LA GAZETTE
A l'origine, la Gazette paraissait une fois par semaine, en format in-4°, à raison de quatre pages par numéro ^ La seconde année, elle donna huit pages, rarement douze; un supplément mensuel faisait connaître les Relations des nouvelles du monde reçues dans tout le mois. En 1634, le supplément fut remplacé par des Extraordinaires irréguliers, qui rendaient compte au public des cérémonies ou prédications exceptionnelles, comme furent les services funèbres de la reine ^larie- Thérèse, femme de Louis XIV, du prince de Condé, ou qui contenaient les récits de campagnes, par exemple celle de Flandre en 1693. Plus d'une fois, la Gazette compta parmi ses rédacteurs de circonstance Racine et Boileau, historiographes du roi. Les feuilles n'étaient pas envoyées à domicile par le service delà poste royale. Elles étaient vendues par des colporteurs gazetiers, qui les portaient aux abonnés pour la somme de 30 sous par mois. Les patentes royales avaient assigné pour domicile, au journal, les galeries du Louvre. Déjà, le 9 janvier 1683, l'adresse était « à Paris, au Bureau d'adresse, aux galeries du Louvre, vis-à-vis de la rue Saint-Thomas »; elle était encore la même, le 7 septembre 1720- : « à Paris, au Bureau d'adresse, aux galeries du Louvre, devant la rue Saint-Thomas ».
La rédaction imposait nécessairement à l'abbé Pienaudot de fréquentes relations avec les ministres, en particulier avec les Colbert, qui avaient entre les mains la politique de la France, et surtout avec le nouveau secré-
i. On trouve ces détails dans l'article consacré à la Gazette, dans la Bibliographie de la Presse périodique de Hatin. 2. Dans le numéro qui annonce la mort de l'abbé Renaudot.
taired'Iitat des Affaires étrangères, Colbert de Croissy, le frère du grand ministre ^ , car la Gazette donnait plus de nouvelles de l'étranger que du royaume. A cette occasion, des travaux personnels furent imposés au journaliste par les ministres, heureux d'employer à leurs desseins un homme doué d'aussi rares facultés. Nous leur devons sans doute plusieurs des œuvres de l'abbé parvenues jusqu'à nous.
L'une des premières fut une Histoire mahométane que l'on ne peut identifier en toute certitude avec aucun des ouvrages connus sous le nom de Renaudot. L'abbé Bernou est le seul qui nousinforme de ce travail. De Rome, il en faisait compliment à son protecteur : « Vous n'avez pas donné moins de joie à M. le Cardinal^ qu'à moi, en m'apprenant que M. Colbert vous avait choisi avec nos deux amis pour travailler à V Histoire mahométane. Cela ne pouvait manquer de vous produire quelque pension ou autre chose meilleure'^. » Puis il le grondait, avec dévouement et respect, de s'adonner avec trop d'ardeur au travail. « Vous vous plaisez trop, disait-il, à flatter votre humeur mélancolique et la passion excessive que vous avez pour les livres..., faites en trois mois ce que vous voulez faire en un, et donnez à la joie le temps que vous gagnerez par ce moyen. »
Mais Renaudot poursuivait activement son œuvre, emporté par sa fougue naturelle et l'ardeur maladive de son tempérament. Il était heureux de marquer ainsi
1. Colbert de Croissy (1620-1696), devint ministre-secrétaire d'État en 1()79, après la disgrâce du marquis de Pomponne.