‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 5 sur 138 · LA FAMILLE RENAUDOT · texte numérisé non relu

LA FAMILLE RENAUDOT

la Gazette de France. Richelieu ne serait pas, a-t-on dit, le seul personnage qui eût collaboré à la Gazette^ ; le roi en personne n'aurait pas dédaigné de fournir de copie — bien informée et quelque peu tendancieuse, on le comprend — le journal semi-officiel.

Cette faveur du roi et du ministre tout-puissant, qui protégeaient le journaliste, n'était pas sans exciter quelque jalousie.

Sans parler de son ambition, la nouvelle manière de traiter les malades que Renaudot avait apportée de Montpellier, prônant Tusage de Tantimoine et d'autres produits récents, comme le quinquina, lui attira des haines violentes. A son titre de médecin ordinaire du roi et d'historiographe de France, il songeait à ajouter de nouvelles dignités ou quelque nouvelle charge, comme celle de « conseiller à la Cour des Monnoyes"^ » . Il mit le comble à la fureur de ses confrères, parut légitimer tous leurs griefs, et donner la preuve des pratiques mercantiles qu'on lui reprochait, quand il obtint du roi, en 1640, la permission détenir un alambic. Du vivant même du cardinal, on ne s'était pas privé du plaisir de chansonner son protégé-^ ; quand la mort eut enlevé Riclie-

1. Une légende représente Richelieu quittant le Louvre en secret, accompagné du P. Joseph, tous deux sous un déguisement, enveloppés d'un vaste manteau, le chapeau rabattu sur les yeux, et venant jusqu'à la rue de la Kalendre, en pleine cité, dans la maison à l'enseigne du Grand Coq, où Théophrasle, entre deux consultations gratuites données à des indigents, dictait à un secrétaire le projet du journal qui allait paraître. — Voir ^o\\\)ù.\ià, Etudes historiques sur le XVJJ' siè.cle. Tkéophi^aste Renaudot, créateur du Journalisme en France. Paris, Dentu, 1856.

2. L'agrément du roi est donné par lettres patentes du 1" mai 1638. Aichii'es nationales, 3218, f. 11.

3. Claudin a publié, en 1858, dans sa Bibliothèque facétieuse, historique et singulière des XV\ XVI' et XVIJ' siècle, quelques-unes des pièces faites contre Théophraste Renaudot. Le titre de la première suffira à nous rensei-

lieu, la Faculté, menée par Guy l^ilin^ et ses amis, domia libre cours à sa haine. Un procès fut intenté au médecin-gazelier-usurier, qui en fut ruiné. La victoire môme n'apaisa pas ses ennemis ; deux des fds de Tliéopliraste, Isaac et Eusèbe, qui voulaient suivre la carrière paternelle, eurent toutes les peines du monde à conquérir leurs grades dans la Faculté de Paris.

La famille de Tliéophraste s'était convertie au catholicisme vers 1629-.Son fils Eusèbe épousait, le 12 février 1646, à Saint-Germain-FAuxerrois, sa paroisse, Marie d'Aicqs, lille de M^ Estienne d'Aicqs, commissaire des guerres, et d'Elisabeth Robineau. De ce mariage naquit, rue des Petits-Champs, le 22 juillet 1648, à cinq heures du matin, Eusèbe Renaudot, deuxième du nom, qui devait porter si haut la réputation delà famille. Il fut tenu sur les fonts du baptême, dans Féglise Saint- Eustache, sa paroisse, par M^ Théophraste Renaudot son grand-père, et demoiselle Adrienne d'Aicqs, sa tante maternelle^.

gner sur les sentiments que nourrissaient envers le gazctier les médecins de Paris : iv Le nez pourri/ de Théophraste Renaudot, alchijmisle, cliarlatan, empirique, usurier comme un Juif, perfide comme un Turc, meschant comme un rciuUiat, grand fourbe, grand usurier, grand gazctier de France. »

1. Alôdcciu aussi célèbre par sa science et son attachement aux vieilles méthodes que par ses bons mots ou ses médisances. Né en IGOI, professeur au Collège de France, mort en 1G72.

2. Voir Journal des principales affaires de ma famille [Bulletin de la Société de l'Histoire de Paris, 1888, t. XV, p. %]).

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