dit Renaudot, fort différente entre la liturgie de saint Marc et la liturgie copte attribuée à saint Basile. Rien ne rapproche plus particulièrement cette dernière de la liturgie grecque de même nom ou des autres liturgies grecques, mais tout y concorde parfaitement avec celle de saint Marc.
Pour la seconde partie, la messe proprement dite, qui va du baiser de paix à la fin de Toffice, il n'y a pas de ressemblance spéciale entre la liturgie gréco-alexandrine de saint Marc et la liturgie copte de saint Basile; mais, par contre, la ressemblance est très grande entre la liturgie de saint Marc et la liturgie copte de saint Cyrille, si bien que la première peut être considérée comme la source de la seconde et que toutes deux ne sont, pour ainsi dire, en des idiomes différents, qu'une seule et même liturgie.