‹ L'Abbé Eusèbe RenaudotChapitre 89 sur 138 · DERNIÈRES ANNÉES · texte numérisé non relu

DERNIÈRES ANNÉES

soulèvement du clergé de Paris contre la Constitution. La Faculté de théologie, les curés de la ville, les membres de plusieurs Ordres religieux vinrent supplier l'archevêque de ne pas se soumettre. L'abbé Renaudot, que ses œuvres avaient mis au premier rang des savants ecclésiastiques, se signala par la vivacité de sonopposition.il appartenait, par sa résidence, à la paroisse de Saint-Eustache. Le curé, M. Secousse, qui adhéra dans la suite à l'appel du cardinal, n'avait pas encore pris de détermination ; il refusa de présenter son clergé au cardinal et de porter la parole en son nom. L'abbé Renaudot le remplaça. En remettant à l'archevêque l'adresse de ses confrères, il ajouta, comme pour s'excuser de ne l'avoir pas signée : « Je n'ai point, Monseigneur, signé cette lettre, parce que j'ai appris de l'antiquité que la fonction des clercs, tels que je suis, était seulement de porter les lettres des évêques et des prêtres. Au reste celle-ci contient tous mes sentiments, et je suis prêt de faire voir, si Votre Eminence me l'ordonne, que la Constitution est aussi contraire à la doctrine de l'Église d'Orient qu'à celle de l'Eglise d'Occident. A la vérité, les disputes sur la grâce n'ont pas été agitées dans les Communautés orientales ; mais leurs seules liturgies fournissent plus de preuves qu'il n'en faut pour montrer que les Orientaux n'étaient pas Molinistes. » L'archevêque répondit en souriant : « Mais, Monsieur, il est bien mal que des prêtres et des clercs se séparent de leur curé. » « Cette séparation. Monseigneur, répondit l'abbé, est édifiante, lorsqu'elle ne se fait que pour demeurer plus étroitement uni à son évêque. » Tel est le récit fait par l'auteur janséniste qui composa le Nëcrologe des appeïans et

VÔ2 VIE DE lŒiNALDOT

opposans à la Bulle Unigenilus ' . Nous n'avons aucun I

molif sérieux d'en contester la véracité. Les mémoires j

de Quirini, les notes mômes que nous avons déjà citées i

des Manuscrits de Renaudot lui donnent une assez grande 1

vraisemblance. 1

11 est assez malaisé de fixer l'époque à laquelle commencèrent les relations de Renaudot avec l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, qui comptait parmi ses religieux de nombreux opposants à la Bulle. Déjà, en 1085, l'abbé Bernou, annonçant l'arrivée à Rome de Dom Mabillon ^ et de Dom Germain-^, parle de ces deux savants religieux comme d'amis intimes de son maître ''. Quelques semaines plus tard, Mabillon quittait Rome pour un voyage en Calabre. Renaudot lui écrit comme à un véritable ami et le tient au courant de ses projets

1. Voici le titre complet de l'ouvrage : Nécrologe des appelais et opposans à la Bulle « Unigenilus » de l'un et de Vautre sexe, avec des irraliques el des prières à chaque article; Ex omni tribu et lingua, et populo, et natione, Apoc. V, l). s. l. MDCCLV; le passage que nous venons de citer est p. 151. • — Même affirmation dans le Nécrologe du XVIIP siècle (1760, t. I, p. 00), ouvrage janséniste publié sans nom d'auteur.

2. Jean Mabillon (1G32-1707), le célèbre auteur du trailé De rediplomatica, de la Lilurgia Gallicana, du Muséum Ilalicum, des Annales Ordinis sfoicti Denedicti, etc.

3. Michel Germain (1645-1G94), compagnon de Mabillon, qu'il aida dans la composition du traité De re diplomatica.

4. v( Vous avez raison, dit-il, de les aimer et estimer... Je les ai vus et revus... J'ai même bu avec eux à votre santé, ce que je crois pieusement que vous n'avez pas fait à la mienne. » [Manuscrits Renaudot, t. XLII, f. 22G).

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