CHAPITRE I
I. La famille Renaudot. — II. Naissance d'Eusèbe. III. Sa jeunesse. — IV. L'Oratoire.
En 1G12, un jeune médecin protestant venait s'établir dans la capitale. 11 se nommait Tliéophraste Renaudot. Né à Loudun, en 1585, il avait étudié la chirurgie à Paris, puis était allé faire sa médecine et prendre le bonnet dô docteur à Montpellier, dont la Faculté jouissait encore d'une grande réputation. Après quelques années consacrées à d'utiles voyages, riche d'expérience malgré sa jeunesse, il s'installait à Loudun au milieu des siens. Grâce à son intelligence et à son habileté médicale, bientôt la prospérité lui vint, et avec elle l'ambition. Quand il abandonna sa clientèle de province pour regagner Paris, il était marié et père de deux enfants ; un troisième lui naquit peu de temps après, à Loudun, où sa femme demeurait provisoirement.
2 VIE DE KENAUDOT
La fortune le favorisa. 11 obtint le titre de médecin du roi et de commissaire général des pauvres.
Esprit très ouvert, il mettait une vive ardeur à propager les nouvelles méthodes : ce qui excita la mauvaise humeur de ses confrères et de la Faculté. Son initiative s'exerçait dans toutes les directions. Préoccupé du sort des pauvres \ victimes ordinaires de l'usurier, il créa un Mont-de-Piété, le premier établissement de ce genre en France. On y prêtait des sommes équivalant au tiers de la valeur d'estimation des objets déposés, et on ne percevait sur les prêts consentis qu'un modique intérêt de 3 0/0 et un léger droit d'enregistrement. 11 ouvrit aussi un « Bureau d'adresse et de rencontre », premier essai des Bureaux de placement, ou des Bourses du travail, où l'on concentrait les u offres et les demandes ». Par là, sa maison devint le rendez-vous de tout Paris ; le lieu où s'échangeaient et se centralisaient toutes les nouvelles. Nul n'était mieux informé que Renaudot sur la Cour et la Ville; commérages, nouvelles religieuses, politiques ou commerciales affluaient à son salon.
De là à faire imprimer pour le public ce qu'on pouvait trouver de plus intéressant parmi ces nouvelles, il n'y avait qu'un pas. Il fut vite franchi, et du u Bureau d'adresse et de rencontre » sortit un journal. Richelieu, toujours soucieux de ne rien négliger de ce qui pouvait être un instrument de pouvoir, le prit sous sa protection et le rendit pour ainsi dire officiel. Le journal se nomma
1. Ainsi, en 163G, il faisait à l'Assemblée du Clergé une proposition sur la manière de soulager les indigents {Archives nat., Procès verbaux, assemblée du 7 avril, matin, p. 604^.