‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 17 sur 138 · SORTIE DE L ORATOIRE · texte numérisé non relu

SORTIE DE L ORATOIRE

aUaclics lui permettaient à la fois de soutenir sa famille et de procurer à ses enfants de nobles protecteurs'.

Enfin, de nouvelles lettres patentes, données en juillet 1672, renouvelaient celles de 1655 accordées à Théophraste, et confirmaient le privilège de la Gazette^ dans les mômes conditions, et avec le logement dans la galerie du Louvre.

L'abbé Rcnaudot rentrait alors cliez son père. Il pouvait fréquenter la Cour de Louis XIV, où son père élait souvent appelé par ses fonctions, et se faire accueillir dans la société la plus intelligente et la plus spirituelle. Au moment où son père fut nommé premier médecin, la maison du Dauphin comprenait encore , avec Montausier, gouverneur, Bossuet, précepteur, Huet-, sous-

ter le Daui)hin et Madame (Ilcnricttc d'Angleterre, duchesse d'Orléans) ; il obtint un plein succès, et en retira plus d'honneur que d'argent. L'année suivante, il fut mandé à Saint-Germain pour donner encore des soins au Dauphin ; il le guérit de la fièvre par le quinquina, remède alors fort combattu par la vieille médecine. Aussi, dès celle époque, l'opinion publique le désignait pour médecin du jeune prince. S'il ne le fut pas dès 1G71, c'est pour trois raisons, au rapport de Gui Patin, qui les détaille avec sa délicatesse habituelle : « la première est qu'il est puant de corps et d'âme, je crois même qu'il est punais ; la seconde, c'est qu'il a la vue presque perdue : la troisième, qu'il est grand charlatan. » [Lettres de Gui Patin, édit. Réveillé-Parise, t. II, p. 80. Cf. aussi p. 8G). — Cité \)diX les Mémoires de la Société de C Histoire de Paris, préface au Journal d'Eusèbe Renaudot, par Ch.Trochon, t. IV, p. 239.

1. La charge valait en appointements 8.000 livres, denier modeste pour un emploi de confiance comme celui-là ; mais les usages augmentaient notablement le profit. Renaudot en inscrit le détail sur son Journal: « Traitement de premier médecin du Dauphin, 8.000 livres l'an, OCO écus de gages, 100 écus de gages et 100 sols par jour pour mes livrées, outre le droit du bouillon et l'essai du vin, l'un taxé â 1 écu par jour et l'autre à une bouteille de vin par jour — total plus de 1.3.000 francs l'an ». —Journal, toc. cit., p. '.'2). Le brevet de premier médecin est conservé dans les papiers Renaudot à la Bibliothèque Nationale, fonds fr., Nouv. Acquis., t. 7484, fonds Renaudot, t. XXIX, f. 137. Il porte la signature de Louis XIV et de Colbert.

2. Daniel Huol (1630-1721), un des érudits les plus marquants de l'époque, sous-précepteur du Dauphin en 1G70, évêque d'Avranches

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précepteur, l/abbé eut aussitôt ses entrées dans l'assemblée d'élite qui rayonnait autour de Bossuet. Là se rencontraient J^ellisson \ converti du protestantisme, d'une admirable piété; Tabbé Claude FIeury2, précepteur des fils du prince de Conti; La Bruyère*"^, chargé d'enseigner l'histoire au petit-fils du grand Condé ; Fénelon, l'abbé de Saint-Luc'', l'abbé de La Broue^, l'abbé de Langeron^'. A partir de l'année suivante (1673), les réunions furent régulières et se tinrent chaque semaine : on les nomma le Petit Concile. Aux habitués de la maison se joignaient alors des érudits de marque, comme d'Herbelot"^, Nicolas Toynard^, et probablement aussi des auditeurs moins célèbres. L'abbé Renaudot fut du nombre des « rabbins », comme on nommait familièrement, dans ces réunions, les savants

en 1689 ; mourut en 1721, ayant depuis longtemps donné sa démission. Son ouvrage le plus célèbre est la Démons tratio evangelicu, qui a eu de nombreuses éditions.

1. Paul Pellisson (1624-lGl);]) obtint une charge de secrétaire du roi, conseiller d'Etat en 1660, fut entraîné dans la disgrâce de Fou(iuet ; abjura le protestantisme en 1G70 et devint bientôt historiographe du roi. Il fut, presque dès l'origine, membre de l'Académie l'rançaise.

2. Fleury (1640-1723), nommé en 1672 précepteur des fils du prince de Conti, élevés près du Dauphin; il devint,, dans la suite, sous la direction de Fénelon, sous-précepteur du duc de Bourgogne. Ses ouvrages les plus célèbres sont le Catéchisme hisloriquc, qui eut un succès extraordinaire, et V Histoire ecclésiastique, 36 vol. in-k", dont les 10 derniers sont l'œuvre d'un Oratorien, le P. Fabre.

3. Jean de la Bruyère (16'i.>169G), le célèbre auteur des Caractères.

ii. L'abbé d'Espinay de Saint-Luc, d'une noble famille de Normandie.

5. Pierre de La Broue {16'i3-1720), évoque de Mirepoix en 1679, prédicateur de quelque renom, célèbre surtout par son opposition, continuée jusqu'à sa mort, à la bulle Unigenitus.

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