Manuscrits Renaudot. t. XXXIII, f
.3. Simon Frazer, lord Lovât, aventurier célèbre ; d'abord jacobite. puis orangiste, il redevint jacobile lorsqu'il dut s'exiler d'Angleterre à cause de ses crimes ; ensuite il abandonna encore une fois la cause des Stuarts pour retourner en Angleterre ; à son retour en France, il fut mis à la Bas-
Oulreles mémoires relatifs aux affaires d'Angleterre, les papiers de Renaudot renferment de nombreux documents qui témoignent de Textension qu'avait pris son rôle politique. Plusieurs mémoires écrits de sa main, et datés de 1698, traitent de l'élection de F'rançois-Louis de Bourbon, prince de Conti, au trône de Pologne, et des circonstances qui en annulèrent les effets. D'autres sont consacrés aux affaires d'Espagne, à celles d'Autriche, à celles de Hollande, aux affaires de la France avec la Piépublique de Gênes, à la réception du Doge à Versailles, aux affaires de Savoie.
A plus forte raison devait-on le consulter sur les questions religieuses.
Un différend s'était élevé entreles Jésuites missionnaires à Hambourg, et l'abbé Bidal, envoyé extraordinaire du roi en cette ville. Un prêtre luthérien converti avait fait viser ses papiers par l'agent royal, et refusait de les soumettre aux Jésuites. Ceux-ci prétendaient l'interdire de ce chef. Renaudot, consulté sur cette affaire, n'hésita pas à trancher en faveur de l'abbé Bidal.
En 1694 parut la traduction française de la Mystique cité de Dieu, livre étrange où Marie d'Agreda ' prétendait faire l'histoire détaillée de la Vierge Marie d'après les révélations particulières dont elle avait été favorisée. L'ouvrage, généralement exact dans son exposé théologique.
tille et y demeura assez longtemps ; il demanda à en sortir pour devenir prêtre, entra chez les Jésuites, les quitta, reprit le chemin d'Angleterre en 1715, fut condamné à mort comme jacobite et exécuté en 1717. Il avait été en rapports avec Bossuet.
1. Marie de Jésus, abbesse du couvent de rimmaculée-Conception d'Agreda, en Vieille-Caslille, née en 160?, morte en Kîbo; elle avait écrit, sur l'ordre de son confesseur, le livre de la Cité mystique, qui souleva tant de discussions à la fin du xvii» siècle.
contient des assertions historiques complètement erronées. Renaudot se déclara nettement opposé à l'ouvrage, particulièrement en ce qui touche à la question de l'Immaculée Conception ^
Renaudot s'occupa aussi du patriarche arménien Avedic Vertabied, ou, suivant une autre orthographe, Aviedic Vertapiet, alors retenu prisonnier à Paris '^. Il eut aussi plusieurs fois à intervenir dans les affaires de Rome et en particulier à propos du différend sur la fameuse question des franchises de quartier.
Roccaberti avait publié, en 1694, son fameux traité De Romani pontiflcis auctoritate. Non content d'établir l'infaillibilité des papes hors du Concile, il osait encore affirmerleur pouvoir suprême, à lafois directif etcoactif, dans les affaires temporelles. En France, les esprits furent émus. Renaudot fournit, à la date du 31 juillet, un mémoire qui fut le prélude de l'arrêt par lequel le Parlement condamnait l'ouvrage comme contraire à la doctrine des Pères aussi bien qu'aux immunités et libertés de l'Église gallicane (20 décembre 1695).
1. Cette opinion n'a rien qui doive nous choquer à cette époque. Un très pieux et savant théologien, F.-]^.-B. Libermann (17Ô9-1844), écrivait en 1828 dans ses Institutiones Tlieologice (lib. III, n" 111) : Tanlam non adesse apostolicx Iraditionis auctoritaiem, ut decreto divinilus cerlo slabiliri posait immaculata Virginis conceptio. Ces mots ont été supprimés dans les éditions postérieures à la définition du dogme.
2. Avédik, patriarche arménien non uni de Constantinople, succéda, au commencement du xviii" siècle, au patriarche Ephrem. Celui-ci avait obtenu du sultan des mesures persécutrices contre les missionnaires et les catholiques de Constantinople. Avédik continua l'œuvre de son prédécesseur et s'en prit aux Jésuites, dont il fit fermer les collèges. L'ambassadeur de France répondit en faisant enlever Avédik de son palais. On l'embarqua sur un bâtiment de guerre qui le déposa à Marseille ; de là, il fut, envoyé à Paris, où il mourut en 1711. Le tome XXXII (f. i\b et suiv.) des papiers Renaudot contient une relation de la conversion et de la mort d' « Avedic ». — Voir aussi t. XXXV, f. 213 et suiv., 250 et suiv.