LA BIBLIOTHÈQUE DU ROI
à Colbert sa reconnaissance pour les témoignag-es extrêmement flatteurs de particulière amitié qu'il en avait reçus, et, disons-le, il espérait par là conquérir de plus en plus les bonnes grâces du tout-puissant ministre, et obtenir par son crédit la place qu'il convoitait et qui lui était promise, de Bibliothécaire du roi.
r/office de Bibliothécaire du roi lui était en effet destiné. Il était alors rempli parCarcavi^ Mais Carcavi était très âgé, et Colbert réservait sa succession au jeune savant pour qui les langues européennes et orientales n'avaient pas de secret. 11 faut croire que l'honneur de cette charge était très disputé. Colbert commença les démarches nécessaires et fit pressentir l'abbé Renaudot. « Pour commencer à donner à M. Renaudot des marques de sa protection, dit Moréri, il (Colbert) résolut de le faire garde de la Bibliothèque du Roi, après la mort de M. Carcavi, et lui en fit porter parole par feu M. le duc de Chevreuse, en lui recommandant le secret, qu'il garda. M. de Colbert mourut peu après », et la place fut donnée à l'abbé de Vares^. Renaudot en
1. Pierre de Carcavi, né vers le commencement du xvii» siècle ; conseiller au Parlement de Toulouse, puis à Paris, au Grand-Conseil, quitta sa charge pour s'adonner à la bibliographie. Colbert lui conlia d'abord sa bibliothèque et plus tard, en KiOS, celle du roi. Carcavi l'abandonna après la mort de Colbert, en 1683, et mourut l'année suivante.
2. Moréri écrit « Varet » ; de même, le Nécrologe des Appelans et Opposans à la bulle Uniyenitus, qui semble avoir puisé aux mêmes sources que
44 YIE UE RENAUDOT
fut extrêmement mortifié et s'en plaignit très amèrement dans sa correspondance privée. Le savant regrettait, avec une amertume peut-être excessive, qu'on lui eût préféré un inconnu pour une fonction aussi honorable et qui convenait si bien à ses aptitudes et à ses goûts. Plusieurs mois après, l'abbé Bernou se croyait encore obligé de l'en réprimander amicalement: « Vous ne devez pas douter, mon cher monsieur l'abbé, que je ne prenne une grande part à l'injustice qu'on vous a faite en vous préférant un inconnu : mais... vous avez plus de sujet d'être content que M. l'abbé le Galois',qui n'avait point d'autre reproche que d'avoir été attaché à M. Colbert^.»
L'abbé Renaudot avait en effet des torts beaucoup plus graves. Louvois ne pouvait oublier ses relations avec Colbert de Croissy, ni son intimité avec le grand Arnauld, alors réfugié dans les Pays-Bas, avec le marquis de Pomponne, en disgrâce depuis plusieurs années, et avec les jansénistes alors si mal en cour.
L'accusation de jansénisme fut sans doute le motif qui contribua le plus efficacement à écarter Renaudot d'une place qu'il convoitait avec tant d'ardeur, et qu'on lui refusa avec tant de persistance. L'abbé de Yares mourut presque subitement au bout d'un an, le 28 septembre 1684. L'abbé Renaudot recommença ses démarches. Averti des premiers par l'abbé de Saint-
Moréri et le complète parfois. Même orthographe dans les Dossiers Blcïis (561, Bibl. Nat.)- — L'orthographe « de Vares » est donnée parla Correspondance de Bossuet, que nous aurons occasion de citer bientôt.
1. Jean Gallois (1032-1707), fondateur du Journal des savants. Il obtint plus tard la charge qu'on lui avait refusée cette fois. On a do lui plusieurs ouvrages, parmi lesquels l'édition du Breviarium Colhertinum.