Voltaire, le Siècle de Louis XIV, chap. xxvii
la vérité de Tanecdole. Mais les actes de Clément XI ne furent point pour plaire à Renaudot.
Louis XIV, animé envers TKglise d'un dévouement incontestable quoique parfois insuffisamment éclairé, avait réussi à maintenir une paix apparente et à réduire au silence les plus farouches « appelants ». A peine le roi fut-il mort que, sous le gouvernement sceptique du Uégent, l'opposition contre la bulle Unigenitiis se donna libre cours. On accusait cette Constitution pontificale d'altérer la pureté de l'Évangile. Noailles, archevêque de Paris, était au premier rang des opposants, et la cour de Rome menaçait de le déposer du cardinalat. La mort du roi le délivra de toute contrainte. Il savait d'ailleurs qu'il était suivi dans son opposition par une grande partie de l'épiscopat et des théologiens de l'Eglise de France. Le pape, ému des périls que ces manifestations faisaient courir à la foi, résolut de frapper un grand coup. Il expédia à son nonce des instructions énergiques. Un bref adressé aux évêques opposants leur enjoignait d'accepter la bulle sans restriction, sans délai, sans modification. 11 menaçait de nouveau le cardinal de Noailles de lui enlever la pourpre et de le traiter suivant toute la rigueur des canons, s'il ne se soumettait dans un délai de deux mois. Les pièces ne furent pas communiquées officiellement à leurs destinataires jamais la menace était de telle nature que les opposants avisèrent au plus tôt aux moyens d'en prévenir les effets. On répandit le bruit que le cardinal de Noailles se décidait à accepter provisoirement la bulle, et demanderait ensuite au pape des explications doctrinales sur certaines assertions qui y étaient formulées. Cette nouvelle fut le signal d'un