Manuscrits Renaudot, t. XXXII, f
2. Il avait épousé la belle-sœur de Melfort, premier ministre de Jacques II.
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FAngleterre, un mémoire contenant les instructions et les ordres du ministre français; mais, si le ministre ne peut les lui donner, il se contenterait au Ijesoin d'un mémoire signé de Renaudot.
Il en fut ainsi, Renaudot rédigea un mémoire, qu'on remit à Crosly et à un autre agent, nommé Simson. Une seconde lettre nous informe du contenu de ce mémoire : il renfermait le projet d'une lettre en anglais, qu'on demanderait au roi d'Angleterre, pour « remédier aux maux produits par la Déclaration^ ».
Tous les plans de nature à faciliter le rétablissement de Jacques II sont étudiés dans ces lettres et ces mémoires ; tous sont annotés de la main du ministre, Colbert de Croissy, qui écrivait en marge, de sa fine écriture, ses impressions et ses avis. Les mémoires « sur l'entreprise de débarquement en Irlande », sur les questions de ravitaillement, « sur l'entreprise d'Ecosse», montrent l'esprit perspicace et le jugement droit de l'abbé; mais on retrouve toujours, comme un leit motiv décourageant et attristé, la plainte du ministre ou de son agent contre l'inintelligente politique de la petite cour de Saint-Germain. La cour de Versailles ne négligeait pas les avis de l'agent politique. Lettres et mémoires étaient parfois soumis au conseil du roi, et faisaient l'objet de longues et sérieuses délibérations; parfois aussi le ministre recevait du Conseil mission de préparer lui-même et de soumettre au roi les projets
1. Il s'agit sans cloute de la déclaration de 1602, par laquelle Jacques II menaçait de proscription, ai)rès son retour sur le trône de ses ancêtres, tous ceux de ses sujets qui avaient trempé dans la révolte, cause de son exil.
de réponse que Renaudot mettait ensuite en style diplomatique ^
On trouve également parmi les papiers de Renaudot des lettres d'agents subalternes, anglais ou français; les principaux sont Pigault et Simson;le premier écrivit d'assez nombreuses lettres, le second plus de vingt lettres ou rapports en anglais.
Mais les plaintes de Renaudot sur Tinintelligencede la cour de Saint-Germain excitèrent la colère de lord Melfort'-, le ministre tout-puissant du roi détrôné. Dans un «mémoire particulier sur les affaires d'Ecosse », l'abbé dénonçait l'influence néfaste du premier ministre du roi déchu, exposait la difficulté de faire parvenir au roi des informations véridiques, dans la nécessité où Ton était « de passer par le canal de mylord Melfort, malgré les répugnances des sujets de Sa Majesté Britannique'^ ». Renaudot, vivement pris à partie, rédigea pour sa défense un long mémoire où il montre, sous un jour assez déplaisant et dans toute leur mesquinerie, les petites intrigues grâce auxquelles on achevait de détrô-
1. Voir lettre de Croissy à Renaudot, du 19 novembre 1692 {Papiers Renaudot, t. XXXII, f. 91). Dans une lettre datée du 4 janvier 1694, le ministre écrit : « Je viens de lire au Roi votre lettre du 3 janvier avec le mémoire qui y était joint, qui contient des avis très importants... Sa Majesté... m'a ordonné de dresser un projet de la réponse qu'elle veut que vous fassiez, et j'en dois faire la lecture au Conseil de mercredi avant que de vous envoyer. » {Ibid., f. 295.)
2. Jean Drummond. duc de Melfort, premier ministre, même à Saint- Germain, de Jacques II. Après 1701, il fut exilé à Angers et mourut en 1716.
3. Le mémoire n'est pas daté, mois une lettre extrêmement sévère de Renaudot, adressée le b mars 1694 au ministre français, contre lord Melfort, est probablement de cette époque. Il y dit notamment : « Il m'est fort désagréable, après tant de peines que j'ai eues depuis plusieurs armées, que pour avoir exécuté ponctuellement les ordies que j'ai reçus, et avoir été secret, jaie à souffrir de semblables procédés. » {Papiers Renaudot, t. XXXVII. f. 10.)
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ner à tout jamais Tex-roi d'Angleterre. Il en ressort clairement que Renaudot fut chargé spécialement et officiellement des affaires d'Angleterre peu de temps après la révolution de 1688, et avant la mort du marquis de Seignelay \ probablement pendant la campagne d'Irlande (1689-1690).
Melfort était alors en Italie. A son retour, il fut très irrité de voir que des hommes étrangers à la Cour de son maître, et surtout des agents de la Cour de France, avaient pénétré les secrets de la politique de Jacques II. « Dès qu'il fut revenu, il obligea ceux qui nous écrivaient de ne s'adresser plus qu'à lui. Plusieurs rompirent tout commerce, et on n'eut que des extraits des lettres qu'on voyait auparavant en original. »
Pendant longtemps, Renaudot garda le silence, « quoique souvent les plus zélés serviteurs du Roi d'Angleterre m'en eussent fait des plaintes ; » la situation resta ainsi tendue entre les agents des deux Cours. Un incident fit tout éclater. En 1692, lord Melfort fit mettre à la Bastille un agent anglais nommé Jones, qui l'avait accusé ouvertement devant le roi et la reine d'Angleterre. Le comte de Pontchartrain^, successeur de Seignelay, auquel Jones avait sans doute fait parvenir ses plaintes, chargea Renaudot de voir ce que le prisonnier avaità dire. Lord Melfort, inquiet de ces allées et venues, essaya d'abord de gagner l'abbé par la douceur; n'obtenant pas les renseignements espérés, il lui tendit plu-
1. Jean-Baplisle Golbeit, tils aîné du grand Colbert, nô en 1651, minisire d'Etat à la marine, mort le 3 novembre 1690.
2. Louis Phelypeaux, comte de Pontchartrain, né en 1643, intendant des iinances, contrôleur général, en 1689, secrétaire d'Etat a])rès la mort de Seignelay, chancelier de France en Î699, démissionnaire en 1714, mort en 1727.
sieurs pièges, sans plus de succès; enfin il porta contre lui une accusation ouverte de travailler contre les intentions de Louis XIV et les intérêts de Jacques II, d'avoir donné de son propre chef aux agents anglais ou français des instructions nuisibles à la cause du roi légitime do la Grande-Bretagne, et enfin d'avoir excité les Anglais contre la personne du premier ministre du roi d'Angleterre. Lord Melfort s'était cru perdu « pour avoir, seul, contre Tavis de tout le monde, empêché le Roi son maître d'accorder aux presbytériens les articles qu'ils demandaient, dans un temps où ils pouvaient tout dans le Parlement. » L'abbé s'excusa. Il n'avait signé depuis cinq ans, disait-il, que deux lettres, « l'une où étaient les articles qu'on m'ordonna d'envoyer, l'autre la réponse à la lettre de dix-huit seigneurs où on donnait le mot de Fabius ^ » .
Les intrigues et les accusations du ministre anglais n'eurent pas le résultat qu'il en attendait. Longtemps après que Pontchartrain fut devenu garde des Sceaux, on continuait de prendre, sur les affaires d'Angleterre, l'avis de Renaudot. Nous trouvons un mémoire sur les affaires d'Angleterre 2 daté du ^janvier 1698, unmémoire sur l'état de l'Irlande, du 7 juillet 1709, et probablement de la même époque, un « mémoire sur les Interrogatoires pour milord Lovât ^» que Louis XIV tenait enfermé à la Bastille depuis son retour d'Angleterre.