‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 52 sur 138 · Racine, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Racine, loc. cit., p

d'avance. Pontcharlrain sollicita Tabbé Renaudot' de donner sa voix à ses deux candidats, Tabbé Bignon et La Bruyère. Le ministre ajoutait : « J'ose me flatter que vous aurez quelque égard à ma recommandation et que vous me donnerez votre voix ^. » Les deux candidats furent élus. La Bruyère paya sa dette de reconnaissance dans son discours de réception, prononcé le 15 juin 1693. Après avoir loué, comme ils le méritaient, La Fontaine, Boileau, Racine, Bossuet et Fénelon, il ajoute à l'adresse de Renaudot : « Si l'on est curieux du don des langues, joint au double talent de savoir avec exactitude les choses anciennes et de narrer celles qui sont nouvelles avec autant de simplicité que de vérité, des qualités si rares ne vous manquent pas et sont réunies en un même sujet. » Trois ans plus tard, 10 mai 1696, l'auteur des Caractères tombait frappé d'apoplexie. Ainsi disparaissaient successivement les amis les plus intimes.

Bossuet devait vivre encore cinq ans après la mort de Racine. Renaudot fut assidu auprès de lui comme il l'avait été auprès du poète. Ledieu marque dans son Journal^ à la date d'octobre 1703, pendant la maladie de Bossuet à Paris : « Ce samedi 6 d'octobre... ses amis continuent de le visiter... M. l'abbé Renaudot est aussi fort assidu ici^. » Le grand orateur mourut le 12 avril

Boileau seul restait des amis de Renaudot. Il vécut encore quelques années, mais souffrant, presque aveugle, sourd, perclus, de plus en plus grondeur. W quitta Auteuil, en

t. Nous donnerons ])lns bas les détails de l'élection de Tabbé Renaudot.

2. Billet dePoMciiarlrain, IS avril 1G93. Mss. Menaudol, t. XXXVII, f.2-2.

3, Jm/rnal de Ledieu, t. IT, ji. l.">.

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1705, pour habiter chez un de ses amis. Renaudot le visitait souvent. Ils médisaient ensemble de la génération qui grandissait, et maugréaient contre le mauvais goût des Perrault et des Fontenelle. Boileau descendit dans la tombe en 1711, laissant à Renaudot et à Valincour le soin de faire une nouvelle édition complète de ses œuvres. Le vœu du mourant fut exaucé. La nouvelle édition parut deux ans plus tard (1713), à Paris, chez Billiot, en deux volumes in-4®. On n'y fit point figurer la satire sur VÉquivoqiie, cette sœur cadette, et disgraciée comme elle, de l'épître sur V Amour de Dieu ^

Après la mort de Boileau, il ne restait à Renaudot, dans le monde des lettres, d'autres amis que ses confrères de l'Académie française et de l'Académie des Inscriptions. 11 avait été reçu à la première en 1689. A cette époque, comme aujourd'hui, le mérite seul ne suffisait point pour forcer les portes de la docte Compagnie, sans l'appui d'amis influents. Bossuet écrivait à l'abbé, le 22 décembre 1688 : « Si nous faisions bien à l'Académie, ce serait. Monsieur, des gens comme vous qu'il y faudrait appeler ; mais cela se mène d'une manière qu'il n'est pas possible de vous en rien dire de si

1. Œux'rat complètes de Uui/eav. Paris. Dabo et Tremblay. 1810. t.I. Discours préliminaire, p. xcviii.

loin. Tout ce que je puis vous assurer, c'est que, si la chose est en son entier à mon arrivée, qui sera avant la fin de l'année, je serai de tout mon cœur pour vous et j'attirerai à ce parti tout ce que je pourrai de mes amis ^ » L'éveque de Meaux avait trop mauvaise opinion de ses confrères. Le lendemain de ce jour, peut-être même avant d'avoir reçu cette lettre, Renaudot était élu.

Le 23 décembre, en effet, l'Académie était assemblée afin de pourvoir au remplacement de Doujat'^ et de Quinault^. L'élection se faisait alors en deux séances. Dans la première, avait lieu le vote au scrutin secret pour le choix du candidat ; et, sur l'assurance donnée par un des académiciens que les nouveaux élus accepteraient leur nomination avec joie, le directeur en fonctions rendait compte au roi de ce qui s'était passé. Lorsque le candidat lui agréait, le roi permettait de procéder au second tour de scrutin, qui rendait Télection définitive. Ainsi en fut-il pour cette fois. Au premier scrutin, le 23 décembre, le vote désigna en premier lieu l'abbé Renaudot, qui avait obtenu le plus grand nombre de voix ; la deuxième place vacante était dévolue à M. de Caillières^*. Le rapport en ayant été fait au roi, celui-ci permit de procéder au scrutin définitif. On tira au sort afin de savoir qui des deux aurait le premier

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